

SYNOPSIS : Alice, chercheuse en sociologie découvre qu’elle est enceinte. Luc, son mari, exulte. Ce sera un garçon ! Ils l’appelleront Ulysse. Sauf qu’à un an, Ulysse ne rentre pas dans les courbes. Trop petit, trop maigre. Les pédiatres s’interrogent et le verdict tombe : syndrome génétique. Ulysse ne sera pas comme les autres. Mais comment sera-t-il ? Mystère. Commence alors la très particulière odyssée d’Ulysse : marcher, parler, apprendre, comprendre, s’épanouir. Alice se lance dans l’aventure, déterminée à ce qu’Ulysse trouve sa place dans le monde.
Ulysse a été présenté en sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2026 et en a fait la clôture. Trois ans après Un hiver en été, la réalisatrice Laetitia Masson revient avec un film qui sur le papier a l’air presque militant avec le prisme de la mère pour accompagner son enfant en situation de handicap dans ce parcours trop classique de déplaceuse de montagne en chef. Comme une assignation tant la société inclusive ne l’est que sur le papier et dans les salons feutrés des décideurs déconnectés, là où sur le terrain, c’est bien l’environnement qui génère le handicap à défaut de s’y adapter pour de vrai.

En plus, comme c’est la toujours à fleur de peau et donc magnétique Elodie Bouchez (présente aussi dans Un hiver en été) qui s’y colle à ce rôle de mère courage, on est en droit de s’attendre à un moment cinéphile très intense. D’autant plus que la cinéaste confie une part très autobiographique car c’est son fils Alphonse, atteint précisément d’un syndrome génétique qui joue le rôle d’Uysse : « J’ai vécu ma vie avec mon fils sans jamais me dire que ça pouvait devenir un sujet de film. C’est seulement quand il a trouvé sa place dans le monde que je me suis dit que c’était presque mon devoir de raconter son parcours.” Et malheureusement, ces histoires de vie sont toujours assez romanesques, là où tout devrait être plus simple. Alice hallucine quand elle se rend compte qu’elle ne peut avoir de rendez-vous avec quiconque à la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH), qu’il faut donc tout remplir en ligne, et qu’elle aura une réponse dans… 6 mois !!! L’éloge de la patience, mais surtout d’une folie toute kafkaïenne où la dictature bureaucratique et l’absence de moyens contribuent à la déliquescence constante du service public, seul bien de ceux qui n’en ont pas. Depuis des décennies, c’est un véritable phénomène de clochardisation des personnes en situation de handicap, tant il y a de quoi abandonner et ne pas recourir à son droit car il faut être polytechnicien pour remplir le moindre dossier. De vraies stratégies de dissuasion. Le non recours au droit le plus élémentaire est une considérable économie d’état. Sauf que Alice, elle ne lâche rien, jamais. Le courage porte toujours le nom de la mère. Y compris face à l’accumulation de sigles, là aussi pour éloigner la femme et l’homme de l’institution. « Serai-je le héros de ma propre histoire ou quelqu’un d’autre prendra-t-il cette place ? » C’est par cette citation de Dickens que s’ouvre Ulysse, et qui vient définir le destin de Alice, qui au-delà d’être une femme, va d’abord comme être assignée à surtout être la mère d’Ulysse. Pas de la faute de son fils, mais tant c’est toute une société qui n’ouvre pas son quotidien à l’altérité.

Dans leur appart, la vue sur le monde est vertigineuse. Comme si la vie se déroulait toujours à l’extérieur. Tant c’est même la peau d’Ulysse, son corps, son âme qui est sujet aux agressions multiples, si on ne prend pas juste un peu le temps d’entrer dans son monde. Alice va aimer son fils, de l’amour le plus puissant possible, celui de la mère louve, prête à tout pour qu’Ulysse accède à des droits élémentaires. Une forme d’obstination comme dans les tripes. Le spectateur finit par se demander si elle n’en fait pas trop. Cette part de doutes, ces nombreuses ellipses, tant on voit grandir Ulysse en format récit d’apprentissage, viennent convoquer notre intelligence, et contourne avec autant de sensibilité et de subtilité nombre de stéréotypes ou facilités parfois dégoulinantes du genre. Non, avec Ulysse, on est dans le réel, pas dans le trop grandiose ou surprenant mais juste dans le réel et c’est forcément prenant. Y compris à travers les époques, où finalement le regard porté sur le handicap évolue très peu.

Au casting, beaucoup de force un peu partout. A l’âge adolescent, c’est le fils de la réalisatrice qui joue Ulysse. Dans son propre rôle en somme, Alphonse Roberts nous transmet beaucoup d’émotions, qu’elles soient joyeuses, plus sombres ou amusantes. C’est à chaque fois une profonde justesse qui émane de son interprétation. Stanislas Mehrar est très touchant dans sa tourmente paternelle. Gringe est désarmant d’authenticité et prends l’image avec beaucoup de grâce. Romane Bohringer est tourbillonnante et sacrément généreuse. Et puis bien sûr il y a Elodie Bouchez. Elle est tous les adjectifs précédents de ses partenaires à la fois. Elle porte le film. Son jeu est une caresse. Son sens de la vérité, son engagement, sont renversants. Ici, dans la détermination maternelle, elle est fracassante de beauté et de grandeur ! Son duo avec Alphonse Roberts est sidérant de naturel et d’évidence ! Au final, Ulysse est une odyssée très souvent lumineuse, et toujours pleine de vie. Un film qui porte un véritable espoir, une envie de croire à de nombreux possibles. Des vraies belles singularités qui font d’Ulysse un très joli moment de cinéma.

Titre original : ULYSSE
Réalisé par: Laetitia Masson
Casting: Élodie Bouchez, Alphonse Roberts, Stanislas Merhar…
Genre: Comédie dramatique
Sortie le : 17 juin 2026
Distribué par : ARP Sélection

TRÈS BIEN
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020








































































































































