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SYNOPSIS : Daniel Ciello, un policier réputé intègre, est contacté par des agents du FBI. Ceux-ci lui demandent d’enquêter sous couverture pour mettre un terme à un trafic de drogues. Des personnalités bien en vue seraient impliquées dans le réseau qui arrose New York de stupéfiants. Daniel accepte. Il est ainsi amené à enregistrer des conversations entre un avocat et un trafiquant notoire. Lorsque Mascone, un de ses amis policier est arrêté, Daniel comprend qu’il a été manipulé. Les fédéraux ne lui ont pas tout dit. Les renseignements qu’il transmet ont pour but de faire accuser des policiers. En prison, Mascone se suicide. Daniel veut laver son honneur.
Sidney Lumet dans Le prince de New York épouse ici dans les menus détails nombre des thèmes qui lui sont chers, entre l’homme dans ses failles face à des institutions, elles-mêmes dans leurs parfaites incomplétudes. Avec notamment au cœur, le redoutable exercice des pressions que l’on peut subir à son paroxysme. L’on pensera évidemment à Douze hommes en colère (1957), Network, Main Basse sur la télévision (1976) ou encore Les coulisses du pouvoir (1986). C’est à chaque fois comme une déconstruction des névroses de nos civilisations que le cinéaste nous offre dans cette dichotomie qui oppose l’individu au collectif. Et tout de suite, Le prince de New York, ça sent la grosse pomme à plein nez. Sidney Lumet connaît parfaitement la ville dont il est originaire et il sait la rendre incroyablement vivante à l’écran. Elle est comme l’héroïne majeure du film. La plongée est totale. Une plongée en forme d’impitoyabilité tant les codes de la loi de la rue new yorkaise sont disséqués à souhait, comme sait si bien le faire Lumet dès qu’il s’attaque à un sujet. Les princes de New York, ce sont surtout les rois de la corruption. Pendant 2h48 qui ne les font pas, tant le rythme haletant nous entraîne, c’est un enchaînement d’intrigues et de sous-intrigues dans un engrenage comme irrémédiable. C’est aussi la petite difficulté de cette œuvre d’ampleur de Lumet, tant il faut parfois s’accrocher pour garder le fil conducteur du récit. C’est le léger revers de la médaille de la démonstration absolue du cinéaste.

Pour autant, dans une mise en scène palpitante, Lumet filme l’urbanité avec un évident talent et fait passer nombres de messages sur bien sûr la dénonciation de la corruption à tous les étages, pour les puissants, qu’ils soient armés de flingues, de dollars ou des deux. Thème qu’il avait bien sûr déjà complètement développé dans le passionnant Serpico (1974). Mais une des forces du Prince de New-York est qu’il n’est ni moralisateur ni manichéen, car en poussant à l’extrême son antithèse d’incorruptibilité, il en déploie également toutes les limites. Car finalement, la justice n’est rendue que par des hommes.

C’est finalement une cynique mais lucide variation sur la morale, sur nos médiocrités ordinaires et nos lâchetés du quotidien. Au travers du personnage de Daniel Ciello, que Lumet rend iconique, c’est toute la figure symbolique du policier qui n’est ici pas le meilleur des infaillibles justiciers. C’est ainsi que Le prince de New-York va déployer toute une galerie d’anti-héros, entre vrais salauds, représentants de l’ordre froids et austères et Ciello donc, qui en voulant se racheter une conscience va se retrouver face à lui-même. Et il semble que Ciello, c’est un peu nous tous, dans les saillantes contradictions qui jalonnent les parcours de vie, entre la gestion du réel, les rêves d’idéaux, et nos quotidiens faibles compromis qui font de toutes et tous des simples mortels. C’est ici que Le prince de New-York touche à une universalité glaçante et somme toute passionnante.

Le casting est emporté par Treat Williams, dans le rôle de Ciello. Il est d’à peu près tous les plans, pendant presque 3 heures de film et il ne nous ennuie jamais. C’est dire la performance de l’acteur. Il passera par toutes les émotions. Détendu, rigolard, prince de New York. Puis dans cette envie mal maîtrisée de rachat, il va avancer dans un chemin absolu de douleurs, de peurs, de rage, déployant ainsi une impressionnante multitude de facettes. Une prestation théâtrale chère à Lumet, mais jamais théâtralisée, car toujours dans la justesse de l’authenticité. La doublure de Travolta dans Grease (1978) trouve avec Le prince de New-York clairement le rôle de sa carrière. A noter également la présence de Jerry Orbach dans le rôle de Gus Levy. Une figure qui nous est tant familière très certainement car il joue le père de Bébé (Jennifer Grey) dans Dirty Dancing (1987) et bien sûr l’inspecteur Lennie Briscoe dans le feuilleton à succès New York District (depuis 1990). Dans Le prince de New York, sa silhouette, son visage émacié en font une véritable gueule, de celles qu’on n’oublie pas. Au final, Le prince de New-York est un régal de cinéma total, qui se regarde à l’aune d’un immense cinéaste qui découpe au scalpel tout ce qu’il touche. Le film est ample, labyrinthique en termes de densité, mais jamais ennuyeux et toujours dans une nervosité qui nous scotche délicieusement au fauteuil.

Titre Original: PRINCE OF THE CITY
Réalisé par: Sidney Lumet
Casting : Treat Williams, Jerry Orbach, Richard Foronjy …
Genre: Policier, Drame
Sortie le: 13 Janvier 1982
Distribué par: –
TRÈS BIEN
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 80








































































































































