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NEAGLEY (Critique Saison 1) L’élève peut quitter l’ombre du maître …

SYNOPSIS : Ancienne collègue de Jack Reacher au sein de la 110e unité des enquêtes spéciales de l’armée, Frances Neagley, désormais détective privée à Chicago, apprend qu’un ami très cher a été tué dans un accident suspect. En quête de justice, la jeune femme met en oeuvre tout ce qu’elle a appris de Jack Reacher et de son expérience dans la 110e. Pour découvrir la vérité, Neagley emprunte une voie dangereuse et risquée…

Il fallait probablement un personnage comme Frances Neagley pour réussir à étendre l’univers de Reacher sans donner l’impression d’en fabriquer artificiellement une copie. Personnage créé par Lee Child, apparu pour la première fois dans le roman Without Fail en 2002 puis revenu à plusieurs reprises dans les aventures de Jack Reacher, notamment dans Bad Luck and Trouble, Neagley a progressivement pris une importance considérable dans son adaptation télévisée. La série avec Alan Ritchson l’avait même introduite dès sa première saison alors qu’elle n’apparaissait pas dans Killing Floor, le roman alors adapté. Depuis, Maria Sten en a fait une présence suffisamment forte pour que l’idée de lui consacrer son propre spin-off finisse presque par devenir une évidence.

Restait à savoir si Neagley pouvait exister sans Reacher. Huit épisodes plus tard, la réponse ne fait guère de doute.

Créée par Nick Santora et Nicholas Wootton, Neagley ne cherche d’ailleurs jamais à renier sa filiation. Cette première saison se situe totalement dans l’ADN de Reacher : une enquête qui devient rapidement tentaculaire, des individus peu recommandables, des secrets à exhumer, des combats brutaux et une héroïne qui préfère généralement agir plutôt que tergiverser. Mais le spin-off a l’intelligence de ne pas simplement remplacer l’immense Alan Ritchson par Maria Sten au milieu d’une mécanique identique. Il utilise ce que la série mère avait déjà laissé entrevoir de Frances Neagley pour commencer à construire quelque chose autour d’elle.

Et Maria Sten est formidable.

Elle possédait déjà dans Reacher une présence assez magnétique, mais le passage au premier plan confirme à quel point le personnage lui appartient désormais. Neagley est ultra badass, rapide, méthodique, capable d’une violence assez impressionnante lorsque la situation l’exige, mais Sten ne réduit jamais son personnage à une machine à distribuer des coups. Derrière l’efficacité physique se trouve une femme beaucoup plus complexe, dont les difficultés dans son rapport aux autres constituent l’un des fils rouges les plus intéressants de la saison. Sans jamais ramollir son héroïne, la série réussit ainsi progressivement à fissurer l’armure.

C’est même là que Neagley trouve peu à peu sa véritable identité. L’action reste primordiale et certains affrontements sont particulièrement jouissifs, mais cette saison raconte également la naissance d’un groupe. Là où Jack Reacher est par définition un homme de passage, Frances Neagley pourrait être amenée à construire quelque chose de beaucoup plus durable.

Autour d’elle, Greyston Holt constitue une excellente surprise dans le rôle de Hudson Riley. La relation entre le policier et Neagley fonctionne particulièrement bien parce que la série prend le temps de la faire évoluer sans la précipiter. Holt possède suffisamment de présence pour tenir face à Maria Sten et apporte au personnage ses propres zones d’ombre sans jamais chercher à concurrencer artificiellement son héroïne.

Même constat pour Adeline Rudolph, excellente en Renee Birdwhistle. Le personnage peut paraître légèrement agaçant lors de ses premières apparitions avant de prendre une ampleur inattendue. Son évolution est l’une des belles réussites de ces huit épisodes et Rudolph révèle progressivement une Renee beaucoup plus solide et badass qu’elle ne le laissait initialement supposer.

Jasper Jones, dans le rôle de Keno, possède peut-être moins immédiatement la puissance de ses partenaires, mais le comédien montre quelques aptitudes sympathiques et bénéficie surtout d’un personnage qui gagne en intérêt à mesure que l’intrigue progresse. Damon Herriman et Matthew Del Negro complètent notamment une distribution très solide qui permet à la série de ne jamais reposer uniquement sur les épaules de Maria Sten.

Il faut dire que Neagley ne laisse que rarement au téléspectateur le temps de reprendre son souffle. Très bien shootée, généreuse en action et en adrénaline, la série retrouve cette efficacité presque insolente qui fait le sel de Reacher. Les coups font mal, les fusillades claquent, les rebondissements s’enchaînent et la réalisation sait parfaitement mettre en valeur la dimension physique des affrontements. Le programme assume totalement son statut de divertissement musclé et n’éprouve jamais le besoin de s’en excuser.

Tout n’est pourtant pas au même niveau. Après un début extrêmement addictif, deux épisodes, notamment les quatrième et sixième, donnent davantage l’impression de servir de transitions. L’enquête reprend alors temporairement le dessus sur l’action et le rythme accuse quelques baisses de régime. Rien de véritablement problématique, mais suffisamment pour empêcher cette première saison d’être totalement irréprochable.

Car lorsqu’elle remet les gaz, Neagley devient particulièrement difficile à lâcher. Sa dernière ligne droite est à ce titre redoutablement efficace. Sans rien dévoiler des événements, le huitième épisode combine parfaitement ce que le spin-off a construit jusque-là : action, violence, émotion et évolution des personnages. Surtout, la série n’oublie jamais que derrière l’enquête se cache quelque chose de profondément personnel pour son héroïne.

Le lien avec Jack Reacher reste évidemment essentiel à l’identité du personnage. C’est à ses côtés que le téléspectateur a appris à connaître Frances Neagley et que Maria Sten a progressivement imposé cette héroïne aussi singulière que redoutable. Le spin-off peut ainsi s’appuyer sur tout ce que Reacher avait déjà construit autour d’elle sans pour autant rester prisonnier de la série mère. L’univers de Lee Child demeure immédiatement reconnaissable, mais Neagley possède suffisamment de personnalité pour commencer à tracer sa propre route.

La conclusion achève justement de donner au spin-off une véritable raison d’exister indépendamment de Reacher. Sans rien dévoiler de ses événements ni du destin de ses personnages, elle referme efficacement l’intrigue de cette première saison tout en ouvrant suffisamment de perspectives pour imaginer la suite. Une éventuelle deuxième saison disposerait ainsi de bases solides pour continuer à développer l’univers de Frances Neagley sans simplement reproduire la mécanique de la série mère.

C’est probablement la plus belle réussite de cette première saison. Neagley commence comme le spin-off de Reacher et termine en donnant envie de retrouver Neagley, Hudson, Renee et Keno pour eux-mêmes.

Huit épisodes auront suffi pour prouver que Frances Neagley n’avait pas besoin de rester éternellement dans l’ombre de Jack Reacher. Maria Sten avait déjà fait du personnage l’un des atouts majeurs de la série originale. Elle possède désormais la sienne.

Et ça lui va sacrément bien.

Crédits : Prime Video

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