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De par la trajectoire sismique de son curieux et extra prolifique début de carrière, il n’est pas étonnant de voir le génial Raphaël Quenard en tête d’affiche d’un projet à haute ambition bleu blanc rouge chez Netflix. S’il tenait déjà il y a quelques semaines l’un des deux premiers rôles du salué Chien de la Casse, Quenard est une force singulière, un comédien en décalage complet avec ses contemporains dont la justesse comique sidérante rend chacune de ses interventions instantanément mémorables (sa filmographie regroupe d’ores et déjà les noms de Bonello, Dupieux – pour qui il sera Yannick dans quelques semaines dans le long du même nom – , Salomé et Audiard, en plus de ses seconds rôles notables dans le Coupez ! d’Hazanavicius ou le Fragile d’Emma Benestan). Ce Juillet, il est Daniel Sauveur sous la caméra de Jérémie Rozan, un jeune Chartrain un peu paumé, remonté contre la Haute, l’empire qui contrôle la ville : la famille Breuil. En besoin d’emploi, il se fait embaucher dans l’une de leurs usines de conception de parfum, avant de trouver une faille dans le système. Sauveur manœuvre sa petite révolution – qui va vite tourner au casse en bande organisée – avec l’aide de son meilleur ami Scania et sous le regard vengeur de sa Directrice RH Virginie. Mais la petite magouille attire vite l’attention de Patrick Breuil, le jeune et tout nouveau patron à la tête de l’empire… Sous l’influence des classiques du film de casse à ambiance mafiosos et rise and fall (Scarface, Casino et Ocean’s Eleven sont joyeusement conviés) pour mettre en boîte l’histoire habile d’une petite magouille qui se transforme en récit de gang, d’équipe et de manipulation, Rozan fabrique un film aux multiples ambitions, qui fournit son plus grand intérêt dans son rythme endiablé, dans sa danse de chariots de parfums et dans la cohésion jouissive qui se construit au sein de son casting. Dans la lignée de sa filmographie, Raphaël Quenard mène à la baguette une partition génialement complète, jouant à la fois de son aspect de doux loser pathétique et de sa force de parrain de la mafia en puissance.

Agathe Rousselle (éblouissante révélation de Titane) sert elle aussi un rôle dont l’écriture s’évapore un peu en fin de parcours, mais qui porte le film d’une once d’esprit vengeur et calculateur à l’amorce de son casse. Et en périphérie, Igor Gotesman joue le sidekick barré, Antoine Gouy livre un antagoniste débutant presque sorti de la famille Roy, et Youssef Hajdi tente de prendre tout ce petit monde au piège dans un double jeu malicieux.

S’aventurant avec panache et une ambition visuelle très plaisante dans les rouages d’une petite magouille qui se change en entreprise criminelle à grande échelle, jonglant entre les problèmes personnels, les trahisons potentielles, les imprévus systémiques et la dissimulation de preuves, Cash est un film de casse très attachant et décidément bien rythmé qui s’amuse avec ses figures et son casting pour monter un conflit de classes à la fois improbable et électrique.

Avec des pointes d’humour tordantes et une flopée de punchlines chirurgicales, Jérémie Rozan signe une exploration criminelle à la fois pop et référencée qui, bien que son scénario n’évite pas réellement les poncifs du genre, enthousiasme par sa fraîcheur, sa liberté de ton et son envie conséquente d’imagerie. Cash est un plaisir en bonne et due forme qui se sert de ses évidentes maladresses formelles comme une preuve de son authenticité et de son ambition locale.

Titre original: CASH
Réalisé par: Jérémie Rozan
Casting : Raphaël Quenard, Agathe Rousselle, Igor Gotesman …
Genre: Comédie, Drame
Sortie le: 06 Juillet 2023
Distribué par : Netflix France
TRÈS BIEN
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020









































































































































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