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PALACE (Critique Série) LE PLUS GRAND DÉLIRE DE LA TÉLÉVISION FRANÇAISE …

SYNOPSIS : Un enchaînement de scènettes à la fois loufoques et excentriques dans le décor d’un grand palace, où le personnel côtoie des milliardaires, des princes et autres aristocrates.

Certaines séries traversent les décennies parce qu’elles racontent une époque. D’autres parce qu’elles ont révélé de grands acteurs ou marqué durablement leur public. Et puis il y a Palace. Une création inclassable qui, près de quarante ans après son arrivée sur Canal+, continue de donner l’impression de n’avoir jamais été imitée. Ni sitcom, ni succession de sketches, ni pièce de théâtre filmée, Palace est un objet télévisuel unique, un concentré d’absurde, de poésie et de satire imaginé par Jean-Michel Ribes et produite par Christian Fechner. À une époque où la fiction française restait très codifiée, cette plongée dans un hôtel de luxe où tout pouvait arriver relevait presque de la folie. Et c’est précisément cette audace qui fait aujourd’hui toute sa singularité.

Le principe paraît pourtant d’une simplicité désarmante : dans un palace fréquenté par une galerie de clients tous plus extravagants les uns que les autres, chaque chambre, chaque couloir, chaque employé devient le point de départ d’un nouveau délire. Mais derrière cette apparente succession de sketches se cache une mécanique d’une précision remarquable. Jean-Michel Ribes ne cherche jamais seulement à faire rire. Il construit un univers où l’absurde devient une manière d’observer les travers humains, les rapports sociaux, les conventions et le ridicule avec une liberté que la télévision française s’autorisait rarement.

Cette ambition ne serait rien sans une distribution exceptionnelle. Pierre Arditi, Daniel Prévost, Jacqueline Maillan, Jean Carmet, Eva Darlan, Valérie Lemercier, Roger Hanin, Laurent Gamelon et bien d’autres semblent tous jouer avec le même plaisir communicatif. Mais deux comédiens finissent presque par voler la vedette à tous les autres : Marcel Philippot et Philippe Khorsand. Le premier campe un client obstiné, incapable de renoncer à son improbable combat contre le directeur de l’hôtel. Le second lui oppose un flegme irrésistible. De cette confrontation naît l’un des plus grands running gags de la télévision française : « Je l’aurai un jour… je l’aurai ! « . Une réplique entrée dans la culture populaire au point d’être reprise, des années plus tard, dans les célèbres campagnes publicitaires de la MAAF avec les deux mêmes interprètes.



Et comme si cela ne suffisait pas, Palace réunit également une impressionnante galerie d’invités et de comédiens venus enrichir cet univers déjà foisonnant. Claude Piéplu, Michel Galabru, Micheline Dax, Jacques Villeret, Claude Brasseur, Jean Yanne, Claude Rich, Jacques François, Michel Blanc, Gérard Jugnot, Dominique Lavanant, Zabou, Rufus, Tsilla Chelton, Maria Pacôme, Bernadette Lafont… La liste semble ne jamais finir et témoigne, à elle seule, de l’ambition hors norme de Palace.

Mais Palace ne se résume pas à ce slogan devenu culte. La série offre aussi une place de choix aux Brèves de comptoir de Jean-Marie Gourio, admirablement incarnées par Jean Carmet. Ces conversations de bistrot, absurdes en apparence mais souvent pleines de bon sens populaire, apportent une respiration différente au milieu de cette folie permanente. Elles rappellent que derrière le rire de Jean-Michel Ribes se cache toujours un regard sur les hommes, leurs contradictions et leurs petites vérités quotidiennes.

Cette poésie de l’absurde trouve un autre ambassadeur de génie avec François Rollin. Son inoubliable Professeur Rollin, toujours persuadé d’avoir quelque chose d’essentiel à transmettre, débite les raisonnements les plus improbables avec un sérieux imperturbable. Son humour, à la fois lunaire, érudit et délicieusement absurde, apporte une couleur supplémentaire à un univers qui n’en manque pourtant pas. Derrière chaque intervention se cache une écriture d’une précision redoutable, où le non-sens finit presque par devenir une forme de logique.

Ce qui frappe encore aujourd’hui, c’est l’ambition du projet. Produire une telle série en première partie de soirée relevait presque de l’inconscience. Les décors, le nombre de personnages, la mise en scène, le rythme, la richesse des dialogues et l’exigence de l’écriture témoignent d’une volonté rare : proposer un véritable univers d’auteur à la télévision, sans jamais chercher à simplifier son humour pour plaire au plus grand nombre. Palace demandait au contraire au spectateur d’accepter d’entrer dans ses règles du jeu, où la logique cède constamment la place au non-sens.

Palace aura également servi de formidable révélateur de talents. Parmi eux, impossible de ne pas citer Valérie Lemercier. Bien avant de devenir l’une des grandes figures de la comédie française, elle y compose une bourgeoise snob d’une irrésistible drôlerie. Son phrasé, son maintien, son sens du décalage et cette manière unique de rendre chaque réplique plus absurde encore annoncent déjà l’immense actrice et humoriste qu’elle deviendra. À elle seule, elle incarne cette capacité qu’avait Palace à faire naître des personnages instantanément inoubliables.

C’est sans doute ce qui explique que la série conserve aujourd’hui une telle fraîcheur. Beaucoup de comédies vieillissent parce qu’elles reposent sur des références datées ou des effets de mode. Palace, elle, évolue dans un monde qui n’appartient qu’à elle. Son humour, son rythme et son absurdité restent profondément singuliers. Presque quarante ans après sa création, elle demeure l’une des plus grandes réussites de l’histoire de la comédie télévisée française, la preuve éclatante qu’il est possible de faire rire sans jamais renoncer à une véritable ambition artistique.

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