Critiques Cinéma

AVATAR AANG : LE DERNIER MAÎTRE DE L’AIR (Critique)

SYNOPSIS : Les aventures du successeur du dernier Avatar qui doit empêcher la nation du Feu d’asservir les nations de la Terre, de l’Eau et de l’Air…

Les franchises cultes continuent, conformément à la nouvelle ligne éditoriale nostalgique de la décennie en cours, à revenir les unes après les autres. Après les remakes, les reboots et les suites tardives, c’est désormais au tour d’Avatar de tenter un retour en force. La franchise imaginée par Michael Dante DiMartino et Bryan Konietzko semble d’ailleurs renaître de ses cendres sur tous les fronts. Après son adaptation en prises de vues réelles sur Netflix, que nous n’avons pas regardée et que nous ne regarderons sûrement jamais, un ciné-concert consacré à La Légende de Korra est déjà annoncé au Grand Rex pour mars 2027, tandis qu’une nouvelle série, Avatar : Seven Havens, est attendue la même année pour prolonger un univers déjà bien dense. En guise d’apéritif, Paramount propose aujourd’hui Avatar Aang : Le dernier maître de l’air, un long métrage d’animation centré sur Aang adulte et pensé comme le premier volet d’une trilogie faisant directement suite à la série originelle.Le contexte de sortie du film est d’ailleurs presque plus mouvementé que son scénario : annoncé depuis plusieurs années, le projet s’est longtemps fait discret avant de perdre sa sortie en salles au profit d’une diffusion sur Paramount+, conséquence d’un changement de stratégie du studio. Puis est venue la fuite du film sur Internet avant sa mise en ligne officielle, contraignant Paramount à accélérer sa sortie dès le 25 juillet. Une trajectoire rocambolesque qui pouvait laisser penser que le studio cherchait surtout à tourner rapidement la page. Après visionnage, cette longue attente laisse malheureusement un goût amer.

Les premières minutes fonctionnent pourtant plutôt bien. Retrouver Aang, Katara, Zuko, Sokka et Toph, désormais adultes, procure inévitablement un petit frisson nostalgique. Le film n’hésite d’ailleurs pas à convoquer leurs versions enfantines à travers quelques flashbacks ou rappels visuels destinés à raviver les souvenirs des spectateurs ayant grandi avec la série. Le problème, c’est que cette nostalgie stérile constitue pratiquement tout ce que le film a à offrir. Très rapidement, Avatar Aang dévoile le vide de sa proposition. On a constamment le sentiment d’assister à un scénario générique auquel on aurait simplement appliqué un habillage Avatar. Il suffirait presque de remplacer les noms des personnages, de modifier deux ou trois éléments de vocabulaire et le récit pourrait tout aussi bien appartenir à n’importe quelle autre franchise de fantasy. C’est probablement ce qui frappe le plus : le film semble avoir été écrit indépendamment de son univers, avant d’être customisé à coups de références et de verbatim destinés à donner l’illusion d’une continuité avec la série originale. Pour une œuvre censée ouvrir une trilogie, le constat est d’autant plus surprenant que rien, ou presque, ne donne réellement envie de découvrir la suite.

Le point de départ avait pourtant de quoi intriguer. Voir Aang partir à la recherche de nouveaux maîtres de l’air, dans l’espoir de ne plus être le dernier représentant de son peuple, constituait une idée porteuse d’enjeux émotionnels forts. On pouvait imaginer une réflexion sur l’héritage, la transmission ou encore la reconstruction d’une culture disparue. Le film préfère malheureusement transformer cette promesse en une succession de scènes d’action gratuites aussi nombreuses qu’interchangeables. L’intrigue devient rapidement d’un manichéisme désarmant, au point de paraître parfois plus simpliste que certaines productions Disney pourtant souvent critiquées sur cet aspect. Les personnages, qui faisaient toute la richesse de la série originale grâce à leurs évolutions, leurs blessures et leurs relations, passent ici largement au second plan. Ils ne sont plus que les figurants de leur propre retour, réduits à enchaîner les combats sans que ceux-ci ne racontent véritablement quelque chose. C’est d’autant plus frustrant que la série Avatar avait toujours réussi à faire cohabiter spectacle, humour, aventure et développement des personnages avec une remarquable intelligence. Ici, cette alchimie semble totalement avoir disparu. Le film ressemble finalement davantage à un OAV promotionnel, conçu pour offrir quelques retrouvailles aux fans les plus fidèles, qu’à une véritable nouvelle étape de la saga. Une sorte de goodie destiné à faire patienter une communauté impatiente de retrouver ses héros préférés, mais qui ne laisse derrière lui aucun souvenir marquant. Et c’est sans doute le plus gros problème de cette proposition : elle s’oublie au moment même où elle se termine.

Nous avions envie d’aimer ce retour d’Avatar. Non seulement parce que la série originale demeure l’un de nos animés favoris et que ce film nous a ramené plus de dix ans en arrière, nous rappelant notre première année à l’université à découvrir les épisodes en DVD après les cours, mais aussi parce que l’univers imaginé par ses créateurs semblait offrir suffisamment de possibilités pour raconter de nouvelles histoires sans trahir son héritage. Au lieu de cela, Avatar Aang : Le dernier maître de l’air pond une aventure terriblement quelconque. La nostalgie fonctionne quelques instants, le plaisir de retrouver les personnages est bien réel, mais il ne repose finalement que sur le souvenir de ce qu’ils représentaient autrefois. Une fois cette émotion passée, le film ne justifie absolument pas son existence. Le plus inquiétant reste sans doute son ambition affichée d’être le premier chapitre d’une trilogie. Nous avons encore beaucoup de mal à comprendre ce que ce premier volet introduit réellement, tant il donne l’impression de raconter une histoire qui pourrait commencer et se terminer ici sans que rien ne change. D’un autre côté, puisque ce premier film semble déjà construit sur un vide scénaristique assez sidéral, il y a fort à parier que la trilogie se bâtisse sur les mêmes fondations. Et c’est peut-être cela qui attriste le plus, Avatar méritait un retour à la hauteur de son héritage. Ce film, lui, donne surtout le sentiment d’avoir été conçu pour occuper l’espace public quelques semaines avant de disparaître dans les limbes de la mémoire collective, là où a contrario les grandes aventures, elles, continuent de vivre longtemps après le générique. 

Crédits : Paramount +

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