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GIGN (Critique Saison 1) Une série efficace et humaine…

SYNOPSIS : Chef de section hors pair, David pensait enfin pouvoir quitter le terrain. Mais lorsqu’un attentat touche le GIGN en plein cœur, il reprend la tête de son unité. Un ennemi invisible, armé d’une tonne d’explosifs militaires volés, multiplie les attaques et frappe toujours plus près de lui. David doit le traquer tout en protégeant Max, son filleul de 25 ans, fraîchement breveté malgré tous ses efforts pour l’en empêcher. Mais à mesure que l’étau se resserre, l’adversaire exhume un passé que David croyait enterré.

Après L’Assaut, qui revenait sur la prise d’otages du vol Air France 8969 à Marignane, Julien Leclercq retrouve l’univers du GIGN avec une fiction créée aux côtés de Sylvain Caron. Le cinéaste poursuit ainsi un parcours singulier au sein du paysage audiovisuel français, lui qui s’est imposé comme l’un de nos meilleurs spécialistes du cinéma d’action avec Braqueurs, avant d’en prolonger l’univers dans les deux saisons de Braqueurs : La série pour Netflix. Pourtant, GIGN n’est pas une simple succession de fusillades ou d’interventions spectaculaires. C’est une série qui prend le temps de raconter des femmes et des hommes confrontés au poids de leurs décisions, à la culpabilité et aux conséquences parfois dévastatrices de leur métier.

Les deux premiers épisodes peuvent surprendre ceux qui s’attendent à un rythme effréné. Julien Leclercq privilégie d’abord l’installation de ses personnages, les procédures, la vie du groupe et les liens qui unissent cette unité d’élite. L’action est bien présente, mais elle n’est jamais gratuite. Elle surgit lorsque le récit en a besoin et s’accompagne d’une véritable montée de la tension. À mesure que les épisodes avancent, la série trouve son équilibre et gagne en intensité sans jamais renier cette approche plus humaine.

Ce choix distingue clairement GIGN de Braqueurs. Là où ce dernier misait sur une fuite en avant permanente, des braquages toujours plus spectaculaires et un déluge de fusillades, GIGN accepte davantage les respirations. Leclercq démontre qu’il sait aussi filmer les silences, les regards, les dilemmes et les blessures intérieures. Son sens du rythme reste intact, mais il le met ici au service de personnages auxquels le spectateur s’attache progressivement.

Cette réussite doit beaucoup à Tomer Sisley. Très crédible physiquement, l’acteur compose un chef d’unité solide, expérimenté, mais jamais invincible. Derrière l’autorité du militaire apparaît peu à peu un homme marqué par son passé, confronté à des choix impossibles et à une pression constante. Sisley évite toute démonstration excessive et trouve le ton juste pour faire exister un personnage aussi efficace sur le terrain que fragile dans sa sphère privée.

Face à lui, Tristan Zanchi apporte beaucoup de sensibilité au personnage de Max. Son évolution constitue l’un des principaux fils rouges de la saison, sans que la série ait besoin d’appuyer artificiellement ses effets. Guillaume Gouix confirme une nouvelle fois sa solidité, Thierry Neuvic impose une présence marquante, Géraldine Pailhas prend progressivement une place importante dans le récit et Judith El Zein est très juste dans le rôle de Jessica, l’épouse de David. L’ensemble du casting fonctionne avec une réelle cohérence, renforçant la crédibilité de cette unité où chacun dépend des autres.

La réalisation constitue évidemment l’une des grandes forces de la série. Julien Leclercq met en scène les interventions avec une lisibilité remarquable, sans sacrifier la tension dramatique. Quelques plans témoignent également d’un véritable soin apporté à la composition de l’image, à l’image de cette silhouette courant dans un Paris plongé dans le clair-obscur, avec la tour Eiffel en arrière-plan. La capitale n’est jamais filmée comme une carte postale, mais comme un terrain d’opérations crédible, vivant et parfois inquiétant.

Les amateurs d’action ne seront d’ailleurs pas déçus. Les interventions du GIGN gagnent progressivement en ampleur, jusqu’à un dernier épisode particulièrement maîtrisé. Sans rien dévoiler de ses enjeux, l’opération finale constitue un excellent condensé du savoir-faire de Julien Leclercq : lisibilité, tension, efficacité et implication émotionnelle. Rarement spectaculaire pour le simple plaisir du spectacle, elle reste constamment au service de l’histoire.

On pourra certes reprocher à la série quelques scènes où l’émotion est légèrement appuyée, ou un démarrage qui demande un peu de patience avant de révéler toute sa richesse. Mais ces réserves restent mineures face à la cohérence de l’ensemble. Surtout, GIGN refuse une dérive devenue fréquente sur les plateformes : étirer artificiellement son récit. Avec seulement six épisodes, la série ne contient pratiquement aucun temps mort. Chaque séquence fait avancer les personnages ou l’intrigue. Il n’y a pas de gras, pas d’épisodes de remplissage, et paradoxalement jamais l’impression que la saison est trop courte.

Le final illustre parfaitement cette maîtrise. Il referme l’essentiel de son récit tout en laissant suffisamment de perspectives pour imaginer une deuxième saison. Si Netflix décidait de poursuivre l’aventure, les bases existent. Si ce n’était pas le cas, cette première saison conserverait malgré tout sa cohérence et pourrait être regardée comme une œuvre complète.

Enfin, ceux qui souhaiteraient découvrir l’histoire réelle de cette unité d’élite pourront utilement compléter leur visionnage avec le film L’Intervention de Fred Grivois, consacré aux débuts du GIGN. Une manière de prolonger l’expérience tout en revenant aux origines de cette institution.

Sans révolutionner le genre, GIGN confirme surtout le talent de Julien Leclercq. Derrière l’image d’un spécialiste de l’action se cache un metteur en scène qui sait construire des personnages, installer une tension durable et raconter une histoire sans céder aux facilités. Une série efficace, humaine et parfaitement maîtrisée, qui donne envie de retrouver cette équipe si une nouvelle mission venait à lui être confiée.

Crédits : Netflix France

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