Avec beaucoup de générosité et de dynamisme, à l’image de sa série, Charlotte Sanson a répondu à nos questions.

Charlotte, entre ton DEA sur les représentations de la masculinité dans le cinéma américain des années 90, puis la Lauréate de la bourse scénariste TV de la Fondation Lagardère en 2011 et passée par le TV Writing Intensive de l’université Columbia, puis ta création du super succès les 7 vies de Léa en 2022, qui est Charlotte Sanson ? les moments clés de ton parcours ? tes influences ?
J’ai eu un parcours sinueux, j’ai mis du temps avant d’oser écrire. Ça peut faire assez peur le parcours de scénariste. Faut oser se lancer. J’ai commencé par la Fémis en distribution exploitation, mais c’était un peu une erreur, même si ça m’a permis de me lancer. J’étais surtout passionné par les séries, comme Six feet under par exemple (2001/2005). En France, ça peinait à décoller. J’ai commencé par être chargée de développement dans une structure de production. J’ai donc vu l’envers du décor, et grâce entre guillemets à un licenciement économique, j’ai pu commencer à écrire Pécheresses, qui s’appelait en fait Le couvent et qui était mon tout premier projet en tant que scénariste. C’était il y a 15 ans. C’était une version qui serait maintenant complètement obsolète. Mais elle m’avait permis d’être sélectionnée au festival des scénaristes à l’époque à Bourges, puis ensuite de décrocher la prestigieuse bourse Lagardère. Pour moi ça a été un tournant, car ça m’a donné la confiance et les moyens de me lancer comme scénariste. Le projet n’a pas vu le jour tout de suite, car c’était encore plus compliqué à l’époque pour une jeune autrice, avec en plus une série, avec que des meufs et sur un format de 26 minutes. Je n’avais pas mis toutes les chances de mon côté pour faire vite !
Tu avais donc déjà le format et déjà cette modernité que tu avais été puisé ?
Oui, c’était déjà les 4 mêmes héroïnes et ce même lieu. Par contre ce qui a complètement changé, c’est le rapport à l’enfermement. Entre temps, il y a eu le confinement et le couvre-feu. Et surtout Internet a complètement explosé entre temps, notamment la question des identités en ligne, de la place que ça prend dans la vie des jeunes gens, jeunes femmes d’aujourd’hui, et même dans la mienne ! Et juste pour boucler sur le parcours, ce qui fait que j’ai tenu ce projet depuis si longtemps et que j’ai jamais lâché en 15 ans, c’est car c’est en fait un projet très personnel. J’ai vécu comme ça dans un foyer ma première année d’études. Une année où je me suis fait mes meilleurs amis, où j’ai commencé ma vie d’adulte, où j’ai commencé ma démarche féministe. Donc il y a quelque chose d’extrêmement personnel dans la série qui continue à m’habiter. Par contre en 15 ans, j’ai passé mon temps à le moderniser, notamment les sujets un peu plus politiques que traite la série, même si c’est fait avec douceur et bienveillance, mais ça peut quand même polariser. La question de la religion a aussi complètement changé entre il y a 15 ans et aujourd’hui. Avec des sujets qui sont revenus sur le devant de la scène.
J’ai lu que tu disais que la série, c’est une bande de meufs que rien n’arrête quand elles sont ensemble, c’est beaucoup ça Pècheresses ? Sur l’importance du collectif et bien sûr de la sororité ?
En fait, quand j’ai vu le film Supergrave en 2005, je me suis dit qu’il fallait absolument faire ça avec des meufs. Entre temps, des séries Nords américaines m’ont devancé. Sur une bande de meufs, dans le cinéma Français, il y en a aussi, mais dans les séries, ça met quand même du temps à bouger. Comme je disais c’est un projet très personnel, mais avec des valeurs très importantes, notamment de montrer l’amitié féminine, qui ne se tire pas dans les pattes et qui traverse ensemble des épreuves de la jeunesse. On peut citer la série M’entends-tu (2018). Ce n’est pas non plus la seule et la première et plus y’en aura mieux ça ira !
C’est toute la question de l’utilité sociale et sociétale de la série, donc toute cette complexité d’être jeune femme, autour de la religion, de la sexualité, tu fais œuvre utile ?
On peut le voir comme ça. J’ai essayé vraiment de rester à hauteur de mes personnages, d’être à fond avec elles, qu’on ressente leurs émotions. Tout en faisant attention effectivement à ce que ça ne heurte pas qui que ce soit. Je voulais parler des sujets avec bienveillance et avec la comédie, qui permet de prendre de la distance. Je voulais qu’on soit au premier degré à fond avec les personnages, c’était l’intention majeure.

Pècheresses, c’est aussi très punk, rock, frais et contemporain, à la lisière du cartoon, avec des sujets graves portés avec légèreté dans un grand sens de la comédie, c’est aussi une philosophie d’essayer de dédramatiser, c’est de l’espoir finalement ?
Je voulais surtout montrer la réalité telle que je la vois. Aujourd’hui on assiste à une sur dramatisation avec notamment la presse. Il y a des sujets, c’est juste la vie. Ces jeunes filles elles ont juste la fougue de leur âge, elles se posent des questions de leur âge, et le recours à la comédie, ce n’est pas tant un artifice qu’un truc qui me vient naturellement, car c’est le ton que j’aime employer dans ce que j’écris comme dans la vie. Le côté Cartoon, mes références ciné sont vraiment de ce côté-là, Bottoms (2023) de Emma Seligman. C’est vrai que j’adore les films qui arrivent à nous faire rire, tout en vivant des émotions fortes avec les personnages. Après, Pécheresses, c’est aussi des moments plus tendres, et parfois plus durs. Je tenais beaucoup à ce mélange de genre. Pour ça, Bottoms m’a beaucoup aidé, pour voir que l’on pouvait faire cohabiter tous ces genres.
Pécheresses, c’est tout à la fois se sentir moins seule pour beaucoup de jeunes femmes, mais aussi des clés de compréhension pour tous les autres ?
Ça, je le dirais avec humilité, car je suis plus âgée que mes personnages. J’ai essayé des les dépeindre comme je les vois, avec sincérité et un peu d’intime, car proches de moi quand même, mais aussi ce que je trouve passionnant dans cette génération Z, et notamment un rapport à Internet qui est trop souvent stigmatisé comme quelque chose d’abrutissant alors que c’est aussi une génération qui se cultive énormément, se politise, qui reconnait des formes de spiritualité, et tout ça en grande partie grâce à internet et à tout le savoir qui se trouve en ligne. Je trouve qu’on met trop souvent en avant le côté négatif d’Internet, qui certes existe, mais il existe aussi le positif du côté du savoir collectif et de l’entraide.
L’importance du collectif, et d’une sororité si puissante face caméra que l’on imagine du coup très vivante hors champ ?
Il y avait un gros enjeu sur la constitution de la bande. J’ai passé beaucoup de temps avec les 4 actrices principales. Elles ont vraiment appris à se connaître et entre elles ça a très vite pris. Elles ont été de suite une bande copines, comme si elles se connaissaient depuis toujours, ce qui a vraiment infusé la série. Il y a plein de moments où c’est très réaliste, quand elles se prennent dans les bras pour se réconforter. Par ailleurs, il y a la bande des comédiennes, mais aussi elle des techniciennes, que je mets au féminin car on était beaucoup de femmes, de personnes queer. C’était une équipe très à fond derrière le projet pour son aspect politique et la mise en avant de l’amitié féminine que porte la série. Tout ce petit monde, de la même génération a donné une énergie colossale à ce projet. Une énergie qui vient compenser le manque de moyens. J’ai eu de la chance d’avoir une équipe qui m’a suivi à 200% et qui a été très inventive.
Des projets pour la suite dont tu peux nous parler ?
Déjà, j’avais participé en collaboration à l’écriture au premier long métrage de Aurélien Peyre, L’épreuve du feu en 2025, et je collabore au prochain. Je travaille également sur le deuxième long métrage d’Alexis Langlois comme co-autrice. Je suis en train d’écrire avec Hélier Cisterne et Katell Quillévéré, les créateurs du Monde de demain (2022), une série pour Canal plus, une série à beaucoup plus gros budget que Pécheresses, qui va peut-être mettre du temps à voir le jour car compliqué à monter, mais qui est une série à laquelle je crois beaucoup. De manière plus embryonnaire, je développe aussi un premier long en tant qu’autrice réalisatrice, dans le même esprit que Pêcheresses.
Une question pas posée, un message que tu veux faire passer ?
Pécheresses est un type de série que vous verrez peu à la télé Française. Le format de 26 minutes a permit à des séries que je trouve exceptionnelles comme Irresponsable (2016/2020) par exemple d’exister. Il faut absolument que ça continue. Si vous aimez ce type de format, regardez-les pour les soutenir et pour qu’il y en existe d’autres dans le futur.
Propos recueillis par JM Aubert
Merci à Eléonore Heuzé de l’agence French Lights qui a permis à cette interview de se faire et à Charlotte Sanson pour sa disponibilité.
Catégories :ENTRETIENS








































































































































