

SYNOPSIS : Angela et Joe invitent leurs mystérieux nouveaux voisins du dessus à dîner. La soirée va alors rapidement faire voler en éclats toutes leurs certitudes.
Parmi les comédiens/comédiennes devenus cinéastes, la carrière d’Olivia Wilde est aujourd’hui parmi les plus intéressantes. Un premier coup d’essai en 2019 avec la géniale comédie adolescente Booksmart (toujours un classique du coming of age moderne si vous demandez notre avis) puis une aventure psyché à twists à la réputation et au marketing sulfureux avec son Don’t Worry Darling (une critique partagée et un tas de polémiques absurdes pour une curiosité à l’ambition débordante) : la comédienne désormais réalisatrice repasse derrière la caméra avec une troisième proposition qui a déjà trouvé un joli succès au Festival de Sundance en début d’année. Adapté du film espagnol Sentimental par un scénario de Rashida Jones et Will McCormack, L’Invitation porte les codes initiaux du vaudeville conjugal en huis-clos. On y rencontre Joe et Angela (Seth Rogen et Olivia Wilde elle-même), un couple au mariage qui semble battre de l’aile dans un ennui poli et une routine malheureuse qui se sont installés au fil des années. Lorsqu’un soir Joe rentre de son travail, il découvre avec stupeur que sa femme a invité les voisins d’à-côté à dîner. Problème : Joe déteste l’imprévu – bien qu’Angela maintienne qu’elle l’avait tenu au courant de leur venue la veille – et il déteste encore plus Pína et Hank (Penélope Cruz et Edward Norton) qu’il accuse d’outrepasser leur intimité en ne limitant pas les bruits peu subtils de leurs ébats la nuit venue. Les deux couples se retrouvent alors dans cet appartement pendant une soirée qui va glisser de non-dits en malentendus, mais les conversations vont vite tourner vers des contrées plus inattendues…

Quatre comédiens expérimentés, chacun apportant son bagage personnel au service d’un huis-clos théâtral foisonnant de répliques affutées : L’Invitation est avant tout une performance de direction d’acteurs. On l’a déjà vu avec Booksmart et Don’t Worry Darling, l’un des principaux talents d’Olivia Wilde derrière la caméra repose dans sa façon de mener les singularités respectives de chaque membre de son casting pour nourrir une alchimie globale chirurgicale et une justesse de ton constamment sur le fil. Pas étonnant que Seth Rogen, Penélope Cruz et Ed Norton aient tous répondus à son appel, tant la réalisatrice travaille avec un malin plaisir les petits détails qui rendent leurs échanges et leurs ping-pongs verbaux toujours plus savoureux. Rogen est génialement agaçant en mari aigri et râleur, ne cachant que très peu sa détestation pour ses invités ; Cruz apporte une liberté sensuelle évidente, alors même que son personnage slalome entre les moments de malaise et les quiproquos ; Norton semble s’éclater dans une performance organique et hilarante qui se décuple au fur et à mesure que la soirée s’avance.

Et dans tout ça, Olivia Wilde trouve une place sans jamais tirer la couverture à elle, menant le rythme de l’intérieur telle un chef-d’orchestre testant la température avec ses comédiens pour guider un scénario foisonnant de trouvailles hilarantes. Le film prend pourtant un certain temps avant de révéler ses cartes, les gardant dans sa manche un premier temps alors même que le spectateur se fait déjà clairement des images sur là où cette soirée va mener nos deux couples. Un premier heurté par le passage du temps, un amour qui peine à subsister dans un mariage qui bat de l’aile sans que les mots soient dits, et un second à la sexualité débridée qui pousse à la comparaison, à la jalousie et aux complexes. L’Invitation s’accomplit au milieu de son récit, entraînant ses personnages dans un mélange redoutable de malaise, d’absurde et de sensualité. Wilde, Rogen, Cruz et Norton forment, en carré, une simple mais habile déconstruction thématique de la figure traditionnelle du couple, se fermant sur une très juste conclusion qui tire pile ce qui faut de virage dramatique pour établir en quelques monologues finement desservis tout le propos d’un film qui renfermait bien plus que ce qu’il laissait initialement paraître.

Avec une mise en scène millimétrée et un sens affuté du dialogue nourri par quatre comédiens au diapason, Olivia Wilde signe une jolie réussite du genre, une comédie resserrée et habile où les gags servent une tension maîtrisée et où le drame relationnel vient se cacher dans l’humour parfois potache. Habillé également par le montage chirurgical de Yorgos Mavropsaridis et Anthony Boys et par la photographie précise d’Adam Newport-Berra qui donnent ce qu’il faut d’espace pour mettre en avant la justesse de leur casting, L’Invitation réussit son pari avec autant d’élégance que d’absurdité, croisant la folie douce de Booksmart et la minutie esthétique de Don’t Worry Darling dans un huis-clos qui raconte le meilleur des deux mondes autour de deux couples que l’on comprend vite aux antipodes. Mais de cette confrontation, Olivia Wilde en sort une très belle anatomie du couple, dans ce que ça implique de cynisme, de réalisme, de pertinence et de poésie. Tout le nécessaire pour une belle soirée, finalement.

Titre Original: THE INVITE
Réalisé par: Olivia Wilde
Casting : Seth Rogen, Olivia Wilde, Penélope Cruz…
Genre: Comédie
Sortie le : 16 septembre 2026
Distribué par: Maverick distribution

EXCELLENT
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020









































































































































