

SYNOPSIS : Une plongée au cœur de la police de Los Angeles. Le vétéran John Cooper est chargé de former la jeune recrue Ben Sherman. Les méthodes brusques de son nouveau mentor vont pousser Sherman dans ses derniers retranchements et l’amener à se demander s’il a vraiment ce qu’il faut dans le ventre pour devenir un flic de L.A.
Certaines séries policières racontent des enquêtes. D’autres racontent des policiers. Southland appartient clairement à la seconde catégorie. Dès ses premières minutes, la création d’Ann Biderman annonce la couleur. Ce qui l’intéresse n’est pas la mécanique policière mais les êtres humains qui se cachent derrière l’uniforme. Des femmes et des hommes confrontés chaque jour à la misère sociale, à la violence, aux drames familiaux, aux tensions raciales et à leurs propres limites. Biderman, qui créera quelques années plus tard l’excellente Ray Donovan, apporte déjà ici ce regard rugueux, lucide et profondément humain qui deviendra sa marque de fabrique.
Mais réduire Southland à sa seule créatrice serait injuste. Derrière la série se trouve également John Wells, l’un des producteurs les plus importants de la télévision américaine contemporaine. Après avoir marqué durablement le petit écran avec Urgences et The West Wing, Wells apporte à Southland son goût pour les personnages complexes, les situations moralement ambiguës et les récits qui privilégient l’humain au spectaculaire. Son empreinte est perceptible à chaque épisode.
Si Hill Street Blues et NYPD Blue constituent des références évidentes, on pourrait presque considérer Southland comme l’équivalent policier d’Urgences. Même sentiment d’immersion, même impression de suivre des professionnels confrontés à des situations imprévisibles, même refus de simplifier la réalité pour la rendre plus confortable au spectateur. La présence de John Wells à la production n’a évidemment rien d’un hasard.
Cette filiation avec les grandes séries réalistes saute aux yeux. Comme l’œuvre de Steven Bochco avant elle, Southland s’intéresse davantage à la vie des policiers qu’à la résolution des affaires. Le métier devient le sujet principal. Les interventions ne sont plus seulement des ressorts narratifs : elles deviennent le reflet d’une ville, d’une époque et d’une profession en perpétuelle tension. La série pousse même encore plus loin la recherche d’authenticité. La caméra portée, les mouvements parfois brusques, les dialogues qui semblent saisis sur le vif et le refus constant du spectaculaire fabriquent une immersion exceptionnelle. On a souvent moins l’impression de regarder une série que d’accompagner une véritable patrouille dans les rues de Los Angeles.
La comparaison avec High Incident, série injustement oubliée produite par Steven Spielberg dans les années 90, vient également à l’esprit. Les deux œuvres partagent cette volonté de montrer le terrain tel qu’il est, sans glamour et sans héroïsation excessive. Plus récemment, des séries comme Bosch ou même On Call (éphémère série produite par Dick Wolf) ont retrouvé une partie de cette authenticité documentaire, mais Southland demeure l’une des expressions les plus abouties de cette école du réalisme policier.
L’histoire de Southland est également celle d’une série qui n’aurait peut-être jamais dû survivre. Lancée sur NBC en 2009, elle reçoit immédiatement un accueil critique enthousiaste, mais ses audiences demeurent fragiles. À une époque où les grands networks recherchent avant tout des succès massifs capables de séduire le plus large public possible, une série aussi rugueuse, aussi réaliste et aussi peu soucieuse des conventions du genre apparaît presque comme une anomalie. Malgré ses qualités évidentes, Southland se retrouve rapidement menacée. NBC va jusqu’à annuler la diffusion de sa deuxième saison pourtant déjà produite. Pour beaucoup de séries, une telle décision aurait signé l’arrêt de mort définitif. C’était sans compter sur TNT. La chaîne câblée récupère la série, diffuse les épisodes restés inédits et lui offre une seconde vie. Un sauvetage providentiel qui permettra finalement à Southland d’atteindre cinq saisons et de construire sa réputation au fil du temps. Plus encore, ce changement de diffuseur s’avère être une bénédiction artistique. Libérée des contraintes du network, la série adopte des saisons plus courtes, plus nerveuses et plus concentrées. Chaque épisode gagne en intensité. Chaque intrigue paraît plus resserrée. Comme si Southland avait enfin trouvé l’écrin qui correspondait réellement à son identité.
L’histoire retiendra d’ailleurs une ironie assez savoureuse : c’est précisément au moment où NBC cesse de croire en elle que Southland devient la série qu’elle était destinée à être. Le résultat est souvent saisissant. L’une des plus grandes réussites de la série réside dans son refus du manichéisme. Les policiers de Southland ne sont ni des saints ni des monstres. Ce sont des êtres humains faillibles qui tentent de faire leur travail dans un environnement où chaque décision peut avoir des conséquences dramatiques. Ben McKenzie trouve probablement ici le meilleur rôle de sa carrière. Son Ben Sherman, jeune recrue idéaliste confrontée à la réalité du terrain, constitue l’un des plus beaux parcours d’apprentissage qu’ait proposé une série policière moderne. Face à lui, Michael Cudlitz livre une prestation exceptionnelle dans le rôle de John Cooper. Usé physiquement, parfois difficile à apprécier, souvent brillant, toujours profondément humain, il devient rapidement l’un des personnages les plus mémorables de la télévision américaine des années 2010.
Mais Southland est avant tout une œuvre chorale. Regina King, Shawn Hatosy, Kevin Alejandro, Michael McGrady et l’ensemble de la distribution contribuent à donner une densité rare à cet univers où chaque personnage semble exister bien au-delà de ce que montre la caméra. Ce qui impressionne surtout aujourd’hui, c’est la modernité de la série. Bien avant que des productions comme Bosch, Mare of Easttown ou On Call ne remettent en avant une approche plus réaliste du travail policier, Southland explorait déjà cette voie avec une assurance remarquable.
La série ne cherche jamais à flatter son public. Elle ne simplifie rien. Elle ne propose aucune solution miracle. Elle observe, raconte et laisse le spectateur se faire sa propre opinion. C’est précisément ce qui la rend si passionnante. À une époque où de nombreuses fictions policières reposaient encore sur des formules très codifiées, Southland rappelait qu’une série pouvait être à la fois haletante, profondément humaine et d’un réalisme saisissant. Rares sont les séries policières qui parviennent à capturer avec une telle justesse la réalité du terrain tout en construisant des personnages aussi mémorables. Plus de quinze ans après ses débuts, Southland demeure une référence absolue du genre.
Crédits : Netflix France








































































































































