Critiques Cinéma

KILL BILL : THE WHOLE BLOODY AFFAIR (Critique)

SYNOPSIS : Ancienne membre d’une organisation de tueurs d’élite, La Mariée est laissée pour morte lors de son propre mariage par son ancien amant et mentor, Bill. Après avoir survécu à une balle dans la tête et perdu l’enfant qu’elle portait, elle sort d’un coma avec un seul objectif : la vengeance. Elle va devoir traquer les quatre membres restants du Détachement International des Vipères Assassines avant de pouvoir affronter Bill lui-même.

Nous pensions connaître Kill Bill par cœur, ce director’s cut nous a pourtant donné le sentiment de le redécouvrir. Plus de vingt ans après sa sortie, le film retrouve enfin la forme sous laquelle Quentin Tarantino l’avait imaginé. Initialement conçu comme une œuvre unique avant d’être scindé en deux pour des raisons commerciales, Kill Bill est ici présenté avec un entracte qui préserve une respiration naturelle sans jamais rompre le rythme. Loin de donner l’impression d’assister à deux films, ce découpage révèle au contraire toute l’évidence d’une œuvre qui n’aurait sans doute jamais dû être séparée. Nos précédents visionnages nous avaient laissé le souvenir d’un second volume supérieur au premier : cette nouvelle version a complètement rebattu les cartes. Les deux parties se répondent désormais avec une fluidité qui les rend remarquablement homogènes. Plus qu’une version longue, ce director’s cut donne surtout le sentiment de retrouver l’équilibre que le découpage d’origine empêchait pleinement d’apprécier. Quelques choix de montage renforcent encore cette impression. La disparition du célèbre cliffhanger révélant que la fille de Beatrix Kiddo est toujours en vie redonne à cette information toute sa force en la repoussant jusqu’au terme du récit. Même en connaissant déjà le film, son impact s’en trouve considérablement renforcé. Ce director’s cut rappelle aussi ce qu’une véritable version longue devrait être. Il y a quelques semaines, Backrooms : Tout doit disparaître proposait seize minutes supplémentaires intégralement placées après le générique de fin. L’intention était compréhensible, mais ces ajouts nourrissaient finalement assez peu le film. Kill Bill suit la logique inverse, chaque modification ou ajout paraît avoir toujours eu sa place.

Si ce director’s cut fonctionne aussi bien, c’est avant tout parce que Kill Bill est un immense film. Ce qui fascine toujours autant aujourd’hui, ce n’est finalement pas la démesure de ses combats, mais tout ce qui les entoure. Tarantino ne construit jamais un affrontement pour lui-même, il prend d’abord le temps de bâtir ceux qui vont le livrer, jusqu’à faire de chaque duel l’aboutissement naturel d’une histoire, d’une rencontre ou d’un dialogue. C’est sans doute ce qui rend Kill Bill aussi passionnant à revoir : chaque personnage semble entrer dans le cadre précédé de sa légende. En quelques scènes seulement, Tarantino leur donne une existence, un passé et une aura qui dépassent largement le récit. Le film donne constamment l’impression d’ouvrir une fenêtre sur un monde qui existait avant lui et continuera d’exister après son générique. Kill Bill est archi stylisé, pourtant, jamais il ne donne l’impression d’être artificiel. Au contraire, il transpire la vie. Cette sensation tient autant à son écriture qu’à la richesse de son univers, où le cinéma de sabre, le western, les mangas ou encore les films d’arts martiaux ne s’empilent jamais comme de simples références, mais fusionnent pour créer une identité immédiatement reconnaissable. Cette mythologie irrigue jusque ses personnages les plus marquants. Hattori Hanzō, interprété par le regretté Sonny Chiba, apparaît finalement assez peu, mais son empreinte traverse tout le film. Les sabres qu’il forge deviennent bien plus que de simples armes. A l’instar des sabres laser de Star Wars, ils acquièrent une histoire, une aura et une valeur presque sacrée qui les rendent immédiatement uniques. Cette même logique se retrouve avec Pai Mei. Son entraînement aussi absurde qu’impitoyable, sa personnalité outrancière et la célèbre technique des cinq points qui font exploser le cœur évoquent autant les grands maîtres du cinéma d’arts martiaux que certaines figures de manga. Impossible, à ce moment-là, de ne pas penser à Ken le Survivant, tant cette technique semble appartenir à la même famille de pouvoirs quasi mythiques, transmis par un maître à son élève. Là encore, Tarantino ne cherche jamais le réalisme. Il construit un univers où tout paraît extraordinaire, sans jamais cesser d’être crédible.

S’il fallait pourtant retenir un personnage de cette redécouverte, ce serait sans doute Budd. Dans un film peuplé d’assassins devenus légendaires, il est paradoxalement celui qui semble avoir tout perdu. Installé dans une caravane délabrée, humilié par son patron et résigné à une existence sans éclat, Budd donne d’abord l’impression d’être un guerrier déchu. Pourtant, dès que Michael Madsen apparaît à l’écran, quelque chose se passe. Son flegme, sa manière de laisser les silences s’installer et d’occuper l’espace sans jamais en faire trop rendent chacune de ses scènes fascinantes. Même lorsqu’il prépare simplement des cocktails en discutant avec Elle Driver, il est impossible de détourner le regard. Michael Madsen a toujours dégagé cette présence singulière. Sa carrière ne lui a sans doute jamais offert la place qu’elle méritait, l’entraînant souvent vers des productions bien plus modestes que son talent, pourtant, chacune de ses apparitions semble rappeler l’acteur qu’il aurait pu devenir. Budd résume parfaitement ce paradoxe. Il se présente comme un homme brisé, allant jusqu’à prétendre avoir vendu son sabre de Hattori Hanzō. Nous découvrons finalement qu’il ne s’en est jamais séparé, comme si cette lame incarnait le dernier lien avec celui qu’il avait été. Derrière ce cowboy fatigué se cache encore un combattant capable de mettre Beatrix Kiddo hors d’état de nuire et de l’enterrer vivante dans l’une des séquences les plus marquantes du film. Son destin n’en est que plus ironique, Budd meurt sans jamais apprendre que Beatrix a survécu. Lui qui croyait avoir définitivement tourné la page disparaît sous les coups traitres d’Elle Driver, ignorant que la Mariée reviendra éliminer le reste de la troupe. D’une certaine manière, il sera même vengé… sans jamais le savoir. À ses côtés, David Carradine compose un Bill à mille lieues du chef impitoyable que l’on pouvait imaginer. Calme, cultivé et presque bienveillant par instants, il impose une présence qui repose davantage sur son charisme que sur la violence. Leur confrontation finale résume à elle seule l’intelligence de l’écriture de Tarantino. Après plus de trois heures d’attente, le réalisateur privilégie la parole au spectaculaire, preuve que Kill Bill s’est toujours davantage intéressé à ses personnages qu’à leurs affrontements. S’il fallait toutefois formuler une réserve, elle concernerait le célèbre monologue de Bill sur Superman. Le parallèle avec Beatrix Kiddo est intéressant (même si bancal), mais ce développement tombe, à nos yeux, comme un cheveu sur la soupe. Jusqu’ici, les dialogues semblaient toujours naître naturellement des personnages. Cette longue démonstration donne davantage le sentiment d’entendre Tarantino disserter que Bill s’exprimer.

Si ce director’s cut justifie pleinement son existence, c’est aussi parce qu’il ne cherche jamais à gonfler artificiellement le film. La séquence animée consacrée au passé d’O-Ren Ishii en est sans doute le meilleur exemple. Déjà particulièrement audacieuse en 2003, elle retrouve ici toute son ampleur. Son intégration au cœur d’un film en prises de vues réelles demeure tout aussi surprenante aujourd’hui et participe pleinement à cette identité hybride qui fait de Kill Bill une œuvre à part. Dans le même esprit, le célèbre affrontement de la House of Blue Leaves retrouve enfin ses couleurs, abandonnant le noir et blanc qui avait été imposé lors de la sortie en salles. Le court métrage animé inédit proposé après le générique relève quant à lui d’une démarche différente ; en assumant pleinement son statut de bonus, car il n’est jamais indispensable à la compréhension du récit, il constitue un véritable cadeau adressé aux spectateurs. Surtout, il permet de mesurer l’évolution de l’animation japonaise en mettant en regard deux propositions séparées par plus de vingt ans, réunies au sein d’une même œuvre. Cette version définitive rappelle finalement qu’un director’s cut n’a pas vocation à montrer davantage mais de permettre de montrer mieux. Kill Bill en apporte une démonstration éclatante.

En ressortant de cette projection, une évidence s’est imposée à nous : Kill Bill n’a pas simplement traversé le temps, il semble avoir grandi avec lui. Plus de vingt ans après sa sortie, le film conserve une modernité et une personnalité que bien des œuvres plus récentes pourraient lui envier. Son écriture, ses personnages et sa mise en scène donnent toujours le sentiment d’appartenir à un univers unique, où chaque référence finit par nourrir une identité qui ne ressemble qu’à lui. Le director’s cut renforce encore cette impression, les modifications apportées ne bouleversent pas fondamentalement l’œuvre mais lui permettent de retrouver un équilibre qui semblait lui avoir été retiré. C’est sans doute la plus belle réussite de cette version : donner l’impression qu’elle a toujours existé. Cette redécouverte nous a également rappelé à quel point certains visages sont indissociables du film. Michael Madsen, David Carradine ou encore Sonny Chiba nous ont depuis quittés, mais leurs personnages continuent de dégager la même aura. Comme les sabres forgés par Hattori Hanzō, ils ont dépassé leur simple fonction au sein du récit pour devenir de véritables légendes de cinéma. Au fond, Kill Bill raconte une histoire de vengeance, pourtant, en y repensant, ce n’est pas ce thème qui nous habite le plus. Ce que nous retenons avant tout, c’est la transmission. Celle d’un maître à son élève, celle d’un savoir-faire, celle d’un cinéma que Tarantino aime profondément et qu’il convoque pour mieux lui rendre hommage avant de le prolonger à sa manière. En retour, Kill Bill est devenu, lui aussi, une œuvre de transmission, continuant d’inspirer cinéastes et spectateurs plus de vingt ans après sa sortie. Une version à découvrir depuis début juillet dans les salles de cinéma, ou dans quelques mois chez vous, puisque le film est déjà disponible en précommande.

Titre Original: KILL BILL : THE WHOLE BLOODY AFFAIR

Réalisé par: Quentin Tarantino

Casting : Uma Thurman, David Carradine, Lucy Liu …

Genre: Action, Thriller

Sortie le: 8 juillet 2026

Distribué par: StudioCanal

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