Critiques Cinéma

DES MINIONS ET DES MONSTRES (Critique)

SYNOPSIS : Une histoire aussi rocambolesque qu’absurde, mais bien sûr totalement véridique, qui raconte comment les Minions, partis à la conquête d’Hollywood, sont devenus des stars de cinéma, pour finalement tout perdre en libérant au passage une bande de monstres déchaînés, avant de s’unir pour tenter de sauver la planète de ce nouveau désastre à leur actif.

Illumination est de retour. Une phrase qui, ces dernières années, n’avait pourtant rien d’évident à prononcer avec enthousiasme. Après un Moi, moche et méchant 4 franchement à bout de souffle et un Super Mario Galaxy, le film certes sympathique mais qui ne cassait pas non plus trois pattes à un canard, le studio semblait s’être enfermé dans une formule extrêmement standardisée. Certes, l’animation demeurait toujours irréprochable, mais les productions maison donnaient de plus en plus l’impression d’être calibrées en usine, dénuées de véritable âme et incapables de prendre le moindre risque. Pour être honnêtes, nous ne pensions pas écrire cela avant d’avoir découvert la première bande-annonce de Des Minions et des monstres, pourtant, cette dernière avait réussi à éveiller chez nous une curiosité inattendue. Des Minions. Un hommage au cinéma. Des Kaijus. Dit comme cela, l’ensemble paraissait presque trop beau pour être vrai. Et contre toute attente, le résultat est non seulement divertissant, mais surtout bien plus inspiré que ce que le studio nous propose habituellement.

L’une des grandes qualités du film est de comprendre immédiatement ce qui fait le sel des Minions lorsqu’ils sont libérés des contraintes de la franchise principale. Là où Moi, moche et méchant 4 ne fonctionnait finalement que lorsque ses petites créatures jaunes partaient dans leur délire super-héroïque, tout le reste du film étant globalement atterrant et cahotant, Des Minions et des monstres leur offre enfin un terrain de jeu à leur mesure. Sa première moitié s’intéresse ainsi à l’origine même de nos énergumènes préférés. Le film revient sur leur raison d’être : trouver le maître le plus méchant possible et se mettre à son service. Une mission qui va naturellement tourner à la catastrophe. De maître en maître, de quête en quête, les Minions accumulent les bourdes avec une constance admirable. Sans jamais le vouloir, ils provoquent la disparition de chacun de leurs employeurs successifs ; une malédiction qui donne lieu à une succession de séquences particulièrement drôles. L’occasion également de découvrir un bestiaire absolument succulent : Cyclope, momie, pirate, sorcier et autres créatures improbables se succèdent à l’écran dans une avalanche de gags visuels et de situations absurdes. Même si seuls quelques Minions bénéficient d’une véritable caractérisation, le film parvient néanmoins à leur donner suffisamment de personnalité pour qu’ils existent individuellement. Un exploit qui n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît lorsque l’on manipule une armée de personnages volontairement idiots qui parlent une langue inventée. Puis vient Hollywood. Et c’est probablement à ce moment-là que le film révèle sa plus belle surprise.

L’arrivée des Minions à Hollywood marque une véritable bascule dans le récit. Si les premières minutes laissaient déjà entrevoir certaines intentions, le film assume alors pleinement son statut d’hommage au cinéma. Les références pleuvent de toutes parts. Certaines sont évidentes, d’autres beaucoup plus discrètes. Elles prennent parfois la forme de décors, de costumes, parfois celle de simples répliques glissées dans le charabia habituel des Minions. Le résultat est particulièrement réjouissant. À plusieurs reprises, nous nous sommes surpris à nous dire que le film mériterait un second visionnage simplement pour traquer toutes les références que nous aurions pu manquer. Certaines apparaissent à peine quelques secondes à l’écran tandis que d’autres sont intégrées de manière beaucoup plus subtile au récit. Le film réussit également à rendre ses personnages humains attachants. Nous pensons notamment à Max, doublé en version française par Alexandre Astier. Et il faut bien reconnaître que ce dernier a énormément progressé dans l’exercice du doublage. Ceux qui gardent encore en mémoire sa prestation particulièrement catastrophique dans le rôle du Prince Bubblegum dans Adventure Time risquent d’être agréablement surpris. Puis arrive la seconde grande idée du film, les Kaijus. Monstres géants, science-fiction, robot mégalomane et opportuniste souhaitant conquérir la Terre : Des Minions et des monstres embrasse soudainement un imaginaire totalement différent tout en parvenant à conserver une certaine cohérence. Le dosage est habile. Les différents éléments s’entremêlent naturellement sans jamais donner l’impression de forcer les choses. Certes, nous aurions aimé que le délire Kaiju soit davantage développé ; lorsqu’on décide de convoquer un imaginaire aussi spécifique, on espère forcément voir le film pousser encore plus loin le curseur. C’est probablement là que se situe notre principale frustration, le film a énormément d’idées, énormément d’énergie, énormément de bonnes blagues, mais il lui manque parfois ce petit supplément d’âme ou de folie qui lui aurait permis d’atteindre un niveau supérieur et de devenir véritablement mémorable.

Malgré cette légère réserve, difficile de bouder notre plaisir. Des Minions et des monstres constitue probablement l’une des propositions les plus fraîches et les plus amusantes qu’Illumination ait livrées depuis longtemps. Le film confirme surtout quelque chose que nous pensions déjà depuis plusieurs années : les Minions sont de loin le meilleur vecteur de l’univers Moi, moche et méchant. Mieux encore, ils n’ont plus réellement besoin de cet univers pour exister et encore moins de danses débiles sur des chansons commerciales. Lorsqu’ils sont débarrassés des intrigues familiales franchement poussives de la franchise principale, ils deviennent un formidable moteur narratif capable d’emmener le spectateur absolument partout. Avec les Minions, tout est possible. Tous les genres de cinéma. Tous les monstres. Tous les costumes. Tous les délires. Toutes les idées les plus improbables. Ils constituent un gigantesque bac à sable dans lequel les scénaristes peuvent expérimenter pratiquement tout ce qui leur passe par la tête. Et c’est précisément cette liberté qui rend le film aussi sympathique. Alors non, Des Minions et des monstres n’est pas encore le chef-d’œuvre qui fera entrer Illumination dans une nouvelle dimension, mais il démontre que le studio est encore capable de sortir de sa zone de confort lorsqu’il s’en donne les moyens. Plus encore, le film a l’intelligence de ne jamais oublier son concept de départ. Jusqu’à ses dernières minutes, il continue de retomber sur ses pattes en revenant constamment à cet hommage au cinéma qui irrigue l’ensemble du récit. Là où beaucoup de productions Illumination finissent par abandonner leurs idées initiales au profit d’une simple accumulation de gags ou d’action, Des Minions et des monstres boucle au contraire la boucle de façon étonnamment vertueuse. Cette fidélité à son propre concept lui permet justement d’insuffler ce petit supplément d’âme qui manque souvent aux productions du studio et donne finalement au film une personnalité bien plus marquée qu’on ne pouvait l’espérer. Et rien que pour cela, cette aventure aussi absurde que généreuse mérite largement le détour.

Titre original : MINIONS & MONSTERS

Réalisé par: Pierre Coffin, Patrick Delage

Casting: Pierre Coffin, Alexandre Astier, Christoph Waltz…

Genre: Animation, Aventure, Comédie, Famille

Sortie le : 24 juin 2026

Distribué par : Universal Pictures International France

TRÈS BIEN

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