Critiques Cinéma

SPIDER-MAN : BRAND NEW DAY (Critique)

SYNOPSIS : C’est un tout nouveau jour pour Peter Parker Dans un monde qui ne se souvient plus de lui, il poursuit sans relâche sa lutte contre la criminalité. Mais le sentiment d’avoir été oublié par ses amis qui avancent désormais sans lui provoque un changement chez Peter qu’il n’est peut-être pas en mesure de contrôler. Et pourtant, c’est cette mutation qui pourrait être sa seule chance de s’opposer à un adversaire terrifiant, capable d’agir sans jamais être repéré et prêt à s’attaquer à la ville et à tous les proches de Spider-Man. Car si le monde ne se souvient plus de Peter Parker, lui ne l’a pas oublié…

Cela fait déjà presque cinq ans que Spider-Man : No Way Home a quitté les salles obscures. Véritable phénomène populaire, le film s’appuyait avant tout sur un fan service particulièrement généreux en réunissant Tobey Maguire, Andrew Garfield et Tom Holland dans une même aventure, tout en offrant plusieurs moments appelés à marquer durablement la mémoire des spectateurs, à commencer par la disparition de Tante May (Marisa Tomei). Mais derrière cette immense célébration de vingt ans de cinéma Spider-Man, le film accomplissait surtout une chose essentielle : il refermait une boucle. En effaçant Peter Parker de la mémoire du monde entier, il le condamnait à renaître de zéro et ouvrait enfin la voie à un véritable Spider-Man. C’est précisément là que Spider-Man : Brand New Day reprend le flambeau. Le changement ne concerne d’ailleurs pas uniquement le personnage. Jon Watts, dont la trilogie souffrait d’un manque chronique de personnalité malgré de réelles qualités, laisse sa place à Destin Daniel Cretton, déjà aperçu derrière Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux. Un film sympathique, mais qui ne laissait pas forcément présager une telle montée en puissance. Car disons-le franchement : Brand New Day fait un sacré gap. Visuellement d’abord, mais aussi dans son identité. L’ambiance aseptisée, presque cotonneuse, qui caractérisait souvent les précédents Spider-Man disparaît au profit d’une proposition profondément urbaine. Même le générique de fin célèbre New York, ses immeubles, ses habitants et cette vie de quartier qui constitue depuis toujours l’ADN du héros. Pour la première fois depuis longtemps, Spider-Man retrouve son véritable terrain de jeu. Et surtout, il redevient Spider-Man tel que nous le connaissions jadis.

C’est probablement ce qui nous a le plus séduits. Pendant des années, cette incarnation du personnage a presque grandi trop vite. À peine introduit, Peter Parker se retrouvait propulsé au milieu des Avengers, des voyages spatiaux, du multivers et des menaces planétaires. Comme si Marvel avait sauté plusieurs chapitres de son histoire. Avec Brand New Day, le studio semble enfin assumer que la véritable origin story de ce Spider-Man ne débutait pas avec Homecoming, mais bien avec la conclusion de No Way Home. C’est seulement aujourd’hui que Peter est réellement seul, réellement responsable et réellement confronté à lui-même. Tom Holland n’a sans doute jamais été aussi juste. Son Peter Parker est devenu une coquille vide traumatique, un jeune homme qui n’existe plus pour personne. La femme qu’il aime poursuit sa vie sans lui. Ses amis ont tourné la page sans même savoir qu’ils l’ont connu. Lui continue simplement d’observer leur bonheur à distance, parfois à travers les réseaux sociaux, incapable de reprendre contact ou de passer à autre chose. Spider-Man est devenu son seul refuge, presque sa seule identité. Toute la souffrance du personnage est enfouie sous son masque et Holland la fait constamment transparaître, sans jamais tomber dans la surenchère. Le film construit progressivement une véritable bombe à retardement émotionnelle qui explose lors de deux séquences absolument remarquables, dont l’une nous a fait passer des larmes au choc en l’espace de quelques secondes. Là où beaucoup de productions Marvel utilisent leurs personnages pour raconter une intrigue, Brand New Day fait exactement l’inverse : il construit son intrigue pour raconter Peter Parker. Et c’est probablement ce qui change tout.

L’humour est toujours présent, mais il est utilisé avec intelligence. Il accompagne les personnages sans désamorcer systématiquement les émotions. La mélancolie, elle, ne disparaît jamais. Elle accompagne Peter jusque dans ses interventions les plus anodines, donnant au film une tonalité beaucoup plus mature que ce que la campagne promotionnelle laissait imaginer. Cette nouvelle orientation permet également au héros de retrouver ce qui faisait toute sa singularité dans les comics : son statut de justicier de quartier. Exit le Spider-Man constamment happé par les crises cosmiques. Celui que nous retrouvons ici s’occupe enfin de cette « basse besogne » que les Avengers n’ont jamais le temps de gérer. Il protège les habitants, intervient sur des crimes locaux, travaille indirectement avec la police et redevient ce héros proche des gens qui fait toute la différence avec les autres figures de Marvel. Le gigantisme de New York retrouve une place centrale grâce à des traversées aériennes superbes qui rappellent combien Spider-Man est indissociable de sa ville. Ne vous y trompez cependant pas : local ne signifie pas petit. Les affrontements sont souvent d’une violence étonnante, parfois même assez brutale. Les effets spéciaux, homogènes et parfaitement finalisés, servent des morceaux de bravoure particulièrement inspirés. Certaines séquences voient même Peter perdre progressivement le contrôle de son ADN arachnéen, comme si sa mutation finissait par prendre le dessus sur son humanité. Et c’est ici qu’intervient l’une des meilleures idées du scénario.

Même si les bandes-annonces révélaient déjà la présence de Bruce Banner et de Hulk, elles avaient eu la bonne idée de préserver la nature réelle de leur implication. Sans entrer dans les détails, le film établit un parallèle particulièrement intelligent entre les deux personnages. Tous deux sont confrontés à une mutation qui les dépasse, à une force intérieure susceptible de prendre le contrôle d’eux-mêmes, tout en portant chacun un traumatisme qu’ils tentent de contenir tant bien que mal. Ce rapprochement donne une densité inattendue à l’ensemble et dépasse largement le simple plaisir du crossover. Le scénario multiplie d’ailleurs les fils rouges avec une étonnante fluidité. Passage à l’âge adulte, identité, solitude, mutation, responsabilité… tout cohabite sans jamais donner l’impression de se marcher dessus. Plus amusant encore, un personnage s’autorise même à ironiser sur le caractère apparemment modeste des enjeux avant que le film ne démontre progressivement qu’ils sont, au contraire, déterminants pour l’avenir du personnage et du MCU. Autre excellente surprise : le Punisher. Nous pensions assister à un simple caméo. Il occupe finalement une place bien plus importante. Certes, son arsenal paraît parfois bien dérisoire face aux adversaires rencontrés et il n’influence pas réellement les grands affrontements. Mais sa présence renforce encore cette ambiance urbaine et contribue à donner au film cette identité de polar super-héroïque qui lui sied particulièrement bien.

Difficile de savoir si Marvel a simplement desserré son cahier des charges ou si Destin Daniel Cretton a bénéficié d’une liberté inhabituelle. Une chose est sûre : le résultat est là. Spider-Man : Brand New Day est plus ambitieux, plus élégant, plus mature et surtout beaucoup plus personnel que les précédents volets. Là où Jon Watts donnait souvent l’impression d’illustrer consciencieusement un cahier des charges, Cretton signe un film qui possède enfin une véritable âme. Et c’est peut-être cela, au fond, la plus grande réussite de Brand New Day. Pour la première fois depuis bien longtemps, nous n’avons pas eu l’impression de regarder un film Marvel avec Spider-Man dedans. Nous avons eu le sentiment de regarder un véritable film Spider-Man, qui utilise enfin tout ce que le MCU peut lui offrir sans jamais oublier qui est son héros. Si cette progression qualitative se poursuit, alors le meilleur est probablement encore devant nous. Et de notre côté, nous sommes prêts à voir Tom Holland porter le costume pendant encore de longues années tant il n’a sans doute jamais été aussi indispensable que dans ce nouvel opus.

Titre Original: SPIDER-MAN : BRAND NEW DAY

Réalisé par: Destin Daniel Cretton

Casting : Tom Holland, Zendaya, Sadie Sink…

Genre: Action, Aventure, Fantastique, Science fiction

Date de sortie : 29 juillet 2026

Distribué par: Sony Pictures Releasing France

TOP NIVEAU

Laisser un commentaire