Critiques Cinéma

OBSESSION (Critique)

SYNOPSIS : Et si vous pouviez rĂ©aliser votre rĂȘve le plus fou ? Un jeune introverti met la main sur un objet magique capable d’exaucer n’importe quel souhait. Son crush de toujours tombe alors raide dingue de lui
 jusqu’à l’obsession la plus totale. Faites attention Ă  ce que vous souhaitez !

Obsession, premier long-mĂ©trage de Curry Barker, suit Bear (Michael Johnston), un jeune homme timide et mal dans sa peau, employĂ© dans un magasin de musique. SecrĂštement amoureux de son amie d’enfance et collĂšgue Nikki (Inde Navarrette), il n’ose avouer ses sentiments, de peur de briser leur amitiĂ©. Un jour, il se procure un objet surnaturel, le One Wish Willow, qui exauce son vƓu le plus cher : que Nikki tombe Ă©perdument amoureuse de lui. Mais la magie, comme souvent, a un prix. Ce qui commence comme un rĂȘve tourmente rapidement en cauchemar, oĂč l’amour se transforme en emprise toxique, et le dĂ©sir en une spirale de violence et de folie. Curry Barker rĂ©alise ici un exercice pĂ©rilleux : partir d’une intrigue en apparence basique, presque naĂŻve (un vƓu exaucĂ© qui tourne au drame), pour en faire un film Ă  la fois Ă©motionnellement puissant et profondĂ©ment original. MalgrĂ© un scĂ©nario qui pourrait sembler « bĂȘte » sur le papier, le rĂ©alisateur parvient Ă  crĂ©er une tension viscĂ©rale, portĂ©e par un jeu d’acteur exceptionnel, notamment celui d’Inde Navarrette, dont la performance oscille entre fragilitĂ© et terreur avec une justesse rare. On pense Ă  des actrices comme Florence Pugh dans Midsommar : elle incarne Ă  la fois la victime et le monstre, rendue Ă  la fois effrayante et tragique.

Le film explore avec finesse des thĂšmes rĂ©solument modernes : les relations toxiques, l’emprise psychologique, le consentement. Barker ne se contente pas de montrer une histoire d’amour qui dĂ©rape ; il interroge la frontiĂšre entre dĂ©sir et manipulation, entre amour et possession. Ce sous-texte, traitĂ© avec originalitĂ©, Ă©lĂšve Obsession au-dessus du simple film d’horreur pour en faire une rĂ©flexion sociale aussi pertinente que glaçante. Il s’insĂšre dans le genre « elevated horror », ce genre de l’horreur atteignant son Ăąge d’or Ă  partir de 2010 et qui explore des thĂšmes profonds, mĂȘlant critique sociale et symbolisme. En classique fondateur de ce genre, traitant des violences, des trauma familiaux ou du deuil par exemple citons L’Exorciste (1973), considĂ©rĂ© comme le premier film Ă  mĂ©langer horreur et drame profond, The Shining (1980), The Others (2001).  Plus rĂ©cemment on peut citer Black Swan (2010), It Follows (2014), The Witch (2016) ou HĂ©rĂ©ditĂ© (2018). Dans Obsession, le personnage de Bear, avec son comportement juvĂ©nile et son incapacitĂ© Ă  exprimer ses sentiments, illustre comment l’adulte enfant, incapable de franchir le pas vers la maturitĂ© affective, vers l’affirmation de soi, peut engendrer des dynamiques relationnelles dysfonctionnelles. Cette fragilitĂ© devient le catalyseur d’une spirale tortueuse et terrifiante oĂč la timiditĂ© se mue en impuissance, et l’amour en emprise.

Obsession est un huis clos angoissant. Barker puise dans des rĂ©fĂ©rences cinĂ©matographiques sans jamais s’y noyer :DĂšs les premiĂšres secondes, on nous plonge dans l’esprit tourmentĂ© de Bear. Un plan fixe, face camĂ©ra – comme l’ouverture culte de The Social Network – oĂč le personnage s’adresse Ă  nous (ou Ă  un interlocuteur invisible) sans dĂ©tours. Pas de gĂ©nĂ©rique, pas de mise en contexte : juste un visage, une voix, une confession. Cette entrĂ©e en matiĂšre crĂ©e une immersion imĂ©diate : on est dans le film avant mĂȘme d’avoir eu le temps de s’y prĂ©parer. Curry Barker supprime toute distance entre le spectateur et son protagoniste, et pose ainsi, d’emblĂ©e, les bases d’une relation intime et dĂ©rangeante. Certaines images (les sourires figĂ©s, les dĂ©placements) Ă©voquent des films comme The ring (2002), The grudge (2004) ou plus rĂ©cemment Smile (2022), mais sans tomber dans la simple imitation. Barker Ă©vite les jump scares faciles pour privilĂ©gier une angoisse sourde, une tension permanente qui tenaille le spectateur. Quelques scĂšnes vous rĂ©servent du sursaut, de la sidĂ©ration et des frissons, clairement. 

Ancien crĂ©ateur de contenus YouTube (il a notamment rĂ©alisĂ© le court-mĂ©trage d’horreur The Chair en 2023, qui a attirĂ© l’attention du producteur James Harris), Barker a su transposer son univers dĂ©calĂ© et percutant sur grand Ă©cran. Son approche, influencĂ©e par son passĂ© de sketch comedian, donne Ă  Obsession un rythme dĂ©stabilisant, loin des codes traditionnels de l’horreur. Il assume pleinement ses inspirations (on pense aussi Ă  Ari Aster pour la violence Ă©motionnelle envers les personnages comme vers le public), tout en imposant sa propre voix. Le film a d’ailleurs Ă©tĂ© remarquĂ© au Festival de Toronto 2025 (section Midnight Madness), avant d’ĂȘtre distribuĂ© par Focus Features et de bĂ©nĂ©ficier du soutien de Jason Blum (Blumhouse Productions), preuve que l’industrie croit en ce nouveau talent. Barker a dĂ©jĂ  Ă©voquĂ© l’idĂ©e d’une suite ou d’une sĂ©rie anthologique explorant d’autres vƓux et leurs consĂ©quence. De quoi donner envie ! Obsession est bien plus qu’un simple film d’horreur : c’est une expĂ©rience cinĂ©matographique, Ă©motionnelle, sonore et visuelle, portĂ©e par une rĂ©alisation audacieuse, une esthĂ©tique sombre, atmosphĂ©rique et de trĂšs bons acteurs. Curry Barker signe lĂ  un premier film bluffant, qui laisse prĂ©sager une carriĂšre prometteuse. À voir absolument en salle pour profiter de son atmosphĂšre oppressante et de sa bande son.

Titre original : OBSESSION

Réalisé par: Curry Barker

Casting: Michael Johnston (II), Inde Navarrette, Cooper Tomlinson 


Genre: Épouvante – Horreur

Sortie le: 13 mai 2026

Distribué par : Le Pacte

EXCELLENT

Laisser un commentaire