

SYNOPSIS : Dans un futur proche, Otone et son mari Kensuke, qui ont perdu leur enfant, se voient proposer un robot humanoïde totalement identique à leur fils.
Un film de Kore-Eda, c’est toujours un événement. D’autant plus que celui-ci est en compétition officielle à Cannes 2026. Nombre de ses films ont été sélectionnés au Festival de Cannes : Distance (2001), Nobody Knows (Prix d’interprétation masculine en 2004, Air Doll (2009), Tel père, tel fils (Prix du Jury, 2013), Notre Petite Sœur (2015) et Après la tempête (2016). En 2018, Une affaire de famille remporte la Palme d’or et est nommé pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Il atteint un tournant dans la coproduction internationale avec La Vérité (2019) en France et Les Bonnes Étoiles (Prix d’interprétation masculine en 2022 en Corée). Son long métrage L’Innocence remporte le Prix du meilleur scénario au Festival de Cannes 2023 Un événement aussi car c’est ici son 17ème long métrage, et l’artiste est finalement assez inclassable, ayant exploré de nombreuses thématiques, mais finalement avec toujours sur le fond un questionnement sur le lien filial et sur la forme une approche poétique, quelle que soit la narration. Ici, la famille est mise à l’épreuve de l’intelligence artificielle, un lien que Kore-Eda ne pouvait pas, ne pas disséquer, avec ici quelque chose de dystopique.

Bon, ce n’est pas que la montagne accouche d’une souris, mais presque. En fait le souci majeur est que l’intelligence artificielle devient un peu une émotion artificielle. Il est quasi impossible d’entrer en empathie avec cette famille en deuil, même si l’ellipse de la mort de l’enfant est plutôt habile. Mais à force de contourner le stéréotype du pathos, ce qui est louable, l’émotion demeure à quai, là où on s’attendait à un véritable drame de l’impossible substitution. Comme cet humanoïde ne donne presque rien, car de fait son cœur est en câbles et pas en fibres, ses parents ne reçoivent rien et nous non plus. Alors bien sûr ils se questionnent sur un mode lancinant « doit-on le rendre ? », mais sans que l’on sente suffisamment le bouleversement que ça leur provoque. Et pourtant sur la forme, il existe de vraies splendeurs poétiques, lyriques et contemplatives. Avec un enchevêtrement plutôt intéressant à l’image d’une atmosphère dystopique faites de couleurs un peu folles face à une grande épure et sobriété. Donc assez passionnant de ce point de vue, mais le récit ne se met jamais en lien avec cette douce caresse visuelle. Juste, on tient bon.

Et puis ce qui est gênant aussi est que Sheep in the box semble un peu tomber de l’arbre sur la question de l’âme de l’intelligence artificielle. Sujet éculé et qui ne fait l’objet ici d’aucune surprise ou nouveauté sur le traitement. Une ou deux bonnes vannes : « Il a une batterie, on dirait un aspirateur », mais rien de transcendant non plus. Sans que ça vire à La guerre des mondes (2005), on pouvait s’attendre à autre chose, que ça décolle, que ça questionne en profondeur. Sauf que ça demeure mignon, sage et peu empathique. C’est intriguant par moment certes, mais jamais désarçonnant. Et puis, autre problème, c’est qu’au bout d’en gros 90 minutes, on arrête d’adhérer car on comprend que ça ne s’envolera jamais, et ça finit donc par tirer en longueur. Avec un désintérêt pour l’épilogue, somme toute assez prévisible, et qui prend la tournure d’une vidéo promotionnelle pour les bisous aux arbres. Un peu gênant, alors que l’intention était évidemment louable. Demeure la douceur constante de l’image qui véritablement permet de ne pas complètement décrocher.

Au casting, c’est forcément un peu le même problème. Avec des émotions qui restent à quai, difficile d’en sortir une interprétation qui nous aurait renversé. Rimu Kuwaki, qui joue le petit Kakeru, l’enfant devenu humanoïde pour le coup fait un petit numéro d’équilibriste réussi, du haut de sa candeur juvénile. Quand notamment il répond statistiques hyper précises façon IA, face aux tentatives de connexions de ses parents, il est très amusant et sans filtres, comme son personnage. Il prend très joliment la lumière. Les arbres aussi affichent une belle présence… Au final, Sheep in the box déçoit au regard de la promesse initiale. Il est pour autant très certainement possible d’essayer d’y adhérer, et pour celles et ceux que ça tenterait, l’expérience de la salle demeure de toute façon le meilleur média. Le cinéma, toujours le cinéma !

Titre Original: HAKO NO NAKA NO HITSUJI
Réalisé par: Hirokazu Kore-eda
Casting : Haruka Ayase, Daigo Yamamoto, Rimu Kuwaki …
Genre: Drame
Sortie le: 16 décembre 2026
Distribué par: Le Pacte

MOYEN
Catégories :Critiques Cinéma, Festival de Cannes 2026, Les années 2020








































































































































