

SYNOPSIS : Mathieu, avocat brillant et déterminé, s’est éloigné de sa communauté turque pour grimper l’échelle sociale. Il se donne sans compter pour devenir associé d’un influent cabinet d’affaires. Mais l’irruption dans sa vie d’un jeune turc en situation précaire ayant besoin d’aide va le précipiter dans une affaire de corruption mettant en péril tout ce qu’il a bâti.
Le thriller français a parfois tendance à s’enfermer dans des mécaniques très balisées. Des policiers, des juges, des voyous, des règlements de comptes… Avec Une affaire turque, Hüseyin Aydin Gürsoy emprunte lui aussi les codes du genre, mais il les détourne pour raconter quelque chose de beaucoup plus intime : le parcours d’un homme persuadé que la réussite passe par l’effacement d’une partie de lui-même. Derrière l’affaire de corruption se cache avant tout une réflexion sur l’identité, les origines, l’ambition et le prix que l’on accepte parfois de payer pour gravir les échelons.
Ce qui frappe surtout, c’est la manière dont le scénario construit son personnage principal. Mathieu n’est jamais présenté comme un héros, pas davantage comme un véritable salaud. C’est un homme qui pense d’abord pouvoir arranger une situation compliquée avant de se retrouver entraîné dans une succession de décisions dont chacune le rapproche un peu plus du point de rupture. Plus il tente de préserver la vie qu’il s’est construite, plus il s’enfonce dans une spirale dont il perd progressivement le contrôle. Cette descente est racontée avec suffisamment d’intelligence pour que le spectateur comprenne constamment ses motivations, même lorsqu’il désapprouve ses actes.

Le film trouve également sa force dans ce qu’il raconte de son héros. Né Mustafa avant de devenir Mathieu, il a choisi de changer de prénom, de gommer une partie de son identité afin de mieux s’intégrer dans un univers où l’apparence, les réseaux et les codes sociaux comptent énormément. Ce n’est pas tant un rejet de ses origines qu’une volonté de les rendre invisibles pour faciliter son ascension. C’est cette contradiction qui nourrit tout le film. Plus Mathieu s’éloigne de sa famille et de son histoire pour réussir, plus les événements vont le contraindre à se confronter à ce qu’il pensait pouvoir laisser derrière lui.
Pour porter une telle trajectoire, il fallait un acteur capable d’exprimer cette tension permanente. Lionel Erdogan relève brillamment le défi. Ceux qui suivent les séries françaises savent depuis longtemps qu’il possède une vraie présence à l’écran. On l’avait notamment remarqué dans On va s’aimer un peu, beaucoup… ou encore Engrenages. Avec Une affaire turque, il trouve sans doute son rôle le plus abouti au cinéma. Son interprétation évite constamment les excès. Un regard, une hésitation ou un silence suffisent souvent à traduire les doutes qui traversent son personnage. Il porte le film avec une intensité remarquable.
Autour de lui, la distribution se montre particulièrement solide. Charles Berling confirme une nouvelle fois qu’il fait partie de ces acteurs capables d’imposer une autorité naturelle dès leur première apparition à l’écran. Son personnage de mentor fonctionne parfaitement et donne encore davantage de relief au parcours de Mathieu. Lubna Azabal compose un personnage ambigu, jamais totalement lisible, dont les interventions font constamment évoluer les rapports de force. Quant à Hatice Özer, elle apporte beaucoup de sensibilité au rôle de la sœur de Mathieu et rappelle discrètement ce que le personnage principal risque de perdre au fil de ses choix.

Hüseyin Aydin Gürsoy ne cherche pas à impressionner par une mise en scène démonstrative. Son cinéma privilégie avant tout l’efficacité du récit. Certains pourront trouver l’ensemble relativement classique sur le plan visuel, mais cette sobriété permet au contraire de concentrer toute l’attention sur les personnages et sur leurs dilemmes. Le suspense ne repose jamais uniquement sur les rebondissements ; il naît surtout de cette impression que chaque décision enferme un peu plus Mathieu dans une situation dont aucune issue ne semble réellement satisfaisante.
C’est sans doute ce qui fait la singularité du film. Derrière son intrigue de thriller, Une affaire turque raconte aussi l’histoire d’un homme qui cherche désespérément sa place entre deux mondes sans avoir réellement le sentiment d’appartenir à l’un ou à l’autre. Cette dimension intime donne au récit une épaisseur supplémentaire et évite au film de se limiter à une simple mécanique de suspense.

Tout n’est pas révolutionnaire pour autant. On aurait parfois aimé une mise en scène plus audacieuse ou quelques personnages secondaires encore davantage développés. Mais ces réserves n’empêchent jamais le film de convaincre. Bien écrit, porté par un excellent casting et par un Lionel Erdogan impeccable de maîtrise, Une affaire turque constitue un premier long métrage particulièrement prometteur.
Hüseyin Aydin Gürsoy démontre qu’il possède déjà une vraie personnalité de cinéaste et un regard singulier sur ses personnages. C’est sans doute la meilleure nouvelle que laisse ce film : au-delà de cette réussite, il donne surtout envie de découvrir ce que son réalisateur proposera par la suite.

Titre original : UNE AFFAIRE TURQUE
Réalisé par: Hüseyin Aydin Gürsoy
Casting: Lionel Erdogan, Charles Berling, Metehan Aygün …
Genre: Thriller
Sortie le : 12 août 2026
Distribué par : Paname Distribution

TRÈS BIEN
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020









































































































































