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FEUD : LES TRAHISONS DE TRUMAN CAPOTE (Critique Mini-Série 1×01 – 1×02) Un casting en or pour un démarrage sans intérêt évident…


SYNOPSIS : Le célèbre écrivain, Truman Capote, poignarde dans le dos plusieurs de ses amies – qu’il appelait ses « cygnes » – en publiant un roman intitulé « La Côte Basque 1965 » dans Esquire en 1975.

Capote vs. The Swans, le deuxième chapitre de l’anthologie Feud crée par Ryan Murphy, Jaffe Cohen et Michael Zam en 2017, aura donc mis quasiment 7 ans pour arriver. Ce processus long, témoin d’un changement de direction dans sa production (la première version du script devait s’intéresser à la relation riche en péripéties entre le Prince Charles et la Princesse Diana), aura alors accouché de cette deuxième saison, plongeant les habituelles intrigues excentriques de Ryan Murphy à travers une période houleuse de la vie de l’écrivain Truman Capote.

Interprété par un Tom Hollander grimé signant une interprétation haute en couleurs (qui aura d’ailleurs comme plus gros défaut d’être malgré lui victime de la figure plus grande que nature de son personnage), le Truman Capote de Feud est celui qui serpente à travers les hautes sphères aristocratiques de l’Amérique mondaine, et ces femmes que l’on surnomme « The Swans ». Alors que les écrits scandaleux de Capote, très largement inspirés des vies de ses supposées amies, se retrouvent publiées aux yeux de toutes l’Amérique, l’écrivain se retrouve officieusement banni de ce monde et de ces Cygnes qui cherchent désormais à riposter…

Pour mettre en boîte les premiers épisodes de cette toute nouvelle saison, Ryan Murphy fait appel à ni plus ni moins que Gus Van Sant, lequel offre à ces deux premiers épisodes un sens de la direction de comédiens très convaincant. Pour conter ce conflit vicieux et riche en trahisons, dont la source réelle est déjà surchargée en rebondissements et en tragédies, Feud scrute du dessus les relations qui font vibrer ces sphères aristocratiques, détachées du réel, qui voient petit à petit leur monde s’écrouler lorsque leurs secrets sont mis à la vue de tous à travers les écrits extrêmement populaires de Capote. Ces deux premiers épisodes, qui amorcent le conflit à venir tout en s’intéressant à la nature insidieuse de ces personnages, ambitionnent alors de mêler la beauté formelle de l’image et du travail de reconstitution avec le sens de la narration que l’on connaît déjà à Murphy. Mais Feud, bien qu’il cherche dans l’histoire américaine des figures aussi uniques et singulières que Truman Capote et son franc-parler mythique, a alors bien du mal à raconter quelque chose, restant trop en surface de ses personnages pour réussir à les percer à jour ou à rendre le conflit qui plane encore plus percutant. La performance de ces premiers épisodes provient surtout de son casting 5 étoiles, qui pose face à un Tom Hollander méconnaissable une brochette de stars bien apprêtées. Sont alignées rien de moins que Naomi Watts, Demi Moore, Diane Lane, Chloë Sevigny, Calista Flockhart et Molly Ringwald, dessinant chacune à sa façon un portrait de femme aisée blessée d’une façon ou d’une autre.

Mais l’obsession de démonstration de cette saison fait de ce conflit Capote vs The Swans un tableau en grande pompe qui s’effrite sous le poids de son artificialité. A force de passer au vitriole la toxicité et la déconnexion des élites mondaines de l’Amérique, la série s’efforce dans un univers trop affriolant et trop excentrique pour véritablement passionner les foules. Cependant, il est certain que les amateurs des œuvres de Ryan Murphy se régaleront. Après ces deux épisodes d’introduction, peut-être trop lisses pour leur ambition originale, cette deuxième saison de Feud démarre sans vraiment se démarquer durablement, patinant dans son envie de drama et de trahison aristocratique pour plus s’intéresser à sa performance formelle et à l’interprétation bien guidée de son casting. On pourrait espérer plus de folie de la suite de cette saison, qui semble pour le moment rester quelque peu en surplace, se laissant presque entièrement cannibaliser par l’excentricité de son personnage principal. Bref, un casting en or pour un démarrage sans intérêt évident, un conflit vide sans brio, un Ryan Murphy qui manque de dorure et qu’on espère retrouver dans les épisodes qui suivent.

Crédits : Canal+

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