Critiques Cinéma

FRANKIE & JOHNNY (Critique)

SYNOPSIS : Love story moderne ou lui travaille dans un restaurant grec après un bref séjour en prison et elle, serveuse dans le même restaurant, refuse toute relation sentimentale…

Il y a des films qui parlent d’amour. Frankie & Johnny parle surtout de la peur d’aimer à nouveau. Sorti en 1991, ce film de Garry Marshall est souvent éclipsé par les immenses succès populaires de son réalisateur, de Pretty Woman à Just Married (ou presque). C’est pourtant l’une de ses œuvres les plus personnelles, les plus intimes et, sans doute, les plus bouleversantes.. Une histoire d’amour, certes, mais surtout une histoire de reconstruction, de blessures invisibles et de deux êtres qui, après avoir cessé de croire au bonheur, vont peu à peu accepter de laisser une nouvelle chance à la vie. Johnny sort de prison. Frankie porte en elle les cicatrices d’un passé douloureux. Lui déborde d’enthousiasme et d’espoir. Elle s’est construit une carapace pour ne plus souffrir. Rien ne semble devoir les rapprocher. Et pourtant, Garry Marshall transforme cette rencontre en un récit d’une infinie tendresse, où chaque regard, chaque silence et chaque hésitation comptent autant que les mots. Loin des conventions de la comédie romantique hollywoodienne, Frankie et Johnny ne cherche jamais à idéaliser ses personnages. Il les regarde avec une infinie bienveillance, sans jamais masquer leurs failles ni leurs contradictions. C’est précisément ce qui rend le film si profondément humain. Garry Marshall ne filme pas un conte de fées. Il filme deux adultes cabossés qui apprennent, avec une infinie pudeur, à ne plus avoir peur de l’autre.

Cette justesse doit évidemment beaucoup à l’exceptionnel duo formé par Al Pacino et Michelle Pfeiffer. Au sommet de leur art, les deux comédiens livrent ici des compositions d’une rare sensibilité. Pacino abandonne toute démonstration de force pour révéler un homme enthousiaste, maladroit, parfois envahissant, mais profondément sincère. Face à lui, Michelle Pfeiffer impressionne par la finesse de son jeu. D’un simple regard ou d’une légère inflexion de voix, elle exprime les blessures, les doutes et les résistances d’une femme qui ne sait plus si elle est encore capable d’aimer. Leur alchimie ne repose jamais sur des effets spectaculaires. Elle naît d’une succession de petits gestes, de conversations, de silences et de moments suspendus. C’est peut-être ce que le film raconte le mieux : la beauté infiniment fragile du rapprochement entre deux êtres. L’origine théâtrale du récit ne tarde d’ailleurs pas à s’imposer. Adapté de la pièce Frankie and Johnny in the Clair de Lune, écrite par Terrence McNally, le film repose avant tout sur les dialogues, les émotions et les rapports entre les personnages plutôt que sur l’action. Certains lui ont d’ailleurs reproché un aspect parfois théâtral. Pourtant, Garry Marshall évite soigneusement l’écueil d’une mise en scène figée. Son film respire. Il ouvre constamment l’espace grâce au restaurant où travaillent les deux protagonistes, aux allées et venues de ses employés, aux rues de New York ou encore à ces instants du quotidien qui donnent au récit une authenticité précieuse. Loin d’enfermer ses personnages, il leur offre au contraire un univers vivant dans lequel ils peuvent progressivement apprendre à se découvrir.

Ce restaurant constitue d’ailleurs bien plus qu’un simple décor. Il devient un véritable refuge, un lieu où se croisent des femmes et des hommes ordinaires, avec leurs qualités, leurs défauts, leurs rêves et leurs petites lâchetés. Garry Marshall accorde à chacun d’entre eux une véritable existence, évitant d’en faire de simples silhouettes chargées d’accompagner les deux héros. Impossible, dans ce contexte, de ne pas saluer la formidable composition d’Hector Elizondo. Acteur fétiche de Garry Marshall, qu’il retrouvera dans la quasi-totalité de ses films, il campe ici un patron à la fois bourru, protecteur, parfois de mauvaise foi, mais profondément attachant. Sans jamais chercher à attirer la lumière, il apporte au film une chaleur humaine permanente. Comme souvent chez Marshall, les personnages secondaires ne servent pas uniquement l’intrigue : ils enrichissent un univers où chacun semble avoir une histoire à raconter. Cette humanité irrigue chaque scène du film. Là où tant de romances hollywoodiennes cherchent à provoquer les larmes à coups de grands discours ou de rebondissements spectaculaires, Frankie & Johnny choisit la pudeur. Les émotions naissent d’un silence, d’un sourire timide, d’une hésitation ou d’un geste maladroit. Garry Marshall comprend que les plus belles histoires d’amour ne se construisent pas dans les déclarations flamboyantes, mais dans ces instants presque imperceptibles où deux êtres acceptent enfin de baisser leur garde. Difficile, enfin, de ne pas être frappé par le contrepoint qu’offre ici Al Pacino avec l’un de ses personnages les plus célèbres. En voyant Johnny, difficile de ne pas imaginer ce qu’aurait pu devenir Tony Montana si la vie lui avait offert un peu de tendresse plutôt qu’une succession de violences. Les deux hommes possèdent une même intensité, une même manière d’occuper l’espace et de vivre chaque émotion avec une sincérité presque excessive. Mais là où Tony détruisait tout ce qu’il touchait, Johnny ne cherche qu’une chose : être aimé et apprendre à aimer sans avoir peur de souffrir.

Si Al Pacino trouve ici l’un de ses rôles les plus tendres, Michelle Pfeiffer signe sans doute l’une des plus grandes compositions de sa carrière. Si sa beauté a souvent éclipsé l’immensité de son talent, Michelle Pfeiffer mérite avant tout d’être reconnue comme l’une des plus grandes tragédiennes américaines de sa génération. De Susie et les Baker Boys à Frankie & Johnny, elle n’a cessé d’incarner des femmes complexes, vulnérables sans jamais être fragiles, capables de bouleverser par un simple regard ou un silence. Frankie refuse d’aimer parce qu’elle refuse de souffrir à nouveau. Toute la force de Michelle Pfeiffer réside dans cette émotion constamment retenue, dans cette pudeur qui rend son personnage infiniment touchant. Huit ans après Scarface, elle retrouve Al Pacino dans un registre radicalement opposé. Là où Brian De Palma filmait la passion, la violence et la chute, Garry Marshall célèbre la reconstruction, la confiance retrouvée et la possibilité d’un nouveau départ. Les deux comédiens, au sommet de leur art, offrent une partition d’une justesse exceptionnelle. Plus de trente ans après sa sortie, Frankie et Johnny n’a rien perdu de sa force émotionnelle. Bien au contraire. À une époque où les romances privilégient souvent les rebondissements ou les démonstrations spectaculaires, le film de Garry Marshall rappelle que les plus belles histoires d’amour sont parfois les plus simples. Celles où deux êtres apprennent, lentement, à se faire confiance. Celles où les blessures du passé ne disparaissent jamais complètement, mais cessent peu à peu d’empêcher d’avancer. Profondément humain, d’une infinie délicatesse et porté par deux interprètes exceptionnels, Frankie et Johnny demeure l’une des plus belles réussites de Garry Marshall, mais aussi l’un des grands films romantiques américains des années 1990. Une œuvre injustement reléguée au second plan. Lorsqu’un film vous terrasse, vous serre le cœur et vous fait ressentir parmi les émotions les plus pures que le cinéma puisse transmettre, il cesse d’être un simple film. Lorsque deux êtres ne sont plus deux interprètes qui jouent, mais deux âmes qui se rapprochent sous nos yeux, alors l’amour est là, pour toujours. On ne célèbre plus seulement une œuvre d’art. On célèbre un morceau de vie.

Titre Original: FRANKIE & JOHNNY

Réalisé par: Garry Marshall

Casting : Al Pacino, Michelle Pfeiffer, Hector Elizondo …

Genre: Comédie dramatique, Romance

Sortie le: 5 février 1992

Distribué par: United International Pictures (UIP)

CHEF-D’ŒUVRE

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