

SYNOPSIS : Réalisateur mondialement célèbre, Esteban Martínez revient en Espagne pour tourner son nouveau film. Il en offre le rôle principal à une jeune actrice inconnue, sa fille, qu’il n’a pas vue depuis treize ans. La jeune femme accepte cette formidable opportunité, mais sait qu’à l’occasion de ce tournage, elle va se confronter à un homme qu’elle n’a jamais pu considérer comme un père. Le poids du passé menace de rouvrir leurs blessures.
Première fois en compétition à Cannes pour Rodrigo Sorogoyen, et c’est peu dire que c’est un des films les plus attendus de la sélection 2026 sur la croisette. D’abord parce que… Sorogoyen. Un nom qui tout de suite résonne tant notamment avec As Bestas en 2022 (mais pas que, si on pense à Que Dios nos perdone en 2016, El Reino en 2018, et Madre en 2020), il a subjugué les spectateurs avec ce western social dans une mise en scène follement nerveuse et esthétique. Ici, le cinéaste qui parait-il aspire à une forme d’apaisement après avoir disséqué à sa façon et dans son atypisme le thriller, s’attaque à la relation père/fille tout en filmant le cinéma dans une multiple mise en abime sacrément intrigante et alléchante sur le papier. Un rapprochement qui va venir réveiller des failles tellement profondes.

Potentiel choc visuel comme pour As Bestas, où il a demandé à ses deux acteurs principaux de ne pas se voir avant le tournage, qui vient d’autant plus permettre aux scènes une folle authenticité. Et c’est rien de dire à quel point on ressent une intensité quand père et fille se retrouvent sur le tournage. Un vrai thriller œdipien, où les non-dits se bousculent, avec leurs regards pour tout nous faire passer. C’est impressionnant de ressentis, de refoulements et c’est toute l’histoire du monde qui passe par là, sur cette filiation ratée, cette rencontre originelle qui ne s’est jamais faite. Alors, c’est comme une première rencontre, mais qui vire littéralement à la confrontation, autant en coulisses que sur le tournage, donnant lieu à des prises où les deux règlent leurs comptes avec la caméra ensanglantée comme premier œil, premier témoin. La violence masculine, la rage d’Esteban est flippante et terriblement évocatrice du double pouvoir patriarcal aussi bien concernant le père que le réalisateur. La longue et addictive scène du repas en est une glaçante démonstration, dans une singulière confusion des rôles de père et cinéaste. « Je voulais les caméras très loin pour symboliser qu’ils sont très loin l’un de l’autre, pour signifier cette longue absence. Mais une personne très absente peut aussi être très présente pour toi parce que tu y penses tout le temps » nous dit Sorogoyen, et c’est vrai que d’un point de vue formel, avec ce tournage dans le désert qui isole et ce jeu de caméras, cette distance affective est comme matérialisée formellement. Un vrai numéro de cinéma. C’est aussi le désert de leur relation, et l’aridité des sentiments d’Esteban qui sont ici métaphorisés.

Après, une légère déception cependant, car si le non-dit règne en maître et c’est très bien ainsi, par moment c’est un peu pompeux, sinueux et le dispositif pourrait finir par lasser sur la durée du film, car c’est parfois comme un trop plein de cinéma qui filme le cinéma. Demeure l’ambition formelle, avec des passages en noirs et blancs spectaculaires et cette tension installée entre la fille et son père, avec cette impossibilité de se dire frontalement les choses. Forcément un moment d’universalité car si nos enfants sont les plus belles personnes que l’on rencontre, le paradoxe de parfois cette impossibilité à se parler fait ici l’objet d’une puissante démonstration.

Au casting, le jeu du monstre sacré face à une actrice moins exposée, fonctionne terriblement. C’est même bien sûr une des clés du film. Et à ce jeu-là, Victoria Luengo est impressionnante. Son trouble, son désespoir sont incarnés en permanence, et elle nous trouble d’authenticité. Plus particulièrement, quand elle voit le paternel qui en fait, sait faire famille avec autre femme et autre enfant. Son jeu est un cri permanent, un amour universel contrarié qu’elle fait vivre à l’écran. Marina Foïs est juste géniale elle aussi dans un rôle tout en placidité. Elle est comme le médicament, le calmant d’Esteban. On adore la voir dans cette composition toute en pudeur et retenue. Javier Bardem, c’est toute une histoire. Son jeu est vivant. Il est d’une puissance inouïe et il pourrait bien emporter une belle récompense à Cannes, ce que nous ignorons à cette heure. Comme une bestialité qui succède à une tendresse qu’il est longtemps incapable d’offrir. Tout l’enjeu, tout son tourment sera dans cette capacité qu’il aura ou pas à enfin s’ouvrir à elle. Il nous communique avec férocité cette urgence. Massif. Au final, El ser querido est un sacré exercice de style. Qui fait un peu le tour de soi-même parfois, mais qui demeure un vrai beau film de cinéma, posant des questions lourdes et fortes.

Titre Original: EL SER QUERIDO
Réalisé par: Rodrigo Sorogoyen
Casting : Javier Bardem, Victoria Luengo, Raúl Arévalo …
Genre: Drame
Sortie le : 16 mai 2026
Distribué par: Le Pacte

BIEN
Catégories :Critiques Cinéma









































































































































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