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SYNOPSIS : Après des années passées loin du monde des humains, les frères Tortues entreprennent de gagner le cœur des New-Yorkais et d’être acceptés comme des adolescents normaux grâce à des actes héroïques. Leur nouvelle amie April O’Neil les aide à s’attaquer à un mystérieux syndicat du crime mais ils se retrouvent dépassés par les événements lorsqu’une armée de mutants se déploie contre eux.
Une naissance sur des pages de comic-books américains, une armada de méchants burlesques et hauts en couleur, une étonnante histoire de super-pouvoirs et de mutations en plein New-York, des adaptations diverses et variées dont des erreurs de parcours en live-action et des apparitions télévisées qui ont durablement marquées leurs générations : on dirait qu’on parle de Spider-Man, mais il est pourtant bel et bien question des fameuses Tortues Ninjas crées par Kevin Eastman et Peter Laird en 1984. Leur traversée des écrans cinématographiques aura – comme le tisseur de Marvel – connu des hauts et des bas (même s’il est plutôt question de bas, dans le cas de nos chers reptiles martiaux) et après le diptyque actioner bourrin supervisé par Michael Bay entre 2014 et 2016, c’est sous la forme d’une renaissance animée que la saga revient au cinéma, suivant le chemin déjà tracé par Spider-Man avec ses deux premiers Spiderverse. Produit par Seth Rogen, Evan Goldberg et James Weaver, ce Mutant Mayhem signé par les réalisateurs Jeff Rowe (co-metteur en scène de l’excellent Les Mitchell contre les Machines) et Kyler Spears pour adapter le scénario de Brendan O’Brian. Dans cette toute nouvelle version, les tortues sont contées comme des adolescents, vivant reclus dans les égouts de NY sous la tutelle et l’entraînement intensif de Splinter. Mais Donnie, Raph, Leo et Mikey envient de plus en plus le monde des humains et cherchent alors à se faire accepter en devenant des héros à la surface. Ils se mettent alors, dans le dos de leur père et avec l’aide de la jeune et déterminée apprentie journaliste April O’Neil, à la poursuite d’un criminel notoire, Superfly, pour arrêter ses méfaits. Mais les tortues découvrent sur leur chemin d’autres mutants, comme eux, et seront alors vite mis face à un choix…

Car c’est avec un esprit jeune et moderne, et un ton adolescent purement contemporain, que cette nouvelle réinvention de la mythologie des Tortues tente de redesigner leur image. Les quatre protagonistes profitent d’une écriture à la fougue enfantine et à l’ambition évidente pour les catapulter dans les affres de l’adolescence et de l’acceptation de la différence. En faisant le choix de l’animation (en grande partie rassurée par le succès colossal de Spiderverse avant lui) pour littéralement peindre ses personnages et son univers mutagène et liquoreux, Nickelodéon joue à revenir à l’essentiel du travail de la forme, offrant une composition esthétique très soignée et une ribambelle de références artistiques. Car, s’il est effectivement un produit porté par les dernières aventures de Spider-Man et leurs réinventions visuelles et industrielles évidentes, ce nouveau Tortues Ninjas est surtout motivé par une époque et par une envie fulgurante d’apporter à la génération actuelle sa propre imagerie et son identité unique, en s’aventurant à citer L’Attaque des Titans ou La Folle Journée de Ferris Bueller tout en s’inspirant des expérimentations d’Arcane ou du Chat Potté 2 récemment. Grâce à son humour indiscipliné mais revigorant, son ton innocent et particulièrement attachant, ou sa musique saisissante qui signe les merveilleux Trent Reznor et Atticus Ross pour poser l’action et l’émotion avec talent, ce Teenage Years (traduction » française « du Mutant Mayhem original) trouve un cœur immense sous sa carapace et sa peinture chaotique qui fonctionne à plein régime.

Mais la vraie bonne idée de départ du film fut probablement de caster 4 adolescents pour redonner vie à ces Tortues next gen, pour leur apporter répartie, cool attitude et maladresse générationnelle tout en leur laissant la possibilité de s’approprier leurs caractéristiques respectives. Même si c’est au final Leonardo qui gagne le plus au change en étant le centre du récit (son rôle de leader est la question principale de cette histoire), laissant un peu les personnalités de Raphael, Michelangelo et Donatello en second plan (bien qu’on ait l’impression qu’il s’agirait là des sujets principaux de la déjà quasi-certaine suite du projet), le quatuor francophone Jean-Stan Du Pac/Kylian Trouillard/Aloïs Agaësse-Mahieu/Arthur Raynal excelle dans son unité, dans ses complémentarités, dans ses ruptures et dans sa bonne humeur constante, posant les bases d’une excellente version française – en dépit de ce que les annonces de star-talent en son sein pouvaient laisser penser. Si Gérard Darmon pose un Splinter convaincant sans non plus transcender le rôle, c’est le surprenant Sofiane Zermani qui frappe le plus avec son curieux, nerveux et gangster-en-herbe Superfly, bad guy absurde de luxe au look de mouche mutante géante et paranoïaque qui guide ce récit à l’énergie folle et constamment réinventé par l’extravagance de ses personnages. On pense notamment à Mondo, un Gecko très amical et complètement barré, produit de Paul Rudd en VO, qui trouve en Jérôme Niel un interlocuteur hilarant en français.

Pour son humour sans retenu (qui sent à fond les vannes de la bande à Rogen en restant à hauteur d’adolescent – bien qu’une belle scène de vomi rappelle ponctuellement son origine), son cœur immense et l’inventivité réjouissante de l’animation conçue par les studios Mikros et Cinesite, cette nouvelle réadaptation des Tortues Ninja emmène ses héros avec beaucoup de nostalgie et d’ambition visuelle dans un New York déformé où les vrais mutants semblent être les humains, dont les visages tordus accompagnent l’univers désaxé et savoureusement chaotique du film. En évoquant l’âge d’or de la série télé par le prisme de la génération 2010 avec un rythme endiablé et un travail esthétique jubilatoire (même si quelques petites « expressions de jeunes » entachent un peu l’unité de la version française en dissonant par leur déconnexion), ce Teenage Years est un plaisir évident, une bulle d’action profondément attachante, parcours explosif de quatre adolescents qui cherchent à se faire accepter, d’un père qui surprotège ses fils de la violence de la discrimination, d’une journaliste en herbe à l’ambition débordante et d’une armada de mutants animaliers qu’on a déjà hâte de recroiser dans un prochain volet. Si tant est que, comme Spider-Man, ce reboot passionné trouve son public pour avoir le droit à une suite encore plus créative.

Titre Original: TEEANGE MUTANT NINJA TURTLES : MUTANT MAYHEM
Réalisé par: Jeff Rowe, Kyler Spears
Casting : Aloïs Agaësse-Mahieu, Micah Abbey, Hannibal Buress …
Genre: Animation, Action, Aventure
Date de sortie : 09 Août 2023
Distribué par: Paramount Pictures France
EXCELLENT
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020








































































































































