Critiques Cinéma

BATTLEFIELD EARTH TERRE CHAMP DE BATAILLE (Critique)


SYNOPSIS: En l’an 3000, la Terre n’est plus qu’un desert, et l’homme une espece en voie de disparition. Mille ans auparavant, les feroces Psychlos ont envahi notre planete, aneanti ses defenses, rase ses villes et aboli ses institutions. Le chef de la securite des Psychlos, Terl, est un des personnages les plus redoutes de cette Terre barbare. Au milieu des Rocheuses, vit un jeune et heroique chasseur, Jonnie Goodboy Tyler, decide a redonner espoir et dignite aux siens. Capture, il rejoint la cohorte des esclaves de Terl.

On ne sait pas s’il y a des éditeurs vidéo atteints de folie des grandeurs ou de pulsion kamikaze, mais en l’état actuel des choses, on peut clairement tirer notre chapeau à ESC Distribution qui, au beau milieu d’un sacré rouleau-compresseur de rééditions de films, a eu les cojones de sortir Battlefield Earth sur galette Blu-ray. Non seulement la chose avait depuis longtemps trouvé sa place au rayon « nanars historiques » de la DVDthèque d’une poignée de cinéphiles pervers (dont l’auteur de ces lignes !), mais on ne voit surtout pas quel spectateur néophyte aurait la décence de vouloir se la procurer au vu de son affiche, de son propos, de son origine, de sa réputation et de la démarche de son acteur-producteur principal. Parce qu’on se retrouve là face au « bébé » d’un John Travolta désireux de donner vie à un double rêve personnel : d’une part accomplir un vrai acte de création en tant que producteur, d’autre part adapter le roman éponyme de science-fiction de L. Ron Hubbard, connu pour être ni plus ni moins que le créateur de l’Eglise de Scientologie.



La star ressuscitée de Pulp Fiction avait mis les gros moyens à sa disposition : un spectacle de SF promu comme une réponse ambitieuse à Star Wars, supervisé par l’ancien directeur artistique d’Alien (Roger Christian, recommandé à Travolta par George Lucas en raison de son travail de réalisateur de seconde équipe sur La Menace fantôme), budgeté à 44 millions de dollars et nanti d’un casting particulièrement classieux. Jugez plutôt : outre Travolta lui-même dans le rôle du super-vilain, on retrouve ici Barry Pepper, Forest Whitaker, Kim Coates, Kelly Preston (alias Mme Travolta, ici dans un rôle de pute alien à grosse langue !), Richard Tyson (oui oui, le bad guy d’Un Flic à la maternelle !) et même Marie-Josée Croze dans l’un de ses tous premiers (petits) rôles ! Le résultat, on ne le connait que trop bien. En dépit du retour enthousiaste de quelques cinéastes (dont George Lucas et Quentin Tarantino, probablement soudoyés pour l’occasion ou pris en flagrant délit de copinage), la chute fut terrible et l’atterrissage fatal : un film auréolé depuis sa sortie à l’été 2000 d’une place de choix parmi les pires films jamais réalisés, un désastre co(s)mique qui aura réussi à causer la faillite totale de Franchise Pictures (parce qu’accusée d’avoir illégalement gonflé le budget réel du film afin d’arnaquer ses investisseurs, ce qui constitue un cas grave de fraude) et une razzia massive sur les Razzie Awards (neuf victoires : un record qui ne fut battu qu’en 2012). Si la Scientologie espérait se faire de la pub et en tirer des bénéfices, l’énorme flop planétaire du film et un merchandising aux fraises auront suffi à en faire la plus parfaite contre-publicité qui soit. Revoir le film en copie HD peut-il relever le niveau de ce gigantesque nanar involontaire ? Non, clairement pas, même si, rétrospectivement, le résultat exhibe quelques curiosités de fabrication qui séduisent l’œil à défaut de sauver quoi que ce soit (on y reviendra plus bas…). Sauver le film relève d’ailleurs de la mission impossible, du genre que même l’autre scientologue multi-célébré d’Hollywood (vous savez qui) ne saurait mener à son terme. Aujourd’hui encore, Battlefield Earth honore en tous points sa réputation de ratage hilarant où chaque cadre a le chic pour susciter un fou rire par contrechamp, tant par ce qu’il contient (enjeux simplistes, dialogues crétins, acteurs jamais dirigés, maquillages à la Patafix…) que parce qu’il suggère aux yeux du cinéphile averti. D’un bout à l’autre, ce sont surtout une armada de plagiats cinématographiques qui prennent le dessus sur un scénario d’une originalité zéro. En vrac : un pitch pompé sur La Planète des singes, une humanité Cro-Magnon moins crédible que dans La Guerre du Feu, du post-apo à la Postman, des batailles aériennes qui font très Top Gun du pauvre, une traversée vitrée au ralenti façon Blade Runner, une « machine à apprendre » comme dans Matrix, une planète alien calquée sur la face ultra-polluée de la lune Coruscant de Star Wars, on en passe et des meilleures…



Mais le plus ahurissant, ça reste évidemment les extraterrestres du film. Non pas des aliens terrifiants comme on pourrait s’y attendre, mais bel et bien des bipèdes proto-humains au look à peine croyable, visiblement fruits d’une fusion contre-nature entre un travelo du bois de Boulogne et un cosplayeur en mode « rastafari du futur ». Soit de véritables gloubi-boulgas à grosses mains poilues et à longues tresses de deux mètres, plantés sur une paire de semelles compensées monstrueuses, qui parlent un charabia incompréhensible (merci au réalisateur de les faire causer en anglais dès que possible !) et qui ont exactement le même mode de vie qu’un humain lambda (on surconsomme, on pollue, on ment, on exploite, on asservit et on tue). Une caractérisation qui, d’entrée, doit faire figure de mise en alerte. Il fut dit et répété à la sortie du film, que ce soit par Travolta ou par les critiques du film, que Battlefield Earth se voulait une pure histoire de science-fiction et ne contenait aucune trace de pensée scientologue. Peut-on sincèrement les croire ? Oui, si l’on s’en tient à la mise en exergue d’images subliminales au sein du film par des associations antisectes – il est assez impossible de trancher là-dessus. Non, si l’on s’en tient à la caractérisation du conflit humain/extraterrestre. Quant on sait à quel point la psychiatrie reste la plus grosse bête noire de la Scientologie, appeler l’ennemi « Psychlo » n’a rien d’un hasard, tout comme le fait de présenter sa race comme un parangon de cruauté génétique et sa planète comme un étalage de pollution industrielle. Ainsi donc, au travers de son combat entres les humains libres et les Psychlos, Battlefield Earth ne fait que refléter plein écran l’âme véritable de la philosophie scientologue, considérée comme combattante et résistante face aux forces soi-disant aliénantes de la psychiatrie. Une démarche sectaire qui, cela dit, a valeur de caca de mouche en raison d’un scénario qui cumule trop d’énormités et d’invraisemblances pour pouvoir être pris au sérieux. Déjà, on veut ici nous faire croire que les étoiles dans le ciel ne seraient en réalité pas des dieux mais d’authentiques planètes bâties par les scientologues (euh, comment dire…). De plus, il est ici possible de tout saisir en matière de savoir humain et de physique quantique en quelques secondes par le biais d’une machine qui t’envoie mille schémas chelous en 3D dans le globe oculaire ! Plus fort encore : bien que nous soyons ici sur une Terre dévastée et colonisée depuis mille ans, nos héros en peau de bête tombent sur une bibliothèque intacte avec des livres tout juste aspergés de poussière (tiens, les termites n’existent plus depuis mille ans ?!?), dénichent des avions et des armes en parfait état de marche (tiens, ça n’a jamais servi après la sortie de l’usine ?!?), et visitent même de vieux hangars militaires où l’électricité fonctionne encore parfaitement (tiens, EDF a fini par se la jouer collabo avec l’envahisseur Psychlo ?!?). Et enfin, pour couronner le tout, il suffit ici d’un simulateur de vol lambda pour transformer un banal figurant de La Guerre du Feu en pilote expérimenté de chasseur F-111 – une invraisemblance qui n’a pas dû gêner Travolta lui-même dans la mesure où la star possède un brevet de pilote privé et un Boeing 707 dans son garage ! Quant au climax final, rien de tel qu’une petite bombe nucléaire à faire exploser sur la planète ennemie pour que celle-ci soit intégralement ravagée et détruite en dix secondes chrono !



Atteindre un tel degré de nanardise relève en soi de l’exploit, ce qui suffit à justifier la « glorieuse » réputation d’un tel film. Il n’en reste pas moins que, comme on le soulignait plus haut, tout n’est pas à jeter dans le résultat final. Notons d’abord, au travers d’une mise en scène fonctionnelle et sans grand relief, une esthétique visuelle assez séduisante qui joue sur les variations colorimétriques en fonction du décor visité – c’est assez joli à voir sur une copie Blu-ray. Il convient aussi de souligner un détail qui fut un peu trop conchié à la sortie du film, à savoir son utilisation jugée « abusive « de plans débullés qui ne laisse ici qu’à peine 5% de plans parfaitement horizontaux. Si l’on en croit le making-of du film, ce parti pris résulterait de l’incapacité du monteur à intégrer les plans horizontaux dans le montage initialement prévu. Mais on serait prêt à croire davantage le réalisateur Roger Christian, lequel souligne son désir de donner à chaque cadre la dimension d’une case de bande dessinée – il est vrai que l’effet de style donne toujours l’impression de tourner les pages d’une BD futuriste et zarbie. Deux petites qualités/singularités pas négligeables en soi pour éviter de trop ternir l’aura de la chose, mais qui ne doivent pas faire oublier l’essentiel : Battlefield Earth est un nanar d’anthologie, et il le reste. Profitez-en si vous êtes un cinéphage déviant ou maso, ça vaut son pesant de cacahuètes !

Titre Original: BATTLEFIELD EARTH

Réalisé par:  Roger Christian

Casting : John Travolta, Forest Whitaker, Richard Tyson…

Genre: Fantastique

Sortie le: 14 Juin 2000

Distribué par: Warner Bros. France

1 STARS TRES MAUVAISTRES MAUVAIS

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