Critiques Cinéma

TÁR (Critique)

SYNOPSIS: Lydia Tár, cheffe avant-gardiste d’un grand orchestre symphonique allemand, est au sommet de son art et de sa carrière. Le lancement de son livre approche et elle prépare un concerto très attendu de la célèbre Symphonie n° 5 de Gustav Mahler. Mais, en l’espace de quelques semaines, sa vie va se désagréger d’une façon singulièrement actuelle. En émerge un examen virulent des mécanismes du pouvoir, de leur impact et de leur persistance dans notre société. 

Tár signe le grand retour derrière la caméra de Todd Field depuis son Little Children en 2006. Son passage remarqué à la Mostra de Venise, sa sortie saluée sur le territoire américain fin 2022 et les compliments signés au film par Martin Scorsese en personne auront tôt fait de ce gros morceau de 2h38 l’un des moments de cinéma les plus attendus de ce début 2023 en France. Tár nous raconte l’histoire de la protagoniste éponyme, Lydia Tár, cheffe d’orchestre prestigieuse, membre des très selects récipiendaires EGOT (compositeurs ayant à leur palmarès un Emmy, un Grammy, un Oscar et un Tony) sur le point de conduire la prestigieuse et rarissime 5e Symphonie de Mahler – un véritable évènement dans la sphère classique. Tár jongle entre sa relation avec sa femme Sharon, également premier violon de son orchestre, son assistante Francesca (interprétée avec brio par la géniale Noémie Merlant), sa nouvelle et jeune recrue Olga, et le fantôme d’une de ses anciennes élèves décédée tragiquement quelques temps avant le début du film. Lorsque Tár s’ouvre en nous présentant son personnage d’une façon particulièrement élogieuse, et qu’il la laisse se dévoiler dans une introduction dialoguée proprement stupéfiante, le cœur du projet se dévoile : Cate Blanchett porte l’entièreté du film sur ses épaules, proposant une partition extraordinaire en fournissant autant de profondeur à son personnage que Todd Field va s’amuser à sonder tout au long de son récit. Lors de cette conférence inaugurale qui montre spectaculairement la liberté de penser, la verbe exigeante et la culture musicale infaillible de sa protagoniste, le metteur en scène américain casse les codes du drame classique en peignant un personnage vertigineusement réaliste, rugueux, acerbe et passionnant à écouter. Mais Lydia Tár n’est pas qu’un symbole de success story, elle est aussi une femme puissante confrontée à un milieu masculin dans laquelle elle se plaît à mettre le pied.

Et c’est cette exigence et cette rigueur intellectuelle qui est creusée dans la suite du long-métrage, notamment dans cette scène remarquable où l’on suit la cheffe d’orchestre donner un cours de classique dans un amphithéâtre, avant d’être coupée par un élève lui faisant remarquer que Jean-Sébastien Bach n’était pas un homme de valeur, et qu’il se refuse alors à jouer sa musique. Lors d’un ping-pong argumentaire de haute voltige, Lydia va faire un déballage spectaculaire de son talent du maniement des mots jusqu’à provoquer une humiliation en bonne et due forme de son interlocuteur. Tár est à l’instar de sa protagoniste une œuvre exigeante et brute de décoffrage, parfois passionnante et parfois prétentieuse, dont les 2h38 de durée couvrent les péripéties quotidiennes et autres questionnements personnels.

C’est dans son dernier tiers que le film prend son sens, en décortiquant les mécanismes qui préfigurent la chute violente dont Tár va être victime, une conclusion qui, même si l’exécution paraît un peu sommaire dans sa finalité, s’inscrit dans une actualité importante et dans une peinture impressionnante de la toxicité des élites et du pouvoir. Ce dernier acte agit comme une manifestation fulgurante du karma, remettant complètement en cause l’image que le film nous a donné de sa protagoniste.

En composant un casting stupéfiant au sein de sa mise en scène enlevée et particulièrement efficace, Todd Field dirige son Tár avec une musicalité impressionnante, même s’il ne brille pas par sa modestie en alignant les réflexions intellectuelles ronflantes pendant ses 2h30 au service de la chute de sa protagoniste. Au centre du maelstrom, la maestro Cate Blanchett signe la symphonie de sa carrière, en incarnant avec une profondeur épatante cette femme aux multiples facettes qui se déploie et se dévoile au fil que les scènes avancent. C’est dans cette mesure que Field nous offre une œuvre tentaculaire, en partie empoisonnée par son propos abrasif et sa mise en scène rocailleuse qui laisse ses plans respirer pour mieux couper la respiration de son spectateur. Tár est une proposition au cordeau et au rythme saccadé qui emmène le cinéma dans toujours plus de passion, de virtuosité, de pluralité, de toxicité et de profondeur. Car Lydia Tár tutoie le sommet et les abysses, sans jamais quitter l’écran de sa présence surnaturelle et de son image d’un ancien temps désormais en danger.

Titre original: TÁR

Réalisé par : Todd Field

Casting: Cate Blanchett, Noémie Merlant, Nina Hoss …

Genre: Drame, Biopic, Musical

Sortie le:  25 Janvier 2023

Distribué par : Universal Pictures International France

EXCELLENT

3 réponses »

  1. « elle prépare un concerto très attendu de la célèbre Symphonie » dire plutôt elle prépare un concert très attendu de la célèbre Symphonie …

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