Critiques Cinéma

ZOULOU (Critique Blu-Ray)

SYNOPSIS : Afrique du Sud, 1879. Au lendemain d’une cinglante dĂ©faite anglaise, un rĂ©giment britannique composĂ© d’une centaine de soldats soutient un siĂšge de deux jours face Ă  une armĂ©e de 4 000 guerriers zoulous.

RĂ©alisĂ© par Cy Endfield et sorti en 1964, Zoulou reste l’un des plus grands films de guerre historiques britanniques jamais produits. Ce long-mĂ©trage Ă©pique de plus de 2 heures reconstitue la bataille de Rorke’s Drift en janvier 1879 pendant la guerre anglo-zouloue, oĂč environ 150 soldats britanniques ont rĂ©sistĂ© Ă  l’assaut de plus de 4 000 guerriers zoulous. Le film s’ouvre sur un narrateur (Richard Burton) qui contextualise les Ă©vĂ©nements, nous sommes aprĂšs la dĂ©faite britannique d’Isandhlwana, oĂč une force zouloue a annihilĂ© un contingent bien plus important. Un petit avant-poste de Rorke’s Drift, une mission religieuse convertie en dĂ©pĂŽt d’hĂŽpital de campagne se retrouve isolĂ©. Les lieutenants John Chard (Stanley Baker), un ingĂ©nieur pragmatique et rĂ©servĂ©, et Gonville Bromhead (Michael Caine), un officier aristocratique snob et confiant, doivent unir leurs forces pour organiser la dĂ©fense. Le scĂ©nario, co-Ă©crit par Cy Endfield et John Prebble, prend le temps d’installer les personnages et les enjeux avant de plonger dans l’action. On y dĂ©couvre beaucoup d’acteurs secondaires, haut en couleurs, comme le sergent-colonel Bourne (Nigel Green), stoĂŻque et compĂ©tent, le soldat Hook (James Booth), un tire-au-flanc cynique qui se rĂ©vĂšle hĂ©roĂŻque et le missionnaire Otto Witt (Jack Hawkins) avec sa fille Margareta (Ulla Jacobsson), qui incarnent la voix de la conscience pacifiste et critique de l’entreprise coloniale. Cette construction lente du scĂ©nario renforce l’impact des sĂ©quences de bataille, qui occupent une grande partie de la seconde moitiĂ© du film.

Avec un casting principal menĂ© par Stanley Baker qui incarne un homme solide, terre-Ă -terre et ingĂ©nieux, son Ă©volution du scepticisme Ă  la dĂ©termination ancre le film Ă©motionnellement. Face Ă  lui, Michael Caine est arrogant mais dotĂ© d’un courage authentique. Son accent et son flegme britannique contrastent parfaitement avec le pragmatisme de Chard, crĂ©ant une dynamique avant l’heure au milieu du chaos. Leur relation passe de la mĂ©fiance Ă  un respect mutuel forgĂ© dans le feu de l’action. Le film combine spectacle visuel grandiose, tension dramatique soutenue et rĂ©flexions sur le courage, l’impĂ©rialisme et la nature humaine. Sur le plan visuel, le film impressionne encore aujourd’hui, la photographie de Stephen Dade capture la beautĂ© brute des paysages sud-africains, des vastes plaines, des collines rocheuses et des ciels immenses qui Ă©crasent les figures humaines.

Les uniformes rouges britanniques contrastent violemment avec les boucliers et les sagaies des Zoulous, crĂ©ant une iconographie puissante. Le film prend cependant des libertĂ©s historiques notables, comme souvent dans les reconstitutions hollywoodiennes de l’époque. Certains personnages sont romancĂ©s, le lieutenant Bromhead par exemple est dĂ©peint comme un inexpĂ©rimentĂ©, alors que dans la rĂ©alitĂ© il avait beaucoup plus d’expĂ©rience. Le nombre exact d’assaillants et la chronologie ont Ă©galement Ă©tĂ© dramatiquement condensĂ©s. MalgrĂ© ces inexactitudes, le film Ă©vite largement le racisme caricatural de beaucoup de productions de l’ùre coloniale. Les Zoulous sont montrĂ©s comme des guerriers disciplinĂ©s, courageux et intelligents, menĂ©s par des chefs stratĂ©giques. Zoulou est bien plus qu’un film d’action, il explore le courage sous toutes ses formes, physique, moral et collectif.

Produit dans les annĂ©es 1960, pendant la dĂ©colonisation, le film cĂ©lĂšbre le courage britannique tout en questionnant implicitement la lĂ©gitimitĂ© de leur prĂ©sence en Afrique. MalgrĂ© ses qualitĂ©s, Zoulou n’est pas sans dĂ©fauts, le manque de personnages zoulous dĂ©veloppĂ©s limite la profondeur culturelle. Le film idĂ©alise parfois le flegme britannique au dĂ©triment d’une reprĂ©sentation plus nuancĂ©e de la peur ou de la dĂ©sertion. Dans un contexte contemporain, ses Ă©lĂ©ments impĂ©riaux peuvent gĂȘner, mĂȘme si le traitement des Zoulous reste relativement respectueux pour l’époque. Les Zoulous, bien que moins individualisĂ©s sont filmĂ©s avec dignitĂ©. Zoulou demeure un accomplissement cinĂ©matographique majeur. Cy Endfield a rĂ©ussi Ă  crĂ©er un spectacle visuellement Ă©poustouflant tout en glissant une rĂ©flexion sur le prix de la guerre et les rencontres culturelles. Plus de soixante ans aprĂšs, ses scĂšnes de bataille restent viscĂ©rales, et ses thĂšmes comme le courage face Ă  l’adversitĂ© et le respect de l’ennemi rĂ©sonnent encore aujourd’hui.

DÉTAIL DES SUPPLÉMENTS :

  • Analyse du film par Florent Fourcart, spĂ©cialiste de l’Histoire du cinĂ©ma (49’10)
    SUPPLÉMENTS EXCLUSIFS BLU-RAY :
  • Interview de Sheldon Hall, historien du cinĂ©ma (11’39 – Archive)
  • Le Making of de Zoulou, 1Ăšre partie (25’47 – Archive) – Le Making of de Zoulou, 2Ăšme partie
    (20’04 – Archive) – La musique de Zoulou (6’29 – Archive)
    Contient Ă©galement le livre Zoulou, un rĂ©cit d’aventure exaltant (92 pages),
    par Stéphane Chevalier

Titre original : ZULU

Réalisé par: Cy Endfield

Casting: Stanley Baker, Michael Caine, Ulla Jacobsson


Genre: Aventure, Drame, Guerre, Historique,

Sortie en édition collector 2 Blu-Ray + livre et édition 2 DVD le 03 Juin 2026 chez Rimini Editions

EXCELLENT

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