

SYNOPSIS : Dans 3 heures, Nina dévoile sa première mise en scène à la Comédie-Française. Mais dans l’agitation des dernières répétitions, rien ne se passe comme prévu : retards, coups de stress, problèmes techniques et problèmes d’égo secouent la troupe. Pourtant, Nina n’a pas d’autre choix que d’aller jusqu’au bout car s’il y a bien une règle d’or à la Comédie-Française, c’est qu’on n’annule pas. Commence alors une course contre la montre pour sauver la représentation.
Monter une pièce à la Comédie-Française relève déjà de l’exploit. Alors imaginer ce qui peut se passer lorsque, quelques heures avant une première de Macbeth, plus rien ne fonctionne, tient presque du cauchemar. C’est pourtant de ce joyeux désordre que Bertrand Usclat et Martin Darondeau tirent De la Comédie-Française, une comédie aussi légère qu’élégante. Pour son premier long métrage, le créateur de Broute, Yes Vous Aime et Moitié.e.s délaisse la satire qui l’a fait connaître pour signer, avec son complice Martin Darondeau, une véritable déclaration d’amour aux coulisses du théâtre.
Le compte à rebours est lancé : il ne reste que quelques heures avant la première de Macbeth lorsque les imprévus s’accumulent. Une comédienne doit être remplacée au pied levé, une autre est totalement incontrôlable, les tensions explosent entre les membres de la troupe, les histoires de cœur compliquent encore davantage une situation déjà explosive et chacun tente, tant bien que mal, de sauver la représentation. Le scénario emprunte alors les codes du vaudeville, multipliant les quiproquos et les catastrophes avec un sens du rythme qui ne laisse jamais le temps au spectateur de souffler.

L’une des grandes réussites du film réside dans son écriture. Les dialogues sont savoureux sans chercher à arracher le rire à tout prix. Ici, l’humour naît des situations, des caractères et de la manière dont chacun tente de garder son sang-froid alors que tout s’effondre autour de lui. Les gags sont rarement appuyés, préférant une ironie discrète et un sens de l’observation qui rendent les personnages immédiatement attachants. On sourit beaucoup, on rit régulièrement, sans que le film ne tombe jamais dans la farce lourde ou la caricature facile.
Le personnage de Nina, interprété avec beaucoup de naturel par Pauline Clément, constitue un excellent fil conducteur. Jeune metteuse en scène propulsée au cœur de cette journée impossible, elle découvre un univers où le génie côtoie en permanence la panique. Son regard permet au spectateur d’entrer progressivement dans cette machine parfaitement huilée… jusqu’à ce qu’elle se dérègle complètement. Pauline Clément apporte une fraîcheur et une spontanéité qui rendent son personnage immédiatement sympathique, tout en participant elle-même à l’écriture du film en qualité de collaboratrice artistique.
Autour d’elle gravite une galerie de personnages hauts en couleur, tous inspirés des petites névroses qui accompagnent inévitablement une grande troupe de théâtre : comédiens surmenés, ego parfois démesurés, régisseur dépassé, habilleuse omniprésente, rivalités, histoires d’amour et tensions artistiques. Le film pousse volontairement tous ces curseurs à leur maximum sans jamais perdre son affection pour celles et ceux qu’il met en scène. Loin d’être une satire méchante, De la Comédie-Française ressemble davantage à une déclaration d’amour aux artisans du spectacle vivant.

Le casting constitue l’un des principaux atouts du film. Entourée de nombreux sociétaires et pensionnaires de la Comédie-Française, Pauline Clément trouve naturellement sa place au sein d’une distribution particulièrement inspirée. Guillaume Gallienne s’amuse visiblement de son personnage, Laurent Stocker excelle dans l’art de pousser ses partenaires dans leurs retranchements, tandis que Danièle Lebrun compose une comédienne totalement incontrôlable, aussi excessive qu’irrésistible. Julien Frison apporte beaucoup de justesse au jeune premier pris dans un imbroglio sentimental digne d’un vaudeville, Christian Hecq est excellent dans le rôle du régisseur, et Florence Viala laisse également une forte impression dans celui de l’habilleuse Fabienne. Mais la plus belle idée du scénario reste sans doute l’arrivée de Benjamin Lavernhe dans le rôle… de Molière lui-même. Transformé en fantôme malicieux, le dramaturge intervient auprès de Nina avec un humour délicieusement absurde, notamment lorsqu’il revendique la Comédie-Française comme étant « la maison de moi ». Une trouvaille qui rappelle avec légèreté le poids de l’héritage culturel de cette institution sans jamais alourdir le récit.
Le film accumule ainsi les références au théâtre et à son histoire tout en restant parfaitement accessible à ceux qui n’en maîtrisent pas les codes. Les connaisseurs y trouveront de nombreux clins d’œil, tandis que les autres profiteront simplement d’une mécanique comique particulièrement efficace. La représentation finale illustre parfaitement cette idée : alors que les catastrophes se succèdent sur scène, les spectateurs prestigieux présents dans la salle y voient une audace artistique parfaitement maîtrisée. Une manière amusante de rappeler que le public ignore souvent tout des trésors d’improvisation qui permettent au spectacle de continuer coûte que coûte.

Avec une durée de seulement 1 h 11 avant le générique, De la Comédie-Française ne connaît pratiquement aucun temps mort. Sans provoquer une avalanche de fous rires, le film privilégie une comédie d’observation portée par des dialogues soignés, un véritable sens du rythme et une affection communicative pour le théâtre. Une approche plus subtile que démonstrative, parfaitement en accord avec son sujet, qui permet au film de conserver jusqu’au bout son élégance.
Sans chercher à transformer la Comédie-Française en musée ni en sanctuaire, Bertrand Usclat et Martin Darondeau en révèlent toute l’humanité. Derrière le prestige de l’institution se cachent des femmes et des hommes débordés, passionnés, parfois excessifs, mais toujours animés par le même objectif : que le rideau se lève. Une déclaration d’amour au théâtre aussi sincère que communicative.

Titre original : DE LA COMÉDIE- FRANÇAISE
Réalisé par: Bertrand Usclat et Martin Darondeau
Casting: Pauline Clément, Laurent Stocker, Julien Frison …
Genre: Comédie
Sortie le : 22 Juillet 2026
Distribué par : Zinc Film / Warner Bros. France

TRÈS BIEN
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020









































































































































