Critiques Cinéma

HISTOIRES DE LA NUIT (Critique)

SYNOPSIS : Nora, Thomas et leur fille Ida vivent dans une ferme isolée avec pour seule voisine, Cristina, une peintre italienne. Alors que tout le monde prépare une soirée d’anniversaire surprise pour Nora, trois hommes rôdent autour de la maison et s’invitent à la fête, faisant surgir des secrets bien gardés…

Léa Mysius avait déjà frappé très fort avec Ava (2017) et Les cinq diables (2022), affichant une sacrée maturité, un style, une patte et des atours bien chatoyants de mise en scène. Un cinéma ambitieux, troublant, parfois même assez sensuel. Du cinéma psychanalytique, parfois psychédélique, mais qui en tous les cas dégage une puissance qui ne laisse pas vraiment indifférent. Il sera ici également question de femmes fortes, avec au casting une promesse déjà complètement délirante, avec Hafsia Herzi, Monica Bellucci, accompagnées par l’indispensable Bastien Bouillon. Présenté en compétition officielle à Cannes 2026, le film tiré du titre éponyme du captivant roman de Laurent Mauvignier, publié en 2020, s’imposait comme une des plus grosses attentes sur la Croisette.

Histoires de la nuit est annoncé comme un véritable thriller quasi en huis clos, avec l’émergence d’un bien lourd secret. Ajoutez-y la qualité d’écriture de Laurent Mauvignier et l’univers si attirant de Léa Mysius et ce n’est rien de dire que le résultat est une tension permanente. Et au-delà des codes assez classiques du thriller qui sont réunis, la force du film est surtout la façon dont le doute s’installe chez le spectateur. Car on finit par se demander qui est réellement du bon côté du miroir, et au-delà, de réinterroger le bien du mal. C’est aussi toute la question du droit à l’oubli et de l’opportunité d’une seconde chance, d’un nouveau départ. Le décor de cette maison de campagne, de la voisine énigmatique, viennent comme nous enfermer avec eux dans un huis clos rapidement suffocant.

Forcément, l’arrivée des inconnus qui semblent déterminés, et dans le même temps, dès les premiers instants presque comme affables et ne cherchant pas à en découdre, va venir troubler la quiétude de Nora, Thomas et Ida. Leur isolement est le revers de la médaille de la tranquillité, et le bucolique devient coupe gorge. A cette tension latente, s’ajoute un humour parfois assez décapant dans le décalage entre ce qui ressemble quand même à une prise d’otage en bonne et due forme et une soirée conviviale entre amis. C’est toute la psychologie de Nora qui va être passée au scanner, ainsi que son éventuelle duplicité. Au détour de quelques révélations, balancées l’air de rien par les inquiétants visiteurs du soir, c’est non seulement la vision de Thomas et d’Ida, l’épouse et de la mère qui va radicalement se transformer, mais aussi toute une existence familiale qui va être à requestionner.

Et puis, syndrome de Stockholm oblige, quelques moments de grâce vont venir ponctuer l’ensemble avec des scènes ou méchants et gentils semblent comme sympathiser. Ce qui parait nous dire que parfois il ne faudrait pas grand-chose pour faire tomber les pires des désaccords ou poids du passé trop encombrants. La mise en scène est assez réjouissante, une image souvent sombre, forcément en lien avec le moment des faits et la volonté d’installer une certaine angoisse chez le spectateur. Avec en sus, une mélodie simple et redondante pour bien nous amener sur les chemins du flip.

Le casting est fou en effet, avec la toujours parfaite Hafsia Herzi, qui au jeu d’une forme de double identité tient pleinement son rang. Bastien Bouillon, en mec normal est au diapason. Monica Bellucci est charismatique et envoûtante à souhait. La petite Tawba El Gharchi dans le rôle d’Ida, est cette parfaite insupportable pré-ado. Paul Hamy autant qu’Alane Delhaye sont flippants à souhait comme visiteurs du soir. Mais clairement la palme revient à Benoit Magimel. Il est impressionnant, tout en maîtrise. Il est aussi bien touchant que cruel ou assez marrant et dans tous les cas, il est toujours d’une très belle justesse et d’une grande générosité dans le jeu. Au final, si Histoires de la nuit suit parfois des chemins assez balisés, c’est largement divertissant, porté par un casting de haute volée. On ne lâche rien, on a peur, on se marre, les émotions se mêlent, bref, on se fait un cinéma !

Titre original : HISTOIRES DE LA NUIT

Réalisé par: Léa Mysius

Casting: Hafsia Herzi, Benoît Magimel, Bastien Bouillon…

Genre: Drame, Thriller

Sortie le: 16 septembre 2026

Distribué par : Le Pacte

EXCELLENT

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