

SYNOPSIS : Dans le New York des années 1930, un détective privé vieillissant et malchanceux se débat avec son passé en tant que seul et unique super-héros de la ville.
Avant même sa sortie, Spider-Noir était déjà un événement. Et ce pour deux raisons très simples : une série live Spider-Man et Nicolas Cage dans le rôle-titre. Laisser passer quelques semaines, prendre le temps de digérer la série, voir ce qui restait une fois dissipée l’euphorie liée à l’événement fut bénéfique. Parce que certaines œuvres gagnent à être analysées à froid, loin des réactions immédiates et des débats qui accompagnent leur diffusion. Et force est de constater qu’après réflexion, Spider-Noir nous laisse toujours le même sentiment : celui d’avoir découvert une série élégante et souvent brillante dans sa forme, mais qui peine parfois à être à la hauteur scénaristique de ses propres ambitions. Pour notre part, difficile de cacher notre enthousiasme. Nicolas Cage est tout simplement l’un de nos acteurs favoris. Il trône même dans notre salon, immortalisé sur un coussin à son effigie posé fièrement sur notre canapé. Nous avons suivi sa carrière dans ses heures de gloire comme dans ses années les plus compliquées, lorsqu’écrasé par ses dettes il enchaînait les productions obscures, expérimentales ou parfois franchement mauvaises pour tenter d’éponger une situation financière devenue intenable. Une période sur laquelle l’acteur a souvent posé des mots d’une grande lucidité et qui nous laisse encore aujourd’hui une certaine émotion tant elle témoigne de sa résilience. Alors voir le phénix renaître depuis quelques années est un véritable bonheur. Entre les récents Longlegs et The Surfer (nos œuvres favorites avec lui depuis son retour aux affaires), Nicolas Cage semble retrouver progressivement la place qu’il mérite. Après avoir déjà prêté sa voix au personnage dans Spider-Man: Into the Spider-Verse, le voir débarquer cette fois dans une série à gros budget portée par une licence aussi prestigieuse ne pouvait qu’attiser notre impatience. Le résultat est loin d’être décevant. Mais il n’est pas non plus l’uppercut que nous espérions.

Depuis sa diffusion, Spider-Noir a beaucoup fait parler d’elle, notamment en raison de son fameux double format permettant de découvrir la série soit en noir et blanc, soit en couleur. Pour notre part, le choix a été vite fait : nous avons regardé les huit épisodes intégralement en noir et blanc. Nous ne ferons donc pas de comparaison avec la version couleur, même si les quelques images aperçues ici ou là semblaient particulièrement réussies. Nous restons néanmoins convaincus que le noir et blanc constitue probablement la meilleure manière d’aborder le projet. Après tout, lorsqu’on revendique l’héritage du film noir, autant pousser l’expérience jusqu’au bout. Les images couleur que nous avons pu apercevoir semblaient d’ailleurs très belles, mais nous ne sommes pas certains que ce choix rende totalement justice au parti pris artistique tant l’identité du projet repose sur cette photographie monochrome. Premier élément qui mérite d’être souligné : ici, Nicolas Cage n’interprète pas Peter Parker mais Ben Reilly. Un personnage bien connu des amateurs de comics dont nous faisons partie. Spider-Man et nous, c’est une longue histoire d’amour. Les différentes incarnations de Spider-Man ont évidemment fait partie de nos lectures, même si nous nous sommes quelque peu éloignés des comics du Tisseur ces dernières années. Difficile de retrouver des arcs capables de rivaliser avec ce que proposait Superior Spider-Man. Mais ce n’est probablement qu’une question de temps avant que nous replongions. Composée de huit épisodes, la série plonge Ben Reilly dans une intrigue policière reprenant les grands codes du film noir. Une enquête, une ville gangrenée par la corruption, des criminels hauts en couleur, des alliances fragiles et un héros cabossé qui tente de retrouver sa place dans un monde qu’il ne comprend plus totalement. Et au milieu de tout cela, Nicolas Cage s’amuse. Comme souvent, il alterne les moments de sobriété et les accès de folie contrôlée qui font tout son charme. Ses cabotinages sont savoureux, jamais excessifs au point de casser l’équilibre de la série, et il apporte à Ben Reilly cette étrangeté presque mélancolique qui le rend immédiatement attachant. Il est également entouré d’une galerie de personnages particulièrement réussie. Nous pensons notamment à Janet Ruiz, incarnée par Karen Rodriguez, assistante douce et profondément attachante sans laquelle Ben aurait probablement déjà coulé son affaire depuis longtemps. La très charismatique Cat Hardy, interprétée par Li Jun Li, marque également les esprits, nous avons d’ailleurs regardé en boucle sa prestation de Dream a Little Dream of Me, tout comme Robbie Robertson, animé par l’ambition de retrouver sa place au sein du Bugle. Côté antagonistes, la série aligne l’Homme-Sable, Tombstone, le très bavard Megawatt (qui n’est pas Electro malgré ce que certains pourraient croire) ainsi qu’un Silvermane incarné par Brendan Gleeson. Ce dernier dirige tout ce petit monde dans l’espoir de transformer leurs capacités extraordinaires en outil de domination politique et criminelle.

Le principal problème de Spider-Noir est sans doute qu’elle ne cesse de promettre davantage qu’elle n’ose réellement offrir. La série aborde pourtant de nombreuses thématiques intéressantes : le deuil, le déni des pouvoirs, la culpabilité, la reconnexion à une identité héroïque abandonnée depuis longtemps, les origines de l’araignée et celles des différents criminels. Sur le papier, il y avait largement de quoi construire un récit dense et passionnant. Mais dans les faits, l’ensemble manque souvent d’épaisseur. L’intrigue demeure extrêmement linéaire. Certes, plusieurs idées narratives fonctionnent bien, notamment certains éléments logistiques qui finissent par avoir un impact concret sur le déroulement de l’histoire (les fameux billets marqués constituant probablement le meilleur exemple). Mais malgré ces qualités, le scénario reste étonnamment manichéen. Les méchants manquent cruellement de profondeur et semblent s’enfoncer (notamment Flint Marko) dans des jérémiades et effets de manche à n’en plus finir. L’origine de leurs pouvoirs est souvent amenée de manière beaucoup trop basique et leurs motivations ne dépassent que rarement leur fonction première d’obstacle pour le héros. Même Silvermane, pourtant porté par le talent immense de Brendan Gleeson, peine à réellement s’imposer. Il reste probablement le seul véritable pourri de la série, mais également l’un des antagonistes les moins mémorables qu’un projet de cette ampleur pouvait nous offrir. Autre point qui risque de faire décrocher une partie du public : l’action. Contrairement à ce que laissait croire Prime Video avec son étrange montage promotionnel balancé à la truelle à la fin du premier épisode, Spider-Man apparaît finalement assez peu en costume. Les scènes spectaculaires sont magnifiques mais relativement rares. Ceux qui espéraient assister à huit épisodes d’acrobaties et de combats risquent de repartir frustrés même si cela n’a jamais été le but de l’approche. Et pourtant, malgré ces réserves, il serait injuste de qualifier la série de déception. Parce qu’elle possède une qualité assez rare aujourd’hui : elle est étonnamment confortable. Malgré son esthétique sombre et son inspiration film noir, Spider-Noir n’est jamais véritablement oppressante. Il y a dans son ambiance quelque chose de doux, de rassurant, presque de chaleureux. Comme si la série refusait systématiquement de sombrer totalement dans la noirceur. Parfois, c’est frustrant, nous aurions aimé qu’elle ose davantage entrer dans le dur. Mais cela participe également à son identité singulière. L’épisode 6 illustre parfaitement ce paradoxe. Ses moments horrifiques figurent parmi les plus beaux de la saison, visuellement superbes et parfois franchement dérangeants, tout en restant constamment retenus.

Au terme de ses huit épisodes, Spider-Noir laisse un sentiment étrange. Celui d’avoir découvert une série extrêmement élégante, portée par un Nicolas Cage toujours au sommet de son art, bénéficiant d’une photographie sublime, de plusieurs plans absolument magnifiques, d’un générique somptueux et d’un final particulièrement réussi. Mais aussi celui d’un projet qui ne parvient jamais totalement à atteindre la hauteur de ses ambitions. Tout est beau, soigné, parfaitement en place. Et pourtant, il manque parfois cette générosité scénaristique, cette densité émotionnelle ou cette prise de risque qui auraient permis à la série de devenir réellement mémorable. Les scènes d’action sont réussies mais trop peu nombreuses, les méchants ne dégagent jamais l’aura que leur potentiel laissait espérer et certaines intrigues paraissent un peu trop sages pour un univers qui aurait gagné à davantage se salir les mains. La série ressemble finalement à une superbe vitrine. Une vitrine presque irréprochable techniquement, mais derrière laquelle il manque encore un peu de substance pour provoquer le véritable choc émotionnel que son concept promettait. Sans être la claque que nous espérions, Spider-Noir demeure néanmoins une proposition qui sort des sentiers battus tout en se révélant attachante. Une série dont nous avons apprécié chaque épisode malgré ses limites et dont nous serions très heureux de découvrir une seconde saison. À condition que celle-ci ose enfin être aussi ambitieuse dans son écriture qu’elle l’est déjà dans sa forme.
Crédits : Prime Video








































































































































