

SYNOPSIS : Blessée lors d’une opération clandestine au Niger, Mata, une agente du service action de la DGSE, perd la trace de son compagnon Antoine, capturé sur place. À son retour, elle est affectée à la Sécurité Intérieure du Territoire et se saisit d’une mission de contre-espionnage dans les Alpes : une ombre semble relier ce dossier à l’embuscade en Afrique. Convaincue que ses supérieurs lui dissimulent des informations et hantée par la captivité d’Antoine, elle se lance dans une course contre la montre, hors de tout cadre officiel… au risque de tout perdre.
C’est le troisième long-métrage de la réalisatrice Rachel Lang, posant cette fois en tête d’affiche la comédienne Eye Haïdara (qui a d’ores et déjà une année très forte en accomplissements, entre ses performances remarquables dans La Maison des Femmes ou dans le futur L’Objet du Délit d’Agnès Jaoui, et la place de Maîtresse de Cérémonie qu’elle a porté avec grande classe pour ce 79ème Festival de Cannes). Mata compose un thriller psychologique assez efficace, porté par une comédienne qui assure la partition pour un premier rôle bien mérité. Mata suit l’agente de la DGSE éponyme, envoyée dans l’ouverture du film au Niger avec son co-équipier Antoine (Raphaël Personnaz) pour gérer des négociations sensibles sur place. Mais l’opération tourne mal, et Mata est rapatriée en France – où on la rattache à la DGSI le temps qu’elle se remette de ses blessures. Ses ex-employeurs de la DGSE lui cachent la vérité sur ce qui s’est passé là-bas – notamment sur la situation d’Antoine, dont elle ignore tout – l’agente va alors décider d’user de sa nouvelle position et de la mission qu’on lui a assignée (elle doit former une jeune agente jouée par Joséphine Japy aux techniques de contre-espionnage) pour enquêter officieusement sur ce que système entier semble vouloir enterrer…

Mata débute alors comme un vrai récit d’espionnage, montrant l’infiltration de notre duo d’agents au sein d’une ONG dans le désert nigérien, menant inexorablement sur une embuscade qui laissera notre protagoniste meurtrie et ramenée sur le sol français pour être mise au placard. Sauf que Mata est une dure à cuire, elle sent très vite les trous dans les dossiers et ne supporte pas qu’on lui dise quoi faire – surtout lorsqu’elle apprend qu’Antoine est peut-être en danger. Ce qui se présentait comme un récit d’espionnage nerveux et parfois violent va alors changer de cible pour devenir un thriller psychologique, une cellule moins spectaculaire et plus nuancée sur la recherche de la vérité. Mata va rencontrer Héloïse, une ambitieuse agente débutante qu’elle est chargée de former, et va profiter de sa nouvelle position pour désobéir et commencer à fouiller dans les trous de l’histoire que la DGSE raconte au sujet de son embuscade. Cette approche, plus documentaire que sensationnaliste, permet de creuser habilement l’écriture de sa protagoniste, racontée seule contre tous, dans un cadre qui pourra emporter par son ingéniosité autant qu’il pourra frustrer par son rythme et ses promesses d’action qui sont laissées dans d’autres films.

Mata reste à échelle psychologique, plongeant dans les paradoxes d’un système qui semble cacher les zones les plus importantes, ce qui en fait à la fois un récit efficace et très pertinent sur la vérité, mais aussi un léger acte manqué tant on aurait pu apprécier un rythme plus resserré et un contexte de film d’espionnage un peu plus assumé. Ces quelques défauts ne portent cependant pas vraiment d’ombres majeures au tableau, Rachel Lang signe un film élégant et habile, notamment porté par une performance redoutable de Eye Haïdara qui assure en agente aussi épuisée que déterminée à retrouver les traces de son co-équipier.

Mata s’avère être une plongée épurée au sein de la psyché d’une agente qui perçoit les zones d’ombre d’une suite de rouages bureaucratiques, trouvant dans son suspense et dans son rythme mesuré à la fois son plus gros défaut et sa plus belle force : en se retenant de tomber dans les excès des classiques internationaux de l’espionnage, Rachel Lang en convoque les contours pour centrer son point de vue sur son héroïne cruellement impuissante face au système, et cette position offre autant une plongée habile dans les méandres tortueux de la recherche de vérité qu’un objet in fine un peu frustrant qui aurait gagné à utiliser plus densément ses personnages secondaires et à appuyer plus fort sur l’accélérateur dans ses scènes-clés. Car Mata est à l’image de sa protagoniste : pertinent et malin, mais pesé par quelques manques de moyens et une désillusion qui la sépare encore un peu de toutes ses ambitions.

Titre original : MATA
Réalisé par: Rachel Lang
Casting: Eye Haïdara, Joséphine Japy, Raphaël Personnaz …
Genre: Espionnage, Thriller
Sortie le : 27 mai 2026
Distribué par : Warner Bros. France

TRÈS BIEN
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020








































































































































