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R.J. DECKER (Critique Saison 1) Bien écrite, bien interprétée… et profondément attachante …

SYNOPSIS : RJ Decker, photographe de presse et ancien détenu tombé en disgrâce, se lance en tant que détective privé dans le milieu criminel haut en couleur du sud de la Floride. Il s’attaque à des affaires aussi étranges que bizarres, avec l’aide de son ex journaliste, de sa femme, inspectrice de police, et d’une mystérieuse nouvelle bienfaitrice, une femme de son passé qui pourrait bien être sa plus grande alliée… ou son aller simple pour la prison.

Longtemps, le détective privé a occupé une place de choix dans les séries télévisées. De 77 Sunset Strip à 200 dollars plus les frais, en passant par Magnum, il incarnait une figure libre, indépendante, capable de naviguer entre humour, action et enquêtes criminelles. Puis le genre s’est peu à peu effacé au profit des policiers, profileurs et experts scientifiques. Ces dernières années, pourtant, quelques productions ont remis cette figure au goût du jour, de Veronica Mars à Sugar. Adaptée de Double Whammy de Carl Hiaasen, R.J. Decker s’inscrit dans l’univers de l’écrivain américain, déjà porté à l’écran avec Bad Monkey. Une filiation qui ne doit rien au hasard.

Ancien photographe envoyé en prison après une altercation, R.J. Decker tente de reconstruire sa vie en devenant détective privé. Installé dans une caravane, entouré d’un ancien codétenu devenu propriétaire d’un bar, d’une ex-femme journaliste et de la nouvelle compagne policière de celle-ci, il se retrouve entraîné dans une succession d’affaires criminelles où se mêlent disparitions, meurtres et corruption.

Difficile, devant cette caravane et ce détective indépendant qui vit davantage d’expédients que de véritables contrats, de ne pas penser à 200 dollars plus les frais (The Rockford Files). Sans jamais revendiquer ouvertement cet héritage, R.J. Decker convoque parfois le souvenir de Jim Rockford, autre détective privé aussi débrouillard qu’attachant. Le parallèle s’arrête d’ailleurs largement là, mais cette filiation que le spectateur est libre d’y voir rappelle que la série s’inscrit dans une tradition télévisuelle longtemps délaissée avant de retrouver progressivement les écrans.

Cette identité, la série la trouve d’abord dans son ton. Les affaires abordées sont loin d’être anodines. Les meurtres, les manipulations et les secrets de famille occupent le cœur des intrigues. Pourtant, la série refuse de sombrer dans une noirceur permanente. Son humour irrigue les épisodes avec naturel. Une remarque bien sentie, un échange ironique entre R.J. et la policière Mel, une situation absurde lors d’un interrogatoire ou encore une complicité inattendue entre les personnages suffisent à installer un sourire sans jamais désamorcer les enjeux dramatiques. Cet humour distancié rappelle justement ce qui faisait le charme de certains grands détectives privés télévisés : la capacité à faire sourire tout en racontant de vraies histoires criminelles.

Scott Speedman constitue l’autre grande réussite de la série. Charismatique sans chercher à en faire trop, il compose un héros immédiatement attachant. R.J. n’est ni un génie de l’investigation ni un surhomme. C’est un homme cabossé, fier, parfois maladroit, qui avance grâce à son instinct autant qu’à son sens de l’observation. Speedman lui apporte une décontraction communicative qui rend le personnage particulièrement agréable à suivre.

Cette impression de fluidité ne doit rien au hasard. Aux commandes de cette adaptation, Robert Doherty, créateur d’Elementary, retrouve un terrain qu’il affectionne : celui des enquêteurs atypiques, portés par des dialogues ciselés et des relations humaines aussi importantes que les enquêtes elles-mêmes. Derrière la caméra, Paul McGuigan, qui a largement contribué à façonner l’identité visuelle de Sherlock, apporte une mise en scène élégante et jamais démonstrative, toujours au service des personnages.

Autour de lui gravite une galerie de seconds rôles particulièrement soignée. Aucun ne donne l’impression d’avoir été créé uniquement pour faire progresser l’intrigue. Wish, l’ancien codétenu devenu ami fidèle, apporte chaleur et humour. Catherine, l’ex-femme journaliste, conserve une relation pleine de tendresse et de piques avec R.J. Quant à Mel, devenue la compagne de Catherine tout en étant inspectrice, elle instaure une dynamique originale où l’humour l’emporte souvent sur les conflits attendus. Chacun possède sa place, sa fonction et surtout une véritable personnalité.

L’adaptation de Carl Hiaasen se ressent également dans son univers. Comme Bad Monkey, R.J. Decker utilise la Floride comme bien davantage qu’un simple décor. Sa lumière, ses quartiers résidentiels, ses marinas, ses personnages hauts en couleur et son atmosphère si particulière participent pleinement à l’identité de la série. Les amateurs de l’écrivain retrouveront cette façon bien à lui de mêler polar, satire légère et personnages excentriques sans jamais perdre le fil de l’enquête.

Tout n’est pas irréprochable pour autant. Après trois épisodes, certaines situations commencent déjà à revenir, notamment dans les interactions entre R.J., son ex-femme et Mel. Les mécanismes de certaines enquêtes paraissent également assez classiques. Rien de rédhibitoire, mais suffisamment perceptible pour empêcher la série de franchir un véritable cap.

Reste l’essentiel : R.J. Decker procure un plaisir immédiat. Un plaisir simple, mais précieux. Celui de retrouver un détective privé charismatique, des personnages secondaires auxquels on s’attache rapidement, des dialogues pleins d’esprit et des enquêtes suffisamment solides pour donner envie de lancer l’épisode suivant. La série ne révolutionne pas le genre, mais elle rappelle qu’une bonne série policière n’a pas forcément besoin d’en faire toujours plus pour séduire son public. Parfois, il suffit simplement d’être bien écrite, bien interprétée… et profondément attachante.

Crédits : Disney+

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