

SYNOPSIS : Deux frères poursuivent le rêve américain – mais ils se retrouvent empêtrés dans une sale affaire liée à la mafia russe.
James Gray, réalisateur de Paper Tiger présenté en compétition officielle pour cette 79èeme édition du Festival de Cannes est clairement un habitué de le Croisette. Découvert par son premier film, Little Odessa, en 1994 puis son deuxième film, The Yards, été sélectionné en compétition en 2000, puis La Nuit nous appartient en 2007, Two Lovers en 2008, avec pour ces deux derniers une mise en scène à la fois feutrée et presque suffocante psycho-affectivement parlant et The immigrant en 2013. A noter que James Gray signe également le scénario de Paper Tiger, et avec ce nouveau et neuvième long métrage retrouverait toute l’énergie du James Gray de Little Odessa (1994). Ce qui est également très prometteur est qu’il a appelé avec lui Joaquin Baca-Asay comme directeur de la photographie, qui avait déjà travaillé sur La nuit nous appartient et Two Lovers, donnant à ces films une atmosphère sacrément prenante et même délicieusement pesante. Au-delà de faire briller le tapis rouge cannois de mille étoiles, c’est aussi les retrouvailles de deux icônes, la divine, enchanteresse et sublime fée Scarlett Johannson et le non moins magistral Adam Driver après la touchante profondeur de leur duo vu dans Marriage Story en 2019.

Alors de l’inventivité sur le fond, de la magie formelle, un casting renversant et qui permet à Paper Tiger de clairement faire revivre toute la puissance du cinéaste. C’est impressionnant. Massif. Du James Gray en mode c’est de la pure, il renoue et nous on jubile. Il creuse avec grâce et justesse la force de lien. Il est insatiable et son œuvre intarissable en la matière.

Le tout premier plan, au plus près des herbes hautes, avec les buildings au loin, semble vouloir nous exposer la folie des hommes en arrière-plan d’une nature que l’on sacrifie pour ériger des tours. Pas impossible que dans les derniers plans, l’homme retourne à la nature. C’est presque comme si James Gray finalement se servait de cette histoire mafieuse pour en réalité nous parler de l’essentiel, de l’essence même de notre condition humaine : tisser des liens. Ici, la fraternité, l’amour d’une mère pour ses fils, tout ce qui fait famille. C’est aussi et toujours dans une portée autobiographique le décryptage en règle de la tyrannie familiale, des conflits insupportables de loyauté, sujets majeurs du cinéaste, et qui avec Paper Tiger, s’inscrit clairement dans la continuité d’une œuvre. Dont espérons-le pour nous, il ne trouvera jamais la clé pour continuer longtemps à nous éblouir.

Il n’empêche que le fond de l’affaire qui va faire crise et mettre toute la famille en danger est aussi rondement mené, et que le fonctionnement mafieux dans ses codes est filmé avec une immense élégance sur la forme et avec urgence et palpitations sur le fond. Le tout dans le New-York qu’il connait et aime tant, et qu’il sait filmer comme nul autre pareil, rendant brulante et vivante l’atmosphère pesante et suffocante de la grosse pomme. C’est aussi une famille tout ce qu’il y a de plus ordinaire qui se fait embarquer dans des dangers constants et immédiats. La fameuse déchéance du rêve américain. Va se poser alors l’existentielle et vertigineuse question du sacrifice et de qui osera le plus et le mieux le courage.
Et alors la mise en scène… Toujours œuvre de virtuosité chez James Gray, et ici rien ne déroge à la règle. Impossible de décrocher, aucune rupture de narration, dans le double thriller, celui du cœur, et celui de la sale affaire mafieuse. Tout vient s’imbriquer et l’atmosphère de Paper Tiger devient alors saisissante, et le temps passe trop vite devant le grand écran. Plein les oreilles, les yeux et le cœur. Le casting évidemment est fou… Adam Driver, qui contrairement à Mégalopolis (2024), vu que là il est dirigé, comprend ce qu’il fait et se montre d’un charisme fou. Grand, élégant, monstrueux dans ses mouvements, sa voix, la façon dont il utilise son propre dispositif. Sa présence est monumentale, il est fait pour ce cinéma-là. Miles Teller est un parfait miroir inversé. A rebours de son frère sur la psyché, son talent est similaire dans une forme de moyennitude imposée par son personnage. Il lui donne pourtant une portée héroïque, en tant que père, époux, qui au cœur de ce mal qui rode, fait bien comme il peut. Et la divine, somptueuse et éternelle Scarlett Johansson… ça fait bien longtemps que l’on sait que la reine peut tout jouer, mais c’est encore ici un impressionnant tour de force. Le rôle de la mère new-yorkaise est aussi taillé pour elle. Elle aime son homme, ses enfants et sera une véritable louve. Un drame intime de son personnage que nous tairons ici, viendra magnifier son sens du devoir et du sacrifice. Sa présence à l’écran est toujours comme un miracle qui se réinvente. Au final, Paper Tiger est un petit bijou de cinéma. Le talent est partout et malgré la sidérante mélancolie de l’œuvre du génie James Gray, on en redemande encore et toujours, car c’est aussi l’espoir de la créativité perpétuelle qui est posée ici. A ne surtout pas manquer !!

Titre original : PAPER TIGER
Réalisé par: James Gray
Casting: Adam Driver, Scarlett Johansson, Miles Teller …
Genre: Drame, Policier, Thriller
Sortie le: Prochainement
Distribué par : SND

EXCELLENT
Catégories :Critiques Cinéma, Festival de Cannes 2026, Les années 2020









































































































































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