

SYNOPSIS : Réseaux secrets, agents étrangers et trahisons personnelles s’entrechoquent. Joe jongle entre son devoir et sa vie privée alors que des forces invisibles encerclent son univers. Des schémas apparaissent là où ils ne devraient pas, des noms disparaissent et les chemins se réorganisent. Guidée par Kaitlyn et Westfield, Joe affronte des ennemis opérant dans l’ombre, ce qui la confronte à une guerre qui envahit désormais chaque aspect de sa vie.
Avec Lioness, Taylor Sheridan n’a jamais vraiment cherché à faire dans la demi-mesure. Depuis sa première saison, la série avance à coups d’opérations clandestines, de missions à haut risque, de dilemmes moraux et de poussées de violence qui laissent rarement le spectateur respirer. Cette troisième saison ne change pas la formule. Elle la pousse même encore plus loin.
Au terme de ses trois premiers épisodes, Lioness confirme ainsi qu’elle demeure l’une des meilleures séries d’action et d’espionnage du moment, mais aussi qu’elle est sans doute plus complexe dans son écriture qu’elle peut parfois en avoir l’air.
Car Taylor Sheridan ne se contente pas de reprendre une mécanique parfaitement huilée. Dès son ouverture, cette saison 3 choisit de jouer avec la chronologie et installe plusieurs lignes temporelles dont les événements sont appelés à se rejoindre. Une construction qui crée immédiatement du suspense tout en permettant au scénariste de distribuer progressivement ses informations.
Ce n’est évidemment pas une nouveauté absolue chez Sheridan. Yellowstone avait déjà démontré sa capacité à jouer avec les temporalités, les ellipses et les récits parallèles. Mais il est intéressant de retrouver ici cette ambition narrative dans une série dont l’efficacité spectaculaire pourrait parfois masquer les qualités d’écriture.
Et spectaculaire, Lioness l’est plus que jamais. Ces trois premiers épisodes contiennent des séquences militaires impressionnantes. La guerre moderne y occupe une place centrale, notamment à travers l’omniprésence des drones, devenus des armes capables de transformer complètement la physionomie d’un champ de bataille. Sheridan semble regarder du côté des conflits contemporains pour montrer une guerre étrange, où les technologies les plus sophistiquées peuvent cohabiter avec des méthodes de combat presque archaïques.
La réalisation de Michael Friedman accompagne parfaitement cette brutalité. L’image se fait plus nerveuse et plus rugueuse lorsque la série rejoint le terrain, contrastant avec la photographie beaucoup plus maîtrisée des séquences se déroulant loin des zones de combat. Les scènes d’action sont lisibles, tendues et parfois franchement éprouvantes. Mais le principal changement de cette troisième saison est peut-être ailleurs.
Depuis ses débuts, Lioness raconte autant les missions de Joe que le prix qu’elles lui font payer. Sa profession a toujours contaminé sa vie privée, fragilisé son couple et compliqué ses relations familiales. Cette fois, Sheridan franchit une étape supplémentaire : les frontières entre les différents univers de Joe deviennent de plus en plus poreuses et la menace prend une dimension beaucoup plus personnelle.
C’est probablement l’idée dramaturgique la plus intéressante de ce début de saison. Elle rappelle, dans un registre évidemment très différent, une mécanique que le thriller domestique avait largement exploitée à partir de la fin des années 80 et au début des années 90 : la menace ne reste plus dans un territoire extérieur clairement identifiable, elle se rapproche progressivement de l’espace intime. Le lieu supposé du refuge n’offre plus nécessairement la même protection.
Lioness transpose cette mécanique dans l’univers de l’espionnage et des opérations clandestines. Et cela permet à Sheridan de renouveler un conflit présent depuis la première saison : comment Joe peut-elle continuer à compartimenter son existence lorsque les cloisons qu’elle avait dressées commencent à disparaître ?
Cette évolution nourrit également un climat de paranoïa particulièrement réussi. Dans cet univers, un comportement anodin peut devenir suspect et une rencontre apparemment banale peut cacher autre chose. La série développe ainsi l’idée d’un monde dans lequel il devient presque impossible de savoir à qui faire confiance.
Une longue séquence géopolitique vient d’ailleurs rappeler que Lioness n’est pas uniquement une série d’action. Sheridan s’intéresse aux méthodes d’infiltration, aux rapports de force entre grandes puissances et aux nouvelles formes de guerre clandestine. Chine, Russie et États-Unis s’observent, s’affrontent et tentent de pénétrer leurs structures respectives. L’espion n’est plus nécessairement celui que l’on imagine et la menace peut potentiellement se dissimuler n’importe où.
Tout cela pourrait rapidement devenir indigeste. Pourtant, Lioness conserve cette capacité assez remarquable à mêler considérations géopolitiques, action spectaculaire et enjeux humains sans perdre son énergie.
Au centre de l’ensemble, Zoe Saldaña est une nouvelle fois extraordinaire. Elle possède la dureté nécessaire pour rendre crédible Joe dans les situations les plus extrêmes tout en laissant constamment apparaître ses failles. C’est cette coexistence entre la combattante, l’agente et la femme qui continue de donner au personnage une grande partie de sa force.
Laysla De Oliveira est également excellente dans le rôle de Cruz. Le personnage continue de prendre de l’importance et reste l’une des présences les plus intéressantes de la série. Autour d’elles, les seconds rôles contribuent énormément au plaisir : Michael Kelly est impeccable en Byron Westfield, Nicole Kidman apporte toujours son autorité naturelle à Kaitlyn Meade et Thad Luckinbill impose un Kyle McManus particulièrement charismatique.
Taylor Sheridan reprend également son rôle de Cody Spears et semble parfaitement à sa place dans cet univers qu’il a lui-même créé. Morgan Freeman, en revanche, reste pour l’instant largement sous-utilisé, avec une présence si limitée qu’elle paraît presque anecdotique au regard du prestige du comédien.
Après trois épisodes, Lioness n’a donc absolument rien perdu de son pouvoir d’attraction. C’est violent, spectaculaire, remarquablement shooté, parfois éprouvant, mais également capable de ralentir pour s’intéresser aux conséquences humaines et intimes de toute cette violence.
Surtout, cette troisième saison semble avoir compris qu’il fallait déplacer légèrement les lignes plutôt que simplement reproduire ce qui fonctionnait auparavant. La construction narrative se complexifie, la paranoïa augmente et les enjeux deviennent plus personnels.
Pour qui aime les grandes séries d’action et d’espionnage, difficile de ne pas prendre un plaisir immense devant Lioness. Trois saisons plus tard, la sensation reste la même : lorsque le générique de fin arrive, une seule envie demeure.
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Crédits : Paramount+
Catégories :Critiques Cinéma









































































































































