

SYNOPSIS : Éternel impertinent, André s’est défilé devant la coloscopie. Il va apprendre à mourir heureux et ridicule, sans jamais perdre son sens de l’humour.
Les documentaires consacrés à la maladie sont souvent difficiles à appréhender. Parce qu’ils flirtent parfois avec le voyeurisme ou le pathos, ils demandent un équilibre délicat entre l’émotion et le respect de leur sujet. André Is an Idiot, réalisé par Anthony Benna et produit notamment par A24, fait pourtant le choix d’emprunter un chemin calibré différemment, car il braque la caméra sur un homme singulier. Le documentaire suit ainsi André Ricciardi, ancien créatif dans la publicité à San Francisco, qui apprend qu’il est atteint d’un cancer colorectal incurable après avoir repoussé une coloscopie qui aurait probablement permis de détecter la maladie à temps. Refusant de se laisser définir uniquement par son diagnostic et de se laisser aller, il décide de faire de ses dernières années un documentaire à son image : drôle, irrévérencieux, parfois déroutant, mais toujours profondément humain. Présenté au Sundance Film Festival, où il a été récompensé par le Prix du Public et le prix du meilleur montage, le film s’est rapidement imposé comme l’un des documentaires les plus décalés de l’année, malgré un sujet de fond dramatique. En le visionnant, nous ignorions totalement qui était André Ricciardi. Le documentaire nous offre ainsi l’occasion de découvrir ce personnage singulier tout en le suivant, paradoxalement, jusqu’à sa mort.

André est quelqu’un qui nous a d’abord un peu décontenancés. Il était difficile de savoir à quel point il restait lui-même devant la caméra, surtout dans un contexte aussi particulier et avec une personnalité aussi complexe que fantasque. Nous nous demandions parfois si cette exubérance permanente était une façon de conjurer la maladie ou simplement le reflet de celui qu’il avait toujours été. Au fil des témoignages de ses proches, cette interrogation s’est pourtant progressivement estompée. Tous décrivent finalement le même homme : créatif, imprévisible, excessif, incapable de faire les choses comme tout le monde. Le documentaire ne cherche jamais à lisser sa personnalité ni à en faire un héros irréprochable. Au contraire, il accepte ses contradictions et laisse vivre un personnage qui peut parfois surprendre, voire désarçonner. C’est peut-être ce qui rend André aussi attachant : il ne donne pas l’impression de jouer un rôle ; même lorsqu’il pousse les situations jusqu’à l’absurde, il reste fidèle à cette personnalité débordante qui semble avoir accompagné toute sa vie. Nous aurions néanmoins apprécié que le documentaire prenne un peu plus le temps d’explorer certaines facettes de son intimité. Puisque nous sommes plongés au cœur de son quotidien, nous aurions aimé comprendre davantage pourquoi André semblait à la fois si proche et si distant avec certains membres de sa famille. Ses échanges avec ses enfants sont notamment empreints d’une pudeur assez étonnante, comme si beaucoup de choses demeuraient volontairement tues. Ce mystère fait sans doute partie de l’homme, mais il laisse aussi un léger sentiment d’inachevé.

Là où le documentaire devient véritablement bouleversant, c’est dans sa manière de montrer l’évolution d’André sans jamais chercher à manipuler les émotions du spectateur. Au début, les traitements semblent relativement bien supportés, son humour est intact, son énergie aussi, et rien ne paraît réellement pouvoir altérer ce tempérament flamboyant qui fait tout son charme. Puis le temps fait son œuvre. Sans jamais insister lourdement, le film montre progressivement les marques laissées par la maladie. La tignasse d’André s’estompe peu à peu, son visage change et cette énergie débordante du début laisse progressivement place à l’inévitable. Ce glissement est d’autant plus touchant qu’il est filmé avec beaucoup de pudeur. Le documentaire n’a pas besoin d’appuyer son propos : il suffit de regarder André évoluer pour comprendre que le combat est en train de lui échapper. Impossible, dans ces conditions, de voir la moindre mauvaise intention derrière cette œuvre. Au-delà du portrait d’un homme, André Is an Idiot est surtout un immense outil de prévention contre le cancer colorectal. Tout au long du film, il rappelle avec beaucoup d’intelligence qu’un simple dépistage aurait probablement changé le destin d’André. Ce message, porté avec autant d’humour que de sincérité, touche d’autant plus qu’il n’est jamais moralisateur. Il naît simplement de l’expérience d’un homme qui a décidé de transformer sa propre erreur en avertissement pour les autres. Nous regretterons simplement que le documentaire se termine un peu brusquement. Nous aurions apprécié qu’il s’accorde quelques minutes supplémentaires pour accompagner les proches d’André après sa disparition. Un véritable épilogue aurait sans doute permis de refermer plus doucement cette parenthèse, tant le chemin parcouru en sa compagnie donne le sentiment de quitter un nouvel ami un peu trop rapidement.

Nous ne connaissions absolument pas André Ricciardi avant de découvrir ce documentaire, et c’est probablement ce qui rend cette rencontre encore plus forte. Au fil des quatre-vingt-dix minutes, nous avons appris à connaître un homme parfois déroutant, souvent drôle, toujours sincère, dont la personnalité finit par prendre le pas sur la maladie elle-même…jusqu’au duel final.

Titre original : ANDRE IS AN IDIOT
Réalisé par: Anthony Benna
Casting: André Ricciardi, Kyan Khojandi…
Genre: Documentaire
Sortie le : 1er Juillet 2026
Distribué par : Originals Factory

TRÈS BIEN
Catégories :Critiques Cinéma, documentaire, Les années 2020









































































































































