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SYNOPSIS : Les Apaches de la bande à Leca, des voyous qui hantent le quartier de Belleville, ont investi avec leurs femmes une guinguette du bord de Marne, à Joinville-le-Pont. Marie, une prostituée surnommée Casque d’or en raison de son étincelante chevelure, s’est fâchée avec son amant du moment, le distingué Roland. Surgit alors Raymond, accompagné de son ami d’enfance, Manda, un ancien Apache reconverti en charpentier sérieux et convaincu. Entre la belle et le charpentier, le coup de foudre est immédiat. Une passion destructrice, sur fond de rivalité au sein du gang, unit les deux amants…
S’attaquer à Casque d’or, c’est commencer par souligner la méticulosité de son cinéaste, Jacques Becker. Une façon de filmer une forme d’intériorité, en ne cherchant jamais à être spectaculaire. Il a débuté auprès de Jean Renoir, ça vous classe un personnage. Il aura aussi développé de tout temps une proximité aussi bien avec les techniciens qu’avec les acteurs. C’est un aventurier du collectif. Le film n’aura pas rencontré réellement son public à sa sortie, échec forcément douloureux pour le cinéaste alors qu’il est devenu depuis légitimement comme un classique des classiques, qui fera justement le lien entre le classicisme du cinéma d’avant-guerre et la modernité de la nouvelle vague. Casque d’or porte déjà une audace, une tonalité sur un mode précurseur dans la façon aussi bien de raconter une histoire que de la filmer. A noter que Casque d’or s’inspire en partie d’une histoire vraie avec deux hommes qui se sont battus pour les beaux yeux d’une prostituée nommée Amélie Elie. On est au cœur ici précisément d’une folle histoire d’amour, d’une tragique histoire d’honneur et d’un sens chevillé au corps du devoir. La mélodie lancinante et dramatique du Temps des cerises (1868) vient donner comme une note finale à la tragédie d’une histoire déjà bouleversante en soi. Les plans notamment sur Simone Signoret sont absolument mythiques. Elle paraît comme accompagnée d’une forme de lumière divine, magnifiant d’autant plus ses iconiques apparitions. La restauration de l’œuvre vient l’amplifier et l’anoblir.

Casque d’or, c’est aussi l’ambitieux croisement entre une histoire d’amour prenante et pour laquelle le spectateur est tout de suite en empathie, et un véritable polar, où la aussi l’ensemble est haletant dans un Paris de la belle époque, où il ne fait pour autant pas bon de fricoter avec Leca et la bande des apaches. L’esthétisme est partout également sur la forme, mais surtout sur certains moments, tels des tableaux, parfaitement soignés. On est grisés avec le couple Signoret / Reggiani, comme des amoureux encore tout étourdis, le matin, réfugiés à la campagne, avec l’odeur du café. Si l’on pressent le drame, la chaleur charnelle, la puissance de leur sentiment amoureux écrasent tout. Ils sont heureux et cachés, c’est le premier matin du monde. La danse des amoureux sur la mélodie de Plaisir d’amour (1931) qui sera le socle fondateur de leur histoire, car on la reverra à un moment clé est aussi un des frissons d’émotions qui parcourt l’œuvre. Il y a des scènes mythiques donc, mais qui sont aussi sublimées par une galerie d’acteurs, impressionnants de maîtrise, de naturel et de force. Claude Dauphin, qui joue le chef de meute, Felix Leca plus retors que le personnage joué par Jean Gabin dans Touchez pas au grisbi (1954) du même réalisateur. Il est tellement classe, et on adore le haïr. Raymond Bussières, qui donne une authenticité très humaine à son interprétation, sa voix chaude, sa présence rassurante en fait une figure autant incontournable que chaleureuse de Casque d’or.

Serge Reggiani qui joue un Manda, plein d’amour et d’honneur. L’acteur est dans une totale incarnation, c’est le parfait amoureux, c’est le refus de l’association de malfaiteurs, il est engagé, beau et hautement convaincant, et qu’il le fallait pour être à la hauteur de sa partenaire. Oui, Simone Signoret, pour ici son rôle le plus emblématique, qui épousera un certain Yves Montand l’année du film. Une forme d’épanouissement se lit sur son visage face caméra. Elle est souveraine, oui dans Casque d’or, c’est une reine. Ce regard de Simone, quand elle se retourne… Un grand moment du cinéma français et pas uniquement. Le couple qu’elle forme à l’écran avec Reggiani est à classer parmi les histoires les plus fortes du cinéma français, et là aussi, plus loin encore. Et justement tout à son bonheur personnel, Signoret avait dans un premier temps refusé le rôle.

Le malicieux Becker lui confessa le nom de deux actrices qui étaient pressenties pour la remplacer… Il n’en fallut pas plus pour qu’au final elle accepte. Grand bien lui en a fait pour elle, pour nous, pour l’art en général et pour le cinéma en particulier. Casque d’or se regarde aujourd’hui avec le même plaisir car il nous replonge dans cette belle époque, mais au-delà, son message est universel, c’est un bout de notre histoire, mais c’est aussi une variation éternelle, intemporelle sur ce qui nous guide et nous lie, l’amour.

Titre original: CASQUE D’OR
Réalisé par: Jacques Becker
Casting: Simone Signoret, Serge Reggiani, Claude Dauphin…
Genre: Drame, Comédie
Sortie le: 13 mars 1952
Reprise le : 26 octobre 2022
Distribué par : Les Acacias
EXCELLENT
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 50








































































































































