

SYNOPSIS : Ray Tango et Gabriel Cash sont deux super-flics, Tango dans le genre rital chic, Cash dans le genre yankee loubard. Mais ils ont un point commun : ils tapent sur les nerfs d’Yves Perret, trafiquant de drogue et d’armes qui a décidé de se débarasser d’eux. C’est dans cette optique qu’il les met tous les deux sur un gros coup par faux indics interposés. Les deux hommes s’y rendent et tombent sur un cadavre. Ils sont accusés de meurtre et envoyés en prison au terme d’un procès truqué .
Il existe des films dont la réputation semble définitivement figée. Tango & Cash fait partie de ceux-là. Longtemps considéré comme un simple divertissement musclé, voire comme un plaisir coupable pour amateurs de VHS des années 1980, le long métrage d’Andreï Konchalovsky – achevé par Albert Magnoli après un tournage particulièrement mouvementé – souffre encore aujourd’hui d’une image parfois réductrice. Pourtant, derrière ses répliques qui font mouche, son humour volontiers outrancier et ses séquences d’action spectaculaires, se cache un buddy movie qui assume pleinement ses excès et repose avant tout sur l’alchimie irrésistible entre Sylvester Stallone et Kurt Russell. Un équilibre d’autant plus remarquable que les coulisses du film furent, elles, tout sauf un long fleuve tranquille.
Le premier atout de Tango & Cash tient évidemment à son duo vedette. À la fin des années 1980, Sylvester Stallone et Kurt Russell incarnent deux visions presque opposées du héros d’action. Le premier, alors au sommet de sa popularité grâce aux sagas Rocky et Rambo, surprend en abandonnant son image de brute taciturne pour interpréter Raymond Tango, un policier élégant, cultivé et impeccablement vêtu. Face à lui, Kurt Russell s’amuse à l’inverse avec Gabe Cash, flic instinctif, grande gueule et volontiers désordonné. Une opposition classique sur le papier, mais qui fonctionne à merveille grâce à la complicité des deux acteurs.

Le scénario exploite intelligemment leurs différences sans jamais les réduire à un simple jeu de caricatures. Les piques qu’ils s’échangent, leur rivalité permanente et leur méfiance initiale nourrissent une dynamique qui ne faiblit pratiquement jamais. Chacun tente constamment de prendre l’ascendant sur l’autre, jusqu’à ce qu’une machination les oblige à faire front commun. Cette évolution, certes prévisible, n’en demeure pas moins particulièrement efficace tant Stallone et Russell semblent prendre un plaisir communicatif à se renvoyer la balle.
L’humour constitue d’ailleurs l’une des grandes forces du film. Loin de se contenter d’enchaîner les fusillades et les explosions, Tango & Cash multiplie les répliques mordantes et les situations volontairement absurdes, sans jamais chercher à se prendre au sérieux. Cette légèreté contribue largement à son charme et lui permet encore aujourd’hui de conserver une vraie fraîcheur. Certains parleront de plaisir coupable, mais d’autres, dont nous sommes, aiment sincèrement le film pour ce qu’il est : un buddy movie fun et décomplexé où deux stars de l’action composent un tandem qui fonctionne, quand bien même, sur le tournage, c’était le bruit et la fureur qui prédominaient.
Si l’alchimie entre les deux acteurs suffit à emporter l’adhésion, Tango & Cash ne se résume pas à une succession de joutes verbales. Le film assume pleinement son statut de divertissement spectaculaire, quitte à repousser régulièrement les limites du vraisemblable. Fusillades, poursuites, explosions, gadgets improbables ou véhicules futuristes s’enchaînent dans une surenchère qui annonce déjà le cinéma d’action décomplexé des années 1990. Cette générosité permanente fait partie de son ADN et le film ne cherche jamais à s’en excuser.
Le ton navigue ainsi en permanence entre polar, comédie et action pure. Après une première partie relativement classique, le récit bascule dans un univers de plus en plus extravagant, notamment lors de l’incarcération des deux policiers, avant de culminer dans un final où la démesure prend définitivement le pas sur le réalisme. Ce grand écart pourra dérouter une partie du public, mais il confère aussi à Tango & Cash une personnalité bien plus singulière qu’on ne le dit souvent.
Tout n’est évidemment pas irréprochable. Certains personnages secondaires auraient mérité davantage d’épaisseur, tandis que le redoutable Yves Perret, incarné par Jack Palance, manque parfois de présence malgré le charisme naturel de son interprète. Quelques effets spéciaux accusent également leur âge. Mais ces réserves pèsent finalement assez peu face au plaisir communicatif que procure l’ensemble. Le film avance sans temps mort, ne dépasse jamais les cent minutes et conserve un sens du rythme qui compense largement ses excès.

Cette impression de liberté presque anarchique ne doit d’ailleurs rien au hasard. Derrière la caméra, Tango & Cash est le théâtre d’une production particulièrement chaotique. Dès le début du tournage, le scénario de Randy Feldman fait l’objet de réécritures permanentes. Le scénariste reconnaîtra d’ailleurs que « la plupart des dialogues ne me sont pas imputables » [1], Sylvester Stallone ayant largement remanié cette partie du script. Le calendrier imposé par Warner, qui souhaite impérativement sortir le film pour Noël 1989, accentue encore les tensions au sein de l’équipe.
Le réalisateur Andreï Konchalovsky, remarqué quelques années plus tôt avec Runaway Train, entend insuffler au projet une vision plus personnelle. Randy Feldman expliquera d’ailleurs qu’il « voulait vraiment déconstruire l’image iconique de Sylvester Stallone » [1]. Cette approche se heurte rapidement aux impératifs du studio et aux nombreuses réécritures qui bouleversent le projet au fil des semaines. Selon un membre de l’équipe, la production tentait de « tourner en onze semaines un film qui en aurait nécessité vingt-deux » [2]. Warner évoquera officiellement des « différences créatives » [2] pour expliquer son départ, avant qu’Albert Magnoli ne reprenne les commandes et supervise notamment des reshoots. Malgré ce changement de réalisateur, la production reste une véritable course contre la montre jusqu’à quelques semaines seulement de la sortie en salles.
À cela s’ajoutent les visions parfois opposées du réalisateur, des producteurs Jon Peters et Peter Guber, ainsi que des nombreux intervenants appelés à remodeler le film au fil des semaines. Le producteur exécutif Larry J. Franco qualifiera d’ailleurs cette aventure de « pire production sur laquelle j’ai travaillé » [1]. Sur le papier, un tel contexte aurait pu donner naissance à une œuvre profondément bancale. Or, c’est peut-être là le plus étonnant : Tango & Cash conserve une étonnante cohérence et transforme même cette énergie chaotique en l’une de ses principales qualités. L’exubérance du récit, les changements de ton et la surenchère permanente finissent par participer à son identité, au point de rendre le film immédiatement reconnaissable parmi les nombreuses productions d’action de la fin des années 1980.

Avec le recul, la réputation de Tango & Cash mérite sans doute d’être réévaluée. À une époque où le buddy movie triomphe sur les écrans, le film pousse presque tous les curseurs au maximum : plus d’action, plus d’humour, plus de répliques qui font mouche et davantage de démesure. Cette générosité permanente explique sans doute pourquoi il continue de séduire, malgré des défauts bien réels et une réputation parfois injustement écornée.
Le plus étonnant reste sans doute que cette production mouvementée ait accouché d’un film aussi cohérent. Les réécritures, les divergences artistiques, le départ d’Andreï Konchalovsky, le changement de réalisateur et les tensions en coulisses auraient pu donner naissance à un assemblage sans âme. Au contraire, Tango & Cash conserve une véritable identité et une énergie communicative qui compensent largement ses quelques maladresses.
Certains parleront donc de plaisir coupable. Nous préférons simplement y voir l’un des buddy movies les plus attachants de la fin des années 1980, porté par deux acteurs qui prennent un plaisir évident à partager l’écran. Et si son tournage fut un véritable champ de bataille, le résultat n’en demeure pas moins un divertissement particulièrement efficace, preuve qu’un tournage chaotique ne condamne pas forcément un film à l’écran.
Sources et documentation :
[1] « Tango & Cash : True Bromance », Rockyrama, n°28, Coppola, une affaire de famille, 2020.
[2] Pat H. Broeske, « The Making of « Tango & Cash »: A Movie Out of Control », Los Angeles Times, 1er novembre 1989.

Titre original : Tango & Cash
Réalisé par: Andrey Konchalovsky, Albert Magnoli
Casting: Sylvester Stallone, Kurt Russell, Teri Hatcher …
Genre: Action, Comédie, Policier
Sortie le: 28 mars 1990
Distribué par : –

EXCELLENT
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 80










































































































































