Critiques Cinéma

LE TELEPHONE SONNE TOUJOURS DEUX FOIS (Critique)

SYNOPSIS: Marc Elbichon, un privé, enquête sur la vague particulière d’assassinats qui se déroule en ville : un homme agresse les femmes et les tue en leur incrustant un cadran de téléphone sur le front…

On a tendance à l’oublier, mais au départ, les Inconnus n’était pas trois mais cinq – ils se faisaient d’ailleurs appeler Les Cinq. Réunis à force de se croiser dans des cafés-théâtres et de se retrouver mis en avant dans Le Petit Théâtre de Bouvard sur Antenne 2, ce groupe soudé, composé de Didier Bourdon, Seymour Brussel, Bernard Campan, Pascal Légitimus et Smaïn, aura connu le succès jusqu’à tenter l’aventure sur grand écran avec cette parodie de film noir qui fut un échec total à sa sortie en 1985. La suite verra les départs successifs de Smaïn (qui ne croyait pas à l’avenir du groupe et se lancera dans une glorieuse carrière solo) puis de Seymour Brussel (qui se reconvertira dans la médecine bioénergétique), ce qui donnera aux trois membres restants l’occasion de former le trio Les Inconnus suite à leur rencontre avec Paul Lederman. Que retenir du Téléphone sonne toujours deux fois aujourd’hui ? Déjà que sa relative confidentialité est assez étrange dans la mesure où bon nombre de spectateurs – dont l’auteur de cette critique – y voient très clairement le meilleur long-métrage de la bande. Ensuite que son sens du burlesque et du nonsense a le chic pour exporter l’esprit ZAZ (non, pas la chanteuse…) dans le carcan de la comédie hexagonale populaire – très peu de films ont su y parvenir. Enfin que le taux très élevé de délire et d’absurdité est à deux doigts de nous faire croire que La Cité de la peur avait un précurseur en bonne et due forme (la découverte du mobile reliant tous les crimes est d’ailleurs étrangement voisine…).



A l’heure où les Inconnus ne cessent de lâcher des infos contradictoires sur l’hypothèse d’un retour sur scène (ça semble plutôt compromis) ou sur grand écran (ça semble plutôt promis), revoir cette comédie jubilatoire – dont le DVD édité par StudioCanal se négocie à prix d’or sur Internet ! – suffit à nous venger violemment du récent outrage fait au trio sur une chaîne privée (la décence nous interdit de citer le nom du programme…). Bien que défini comme un remake-pastiche du Facteur sonne toujours deux fois de Tay Garnett, le film de Jean-Pierre Vergne reprend surtout à peu de choses près tous les critères d’une enquête à la Nestor Burma, avec détective privé pas si solitaire que ça, police en concurrence, réflexions en voix off, saxophone en fond sonore et ambiance de bureau désert qui sent bon le tabac froid. Et par-dessus cela, la bande se borne à rendre toujours plus nonsensique une enquête policière déjà bien téléphonée à la base (un tueur en série assassine des femmes en leur écrasant un combiné téléphonique sur le front), en faisant en sorte que chaque scène serve davantage à  » absurdifier  » le récit et les situations qu’à les rendre plus cohérents. Ce qui n’empêche pas Vergne de bétonner son montage avec un grand soin, usant à loisir des effets sonores stridents et des accélérations de rythme aux moments les plus opportuns, jusqu’à un climax très franc en matière de point final.



Pour autant, si le soin apporté à la facture et à l’atmosphère est clairement au rendez-vous (les codes du film noir sont ici respectés à la lettre), ce que l’on retient ici ne se résume pas à ça. La seule présence de nos trois futurs champions de la rigolade parodique est en soi un argument suffisant, et pour cause : chacun embrasse déjà un rôle qui reviendra très souvent durant les grandes heures des Inconnus, qu’il s’agisse du leader, du charmeur ou du loser (les rôles sont interchangeables). Smaïn et Seymour Brussel, de leur côté, assument à plein régime des registres plus fermés – la tchatche candide pour l’un, la virilité mastoc pour l’autre. Quant aux innombrables seconds couteaux qui s’invitent parfois le temps d’une réplique ou d’un plan furtif (Darry Cowl, Jean Reno, Clémentine Célarié, Jean Yanne, Michel Constantin, Patrick Sébastien, le futur notaire des Trois Frères…), ils jouent presque les satellites autour d’un Jean-Claude Brialy qui monopolise d’autant plus le cadre que son personnage de flic hargneux a tendance à vouloir récupérer à son propre compte les efforts des autres enquêteurs. Et si l’inégalité des gags est ici corollaire de leur profusion, le résultat ne cesse de relancer les dés de son récit à chaque péripétie et de contrecarrer ainsi toute baisse de rythme.



Ajoutez à cela de petits gimmicks visuels et sonores par-ci par-là (les amateurs de Joséphine Baker, de Marilyn Monroe et même des Chiffres et des Lettres feront tilt dans quelques scènes…), des clins d’œil cinématographiques plus ou moins sentis (certaines scènes ressemblent à s’y méprendre à des citations de Cruising et d’Alfred Hitchcock) ainsi qu’une chanson-leitmotiv signée du trio sous le nom de groupe Catcar & Co (les fans vont adorer), et vous aurez de quoi trouver ici un solide remède à la sinistrose. Une rumeur insistante laisse toutefois entendre que les Inconnus garderaient un assez mauvais souvenir du film (on insiste fort sur le conditionnel). On attendra d’en savoir plus là-dessus, mais pour ce qui est de continuer à faire sonner le téléphone de ce film, ça ne risque pas de se limiter à deux fois !

 

Titre original: LE TELEPHONE SONNE TOUJOURS DEUX FOIS

Réalisé par : Jean-Pierre Vergne

Casting:Didier Bourdon, Seymour Brussel, Bernard Campan

Genre: Comédie

Sortie le:  23 Janvier 1985

Distribué par : –

EXCELLENT

 

 

 

 

 

 

 

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