

SYNOPSIS : L’homme le plus puissant au monde se lance dans une mission effrénée pour s’ériger en sauveur de l’humanité avant que la catastrophe, qu’il a lui-même déclenchée, n’anéantisse la planète.
Nous sommes allés voir Digger sans trop nous souvenir de son synopsis, si ce n’est qu’Alejandro González Iñárritu était aux commandes et que Tom Cruise en tenait le premier rôle. Cela aura largement suffi à attiser notre curiosité, mais nous étions loin de nous douter que le film nous happerait aussi rapidement. Dès les premières minutes, quelque chose fonctionne : les plans, les situations, les personnages et même ce chat régulièrement impliqué dans des scènes aussi absurdes que touchantes nous plongent dans un univers complètement décalé. Et puis il y a Tom Cruise, qui entre immédiatement dans son rôle avec une démesure qui ne fera que grandir au fil du film. Pendant la première demi-heure, nous étions clairement à fond. L’histoire déroulait son fil en devenant toujours plus absurde, toujours plus perchée, comme si nous assistions presque à un épisode géant des Simpson ou d’American Dad, toute proportion gardée. Tout paraît à la fois passionnant, crédible et complètement invraisemblable, comme si nous étions dans un monde hors du temps, soumis à sa propre logique, sans pour autant basculer totalement dans la satire. Nous nous sommes donc laissés porter, avec cette sensation assez rare de ne jamais savoir exactement jusqu’où le film allait pousser son concept ni à vrai dire quelle en était réellement la nature.

Puis survient une révélation qui nous a totalement sortis du film pendant plusieurs minutes. Il nous a fallu un petit temps pour digérer ce changement de paradigme et surtout ses conséquences, avant de finalement remonter en selle. Difficile d’en dire davantage sans gâcher l’expérience, mais c’est justement là que Digger devient particulièrement amusant à regarder. La « fausse » histoire du film devient finalement plus importante et plus passionnante que la « vraie ». Et pourtant, cette fausse histoire est elle-même inspirée d’une histoire vraie. Comprendront ceux qui auront vu le film. Tout ce savant mélange de vraie et de fausse histoire peut sembler complètement absurde sur le papier, mais il finit par prendre parfaitement son sens une fois le dispositif digéré. Il ne s’agit d’ailleurs pas réellement de distinguer ce qui est vrai de ce qui ne l’est pas, mais plutôt d’observer comment une histoire peut être remodelée, adaptée et racontée sous un autre angle. Digger joue ainsi constamment avec notre perception de ce que nous sommes en train de regarder, jusqu’à faire de cette mise en abyme l’un des principaux moteurs du film.

Alors oui, Digger n’est pas toujours d’une subtilité légendaire. En réalité, le film est profondément excessif à peu près à tous les niveaux. Mais quel pied de voir une proposition de cet acabit ! C’est dense, ça fourmille d’idées, c’est perché tout en ayant paradoxalement beaucoup les pieds sur terre. Surtout, le film assume jusqu’au bout son envie de partir dans tous les sens sans jamais complètement perdre le fil. Et Tom Cruise est totalement dingue. L’acteur livre une performance d’anthologie, démesurée, extravagante, parfois franchement hallucinante, avec plusieurs passages de haute volée. Il faut évidemment adhérer au personnage et accepter le numéro, mais une fois que nous sommes montés dans le train, difficile de ne pas prendre un plaisir immense à le regarder pousser toujours plus loin cette interprétation. Il est entouré d’un casting lui aussi excessif, à commencer par l’excellent John Goodman. Riz Ahmed, que nous avions notamment adoré dans l’excellente série The Night Of, confirme une nouvelle fois sa capacité à se fondre dans des rôles très différents. Jesse Plemons reste toujours aussi dérangeant, ne serait-ce qu’à cause de cette coupe de cheveux qui semble avoir été pensée pour nous désarçonner. Quant à Sandra Hüller, que l’on voit décidément partout ces derniers temps, elle est ici beaucoup plus secondaire et anecdotique, loin de l’ampleur de son rôle dans Projet Dernière Chance.

Le plus amusant reste peut-être de constater que tout ce joyeux bazar finit par retomber impeccablement sur ses pattes. Une fois le concept compris et surtout accepté (comme nous le disions nous avons eu quelques minutes difficiles sous le signe du rejet), Digger dévoile progressivement la finalité de son dispositif et poursuit sa mise en abyme jusqu’à la dernière minute. Ce qui pouvait initialement donner l’impression d’une succession de choix absurdes finit ainsi par trouver une cohérence, et même une véritable raison d’être. Évidemment, cette proposition ne plaira pas à tout le monde. Son caractère excessif, ses ruptures de ton et sa manière de jouer avec la perception du spectateur peuvent facilement sortir des cibles du film. Nous-mêmes avons connu ce moment de flottement lorsque la première révélation a rebattu les cartes. Mais le fait d’avoir réussi à nous faire remonter en selle aussi rapidement témoigne justement de la solidité de l’ensemble. Nous avons donc pris un pied monumental devant cette drôle de créature cinématographique, aussi dense que perchée, capable de nous surprendre, de nous perdre momentanément avant de nous récupérer et surtout de proposer quelque chose que nous n’avions pas vraiment l’impression d’avoir déjà vu. Ce n’est peut-être pas tout à fait ce qui était vendu mais il faut bien avouer que c’est brillant.

Titre Original: DIGGER
Réalisé par: Alejandro González Iñárritu
Casting: Tom Cruise, John Goodman, Riz Ahmed …
Genre: Action, Comédie
Sortie le: 30 septembre 2026
Distribué par: Warner Bros. France

TOP NIVEAU
Catégories :Critiques Cinéma










































































































































