Critiques Cinéma

GRAND MARIN (Critique)


Lili a tout quitté pour partir au bout du monde réaliser son rêve : pêcher sur les mers du Nord. Elle persuade Ian, capitaine de chalutier, de lui donner sa chance et s’embarque sur le Rebel. Solitaire et insaisissable, celle que l’on surnomme « moineau » est la seule femme de l’équipage. Mais sous une apparente fragilité Lili est déterminée à aller jusqu’au bout de sa quête et défendre sa liberté.

Grand Marin le film est inspiré de Grand Marin le livre de Catherine Poulain, paru en 2016. Pour son premier long-métrage, la réalisatrice, Dinara Drukarova évoque l’histoire du roman éponyme qui lui a tant donné envie de faire son film, en ces termes : « J’ai tout de suite senti que derrière cette histoire personnelle, se tramait l’histoire universelle d’un être qui cherche à s’échapper de sa vie d’avant pour aller vers l’inconnu. » C’est finalement larguer les amarres à tout point de vue. Grand Marin, c’est beaucoup comme le culte de l’ellipse. Cette absence de connaissances de son passé, de son passif même, vient aussi nous démontrer que Lili, c’est en fait toutes les femmes. Le spectateur ne la jaugera ni ne la jugera car elle était ceci, ou avait fait ça. Comme les marins qu’elle va croiser sur son chemin, on prend Lili comme elle est, comme elle vient. Le sac à dos, être eu milieu de nulle part, ne connaître personne, le sandwich pain de mie, les pièces de monnaie qu’elle décompte, comme on irait sur son appli bancaire… On devine tout de suite une habitude à la galère, choisie ou pas, une vie rude en tous les cas, qui ne peut se faire autrement que dans l’absence de projections, une forme d’immédiateté, une errance affective. « D’où tu sors moineau ?« , ce doux surnom de volatile fragile qui lui est donné dès leur première rencontre par Ian, atteste de la perspicacité de ce dernier, qui a très vite compris à qui il avait à faire. Il existe également d’emblée une gravité, une épure dans la mise en scène, un rythme lent mais pas lourd pour autant, avec des dialogues où l’on devine que chaque phrase aura une folle importance.  Grand Marin, c’est évidemment aussi la permanente confrontation entre la rudesse de la vie des pêcheurs et un décor naturel entre ciel, terre et mer, dont on est fatalement touchés par le caractère somptueux. C’est une pure initiation pour Lili, mais la finesse de l’écriture, l’intelligence de montrer des atmosphères, sans jamais trop en faire contourne avec brio les clichés du genre.

A propos des paysages Irlandais et de l’hypnotique poésie qui émane de ces décors naturels, la réalisatrice nous dit : « Ces paysages parlent à notre inconscient. Ils permettent de débloquer notre pensée et notre mouvement intérieur. J’ai beaucoup songé aux tableaux du peintre anglais Turner. » Le film est tout sauf une carte postale, il existe dans Grand Marin, comme une authenticité, une émotion, une envie de toucher à travers des images et des décors, qui viennent comme une démarche artistique et parfois quasi documentaire. La Musique de Jean Benoit Dunckel (co-fondateur du groupe Air) est organique et planante, jamais en surabondance.  Il existe dans Grand Marin, dans cette mise en scène, la justesse des grands films sincères.

La torpeur que l’on y trouve peut paraître comme des longueurs pour les non-initiés, mais c’est surtout une affaire de vérité du rythme, et d’un contemplatif jamais lassant. Les émotions en revanche, sont presque insuffisamment disséquées. C’est tout le charme du non-dit, de l’intelligence du récit, même si pour vibrer davantage, une once d’expressivité supplémentaire n’aurait pas nuit. Pour autant, l’ensemble reste très touchant et prenant.

Lili est sans attaches, « les murs la rendent folles« , dit-elle à un moment. La mer liberté, c’est l’infini et le contraire de l’enfermement, seule à cet endroit et dans ce moment, elle se sent terriblement vivante. Elle préfère encore prendre le risque de se noyer, de mourir libre, plutôt que de vivre entre 4 murs dans une résidence pavillonnaire. Au niveau du casting, Dinara Drukavora est donc devant et derrière la caméra pour jouer Lili. Elle est totalement habitée par un personnage où elle s’est forcément reconnue, identifiée : « Le tournage était très dur. Physiquement, émotionnellement et psychologiquement. C’était une transe, un état de concentration intense. Les enjeux pour moi étaient immenses. La grande traversée de doutes, de peurs, et de solitude. » La transe qu’elle évoque ici est évidente et bouleversante à l’écran. Les marins qu’elle croise seront bourrus d’émotions, et sauront parfaitement déployer ce que la cinéaste attendait. A ce jeu-là, Sam Louwyck dans le rôle de Ian est poignant d’authenticité, alternant une bienveillance tellement chaleureuse et une dureté à fleur de peau. Grand Marin, c’est comme une douce caresse, il faut se laisser porter, bercer, et face à la mer, on partagera alors avec Lili presque corporellement nous aussi cette universelle aspiration de liberté.

Titre original: GRAND MARIN

Réalisé par: Dinara Drukarova

Casting: Dinara Drukarova, Sam Louwyck, Björn Hlynur Haraldsson …

Genre:  Drame

Sortie le: 11 Janvier 2023

Distribué par : Rezo Films

TRÈS BIEN

 

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