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PAOLO (Critique Mini-Série Épisodes 1×01 – 1×02) Élégante, mordante, drôle, parfois brutale …

SYNOPSIS : La vie ordinaire d’un homme bascule lorsqu’il recroise la route de Téophane, un ancien camarade d’école aujourd’hui candidat à la mairie de sa ville. Ce qui commence comme une simple admiration et une volonté de soutenir la campagne se transforme rapidement en une obsession dévorante… Paolo nous plonge dans l’univers clos d’une petite ville de province en pleine ébullition, où s’entrechoquent désir, transgressions, angoisses de classe et faux-semblants .    

Il suffit parfois d’un visage aperçu au détour d’une rue pour faire remonter tout un passé. Pour Paolo, déménageur sans histoires, ce visage est celui de Téophane Tolbiac, ancien camarade d’école devenu écrivain à succès et candidat à la mairie. Une affiche électorale suffit à provoquer le déclic. À partir de là, quelque chose se dérègle. Sans jamais livrer immédiatement toutes les clés de son personnage, Paolo installe une fascination qui devient peu à peu plus inquiétante.

Inspirée de Mimi, roman de Sébastien Marnier publié chez Fayard, la série retrouve plusieurs des territoires de prédilection de son auteur : les faux-semblants, les rapports de domination, la violence sociale et cette bourgeoisie de province derrière laquelle peuvent se dissimuler bien des cruautés. Il y a même quelque chose de chabrolien dans cette manière d’observer des personnages capables de sourire tout en s’envoyant des flèches particulièrement acérées.

Car Paolo sait être drôle. Pas nécessairement en cherchant le bon mot, mais grâce à des dialogues à double sens, des situations légèrement décalées et des compliments qui se transforment involontairement en humiliations. Sébastien Marnier et Juliette Soubrier jouent constamment sur ce fil, sans jamais désamorcer la menace. Le rire et le malaise peuvent surgir dans une même scène.

Derrière l’obsession qui commence à gagner Paolo se dessine surtout une question de classe. L’un est resté déménageur, l’autre est devenu écrivain et homme politique. L’un regarde l’autre comme quelqu’un ayant réussi à franchir une frontière sociale qui lui est demeurée inaccessible. Lorsque Paolo exprime son désir que les politiques s’intéressent aux gens comme lui autant que ceux-ci peuvent s’intéresser à eux, la série met des mots sur ce qu’elle raconte depuis le début : le besoin d’être regardé, considéré, reconnu. Et peut-être aussi la colère de celui qui a le sentiment de ne pas l’être.

Tout l’intérêt tient alors à la manière dont Jérôme Niel fait progressivement apparaître les failles de Paolo. Loin du registre comique auquel son nom reste largement associé, le comédien se révèle remarquable. Il suffit d’un sourire qui dure légèrement trop longtemps, d’un regard ou d’une tension physique pour faire comprendre que quelque chose travaille son personnage. Paolo peut être touchant, amusant, gênant ou inquiétant sans que la série cherche à le faire entrer définitivement dans l’une de ces cases.

Face à lui, Yoann Gasiorowski compose un Téophane tout aussi intéressant. Sûr de lui lorsqu’il faut occuper l’espace public, rompu aux codes de la politique et de la représentation sociale, il n’est pourtant jamais réduit à la caricature du notable ou de l’ambitieux. La relation qui se construit entre les deux hommes fonctionne précisément parce qu’elle est profondément déséquilibrée : ce que l’un projette sur l’autre n’a pas nécessairement d’équivalent en retour.

Autour d’eux, Sébastien Marnier peuple cette petite ville d’une galerie de personnages dont quelques scènes suffisent parfois à dessiner les contours. Philippe Katerine trouve notamment un registre beaucoup plus sombre qu’attendu, tandis que Bernard Ménez, Philippe Duclos, Zahia Dehar ou encore Johan Heldenbergh participent à cet univers où la comédie sociale peut soudain bifurquer vers quelque chose de beaucoup moins confortable.

Mais ce qui frappe immédiatement dans Paolo, c’est aussi sa mise en scène. La photographie de Romain Carcanade est superbe. Lumières, couleurs, profondeur des cadres, gros plans : tout concourt à donner à la série une élégance qui n’a rien de décoratif. Cette beauté crée au contraire un contraste permanent avec ce qui affleure sous la surface. Sébastien Marnier sait installer une ambiance, faire durer un regard, laisser une situation devenir progressivement étrange et faire surgir la violence sans que la réalisation change brutalement de registre. La musique de Pyrit participe elle aussi à cette fluidité et à cette sensation d’être progressivement happé.

C’est peut-être là que ces deux premiers épisodes sont les plus convaincants. Paolo ne se précipite pas. La série laisse infuser ses mystères, accumule les détails et augmente progressivement la pression sans distribuer prématurément ses réponses. Même les personnages les plus excentriques conservent suffisamment d’épaisseur pour ne jamais devenir de simples figures de comédie.

Présentés au Festival de la Fiction de La Rochelle, ces deux premiers épisodes constituent donc une entrée en matière particulièrement séduisante. Élégante, mordante, drôle, parfois brutale, Paolo possède déjà une identité extrêmement forte. Et si l’on s’arrête ici pour l’instant, c’est avec la frustration très agréable d’abandonner momentanément une histoire qui venait précisément de refermer son piège sur nous.

Crédits: HBO Max

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