

SYNOPSIS : Buzz, Woody, Jessie et le reste de la bande verront leur travail remis en question lorsqu’ils découvriront que ce qui obsède les enfants d’aujourd’hui s’appelle… l’électronique !
Les films Toy Story ont toujours été nos Pixar préférés. Depuis la découverte du premier opus sur VHS lorsque nous étions enfants, la saga n’a jamais cessé de nous accompagner. Peu de franchises peuvent se targuer d’avoir grandi avec leur public de cette manière. Année après année, Woody, Buzz et leurs compagnons ont traversé les différentes étapes de nos vies, épousant nos questionnements, nos joies et nos blessures, tout en conservant intacte cette âme d’enfant qui a toujours constitué l’essence même de la série. Pour beaucoup, Toy Story 3 représentait déjà une conclusion parfaite : en tournant la page d’Andy, Pixar tournait également celle de notre propre enfance dans un final d’une puissance émotionnelle rarement égalée. Puis vint Toy Story 4, sorte d’épilogue inattendu qui proposait une conclusion dans la conclusion. Une proposition loin d’être dénuée d’intérêt, mais qui ne donnait jamais réellement le sentiment d’être indispensable. Autant dire que l’annonce d’un cinquième volet pouvait légitimement susciter quelques craintes. Pourtant, dès sa première bande-annonce, le film affichait une ambition claire : confronter nos jouets à une époque profondément transformée par les nouvelles technologies et les nouveaux modes de communication. Une idée qui pouvait sembler facile ou opportuniste sur le papier, elle débouche finalement sur un film d’une pertinence étonnante, bien plus ambitieux que son prédécesseur.

L’un des reproches qui pourrait être fait au film concerne sa galerie de personnages devenue immense. Beaucoup regretteront peut-être que certains protagonistes historiques n’apparaissent que brièvement, parfois sous la forme de simples caméos. D’autres pointeront le fait que Woody soit largement relégué à l’arrière-plan. Oui, c’est vrai. Mais est-ce réellement un défaut ? Après tout, Woody a déjà eu droit à sa conclusion, son histoire a trouvé une forme d’aboutissement dans le quatrième film. Ici, le cœur du récit se situe ailleurs, le véritable personnage principal de ce cinquième volet est Jessie. Toujours hantée par le souvenir d’Emily et par l’abandon qu’elle a subi, la cow-girl refuse de voir Bonnie emprunter un chemin qui pourrait la conduire vers la solitude. Car derrière son apparente aventure familiale, Toy Story 5 parle avant tout d’isolement, de difficulté à créer du lien et de notre rapport aux autres dans un monde en perpétuelle mutation. Bonnie est encore une enfant profondément bienveillante, préservée de nombreuses formes de cruauté qui accompagnent pourtant la croissance. À travers les nouvelles technologies, elle croit pouvoir trouver des amis, s’intégrer et construire les relations auxquelles elle aspire. Là où le film surprend, c’est qu’il refuse toute approche simpliste car il ne désigne jamais la technologie comme un ennemi. Au contraire, il montre qu’elle peut être un outil formidable, puisque même nos jouets finissent par s’en servir pour avancer, mais qu’elle ne constitue pas une solution miracle aux difficultés humaines. Le véritable problème réside ailleurs : dans la peur du rejet, dans le besoin d’être accepté, dans la méchanceté parfois inconsciente des autres enfants, dans le harcèlement ou encore dans cette tendance que nous avons tous à porter un masque pour correspondre à ce que les autres attendent de nous. Le film parle ainsi autant aux enfants qu’aux adultes. Il évoque tous ceux qui traversent le monde avec le poids de la solitude sur les épaules, ceux qui cherchent désespérément leur place parmi les autres sans jamais être certains de la trouver.

Le récit s’ouvre pourtant de façon inattendue avec un groupe de Buzz l’Éclair échoués sur une île après le naufrage du conteneur qui les transportait. Ignorant totalement leur nature de jouets, ils découvrent le monde comme des explorateurs naïfs confrontés pour la première fois à l’existence. Cette intrigue peut sembler anecdotique dans un premier temps ; elle prendra pourtant progressivement tout son sens et s’intégrera intelligemment à la réflexion générale du film sur l’identité, la transmission et le sens que chacun donne à sa propre existence. Mais la véritable force du scénario réside dans sa relation entre Jessie et Bonnie. Pour la première fois dans la franchise, un enfant cesse réellement d’être un simple personnage secondaire observé à travers le regard des jouets. Bonnie devient une protagoniste à part entière. Nous suivons ses doutes, ses échecs, ses espoirs et ses blessures. Ses émotions ne servent plus simplement de moteur à l’aventure : elles en deviennent le sujet central. Cette évolution permet au film d’explorer une question fascinante : quel impact réel un jouet peut-il avoir sur la vie d’un enfant ? Lorsque celui-ci grandit, se sépare de ses compagnons ou les oublie, tout ce qu’ils ont représenté disparaît-il vraiment ? Le film répond avec beaucoup de subtilité que non. À travers le passé de Jessie mais également à travers les choix de Bonnie, Toy Story 5 suggère que les jouets continuent d’exister bien au-delà de leur présence physique. Ils façonnent des souvenirs, influencent des comportements, participent à construire une personnalité. Même lorsqu’un enfant s’en sépare, leur empreinte demeure. Cette idée donne lieu à plusieurs scènes particulièrement bouleversantes. Une séquence majeure nous a notamment arraché quelques larmes tant elle capture avec justesse ce sentiment universel d’avoir compté pour quelqu’un sans toujours en avoir eu conscience. Une seconde séquence, terrassante, et directement liée à Bonnie nous a aussi profondément chamboulés. Le film développe également une autre idée passionnante à travers son utilisation de la nature. Contrairement aux précédents volets, une large partie de l’aventure se déroule en extérieur, loin des chambres d’enfants, des maisons et des espaces artificiels. Cette omniprésence du monde naturel n’a rien d’anodin. À mesure que les personnages tentent de comprendre leur place dans une société toujours plus connectée, ils se retrouvent confrontés à des animaux qui, eux, vivent simplement dans le réel. Ces créatures n’ont évidemment pas la même importance narrative que les jouets, mais elles apportent un contraste intéressant. Elles n’agissent pas selon des plans complexes ou des calculs élaborés. Elles existent simplement. Comme si le film nous invitait lui aussi à nous reconnecter à quelque chose de plus authentique au milieu d’un monde devenu toujours plus compliqué.

Sans atteindre le sommet émotionnel presque inaccessible de Toy Story 3, ce cinquième opus réussit pourtant quelque chose que beaucoup pensaient impossible : justifier pleinement son existence. Là où Toy Story 4 ressemblait davantage à un appendice sympathique, Toy Story 5 embrasse véritablement les problématiques du présent. Il utilise ses personnages pour parler de solitude, d’acceptation, de harcèlement, d’identité et de notre difficulté croissante à créer des liens sincères avec les autres. Oui, certains personnages sont sous-exploités. Oui, plusieurs figures emblématiques se contentent de quelques apparitions. Mais cela importe finalement peu. Leur histoire principale s’est terminée il y a longtemps, ils font désormais partie d’une fresque plus vaste dont l’objectif n’est plus de raconter leur évolution personnelle mais de montrer pourquoi les jouets continuent d’avoir une place dans nos vies. Car non, ils ne sont pas devenus obsolètes. Ni après le départ d’Andy. Ni face à la technologie. Ni face aux nouvelles générations. Ils demeurent des vecteurs extraordinaires pour raconter ce qui fait de nous des êtres humains. Et lorsque le générique se termine, une certitude s’impose : Pixar vient de signer l’une des suites les plus pertinentes de son histoire récente. Une seule chose reste alors à dire : chapeau bas, Shérif Jessie.

Titre Original: TOY STORY 5
Réalisé par: Andrew Stanton, McKenna Harris
Casting : Jean-Philippe Puymartin, Tom Hanks, Richard Darbois …
Genre: Animation, Aventure, Comédie, Famille
Sortie le: 17 juin 2026
Distribué par: The Walt Disney Company France

CHEF-D’OEUVRE
Catégories :Critiques Cinéma








































































































































