Critiques Cinéma

LE VERDICT (Critique)

SYNOPSIS: Avocat déchu et alcoolique, Frank Galvin racole ses clients dans les salons funéraires jusqu’au jour où il accepte de travailler sur l’affaire d’une jeune femme victime d’une erreur médicale et plongée dans le coma. Ce dossier qui risque de provoquer un scandale et de nuire à la réputation de l’hôpital, va être pour l’avocat l’occasion de retrouver sa dignité… ou de la perdre définitivement. 

Adaptation du roman éponyme de Barry Reed, The Verdict permet à Sidney Lumet de revenir à ses premiers amours, salle d’audience, avocat, juge et jurés, tous les ingrédients sont à nouveau réunis, vingt-cinq ans après Douze hommes en colère. Succès critique du mois de décembre 1982, le film avait enthousiasmé les spectateurs grâce notamment à une mise en scène magistrale et une performance magistrale de Paul Newman. Ce dernier incarne Frank Galvin un avocat solitaire et alcoolique de 55 ans qui passe ses journées à jouer. Avec quatre affaires en trois ans, toutes perdues, sa carrière professionnelle est au plus bas. En manque de travail, il donne ses cartes de visite aux personnes endeuillées se faisant passer pour un proche lors des funérailles. Pas de doute, il est désespéré. Néanmoins il peut compter sur son ancien associé et professeur, Mickey Morrisey (Jack Warden qui incarnait un des jurés dans Douze hommes en colère en 1957), qui va lui dégoter une affaire, la poursuite d’un hôpital catholique de Boston pour faute professionnelle lors d’un accouchement sur la jeune Deborah Ann Kaye. Frank se ressaisi, range son bureau crasseux et se précipite pour rencontrer sa cliente, la sœur de la victime qui est dans le coma. Pour Frank c’est une affaire en or, l’erreur des anesthésistes semble évidente, et la famille de la victime ne veut pas de procès et souhaite juste être indemnisée, un gros pactole l’attend. Mais Galvin avait oublié qu’il avait une conscience, certes était-il au plus bas, mais il n’en reste pas moins non dépourvu de sentiments. Lors de sa visite auprès de l’archevêque (Ed Binns lui aussi juré du film de 1957), il refuse la proposition d’indemnisation, ce qui entraînera d’importantes conséquences. Néanmoins en faisant cela, il commence sa rédemption et accepte de défendre coute que coute Déborah. La trajectoire ascendante de Frank, qui s’illumine et revit pour cette cause, est le cœur du film, bien plus que l’affaire elle-même. Mais rien ne sera simple, évoluant dans un environnement hostile, avec un juge partial acquis à la cause de l’hôpital, un avocat adverse très cynique (James Mason réalise une excellente prestation), sans oublier ses propres démons. En effet,  il doit jongler entre son alcoolisme et ses crises d’angoisse avec également un intérêt amoureux, une jeune femme nommée Laura (Charlotte Rampling) qui le séduit en le traitant aussi froidement que possible.



Le Verdict n’est pas un film de suspense à proprement parler, il n’y a pas de véritable mystère, on sait tout de suite de quel côté se trouve la vérité et que moralement Frank a raison. Comment fera-t-il pour passer les obstacles qui se dressent devant lui, résoudra-t-il ce puzzle judiciaire, arrivera-il à se ressaisir en combattant ses démons, c’est ici que sont les véritables enjeux. David Mamet a su adapter un scénario solide et poignant, se révélant très efficace, l’intrigue est portée à l’écran par une mise en scène exceptionnelle. Sidney Lumet excelle pour restituer la fragilité de Frank, magnifiée par l’interprétation de Paul Newman qui livre l’une de ses meilleures performances. Ce n’était pourtant pas lui qui était prévu à l’origine pour le rôle. Robert Redford fut envisagé en premier, mais il refusa finalement, n’étant pas très à l’aise avec le fait d’interpréter le rôle d’un alcoolique. Outre Newman, le réalisateur nous offre des interprètes magnifiques dans les rôles secondaires. James Mason, on l’a dit, fait un travail formidable derrière la défense de l’archidiocèse, Jack Warden en tant qu’ancien mentor au grand cœur qui laisse tout tomber pour aider Frank une fois de plus. Milo O’Shea joue le juge assez hostile envers Frank, leur confrontation verbale dans son cabinet étant extraordinaire. Charlotte Rampling est tout aussi impliquée et appliquée avec en point d’orgue une scène puissante entre Newman et elle dans leur chambre d’hôtel.



L’une des choses principales qui diffère des autres films centrés sur une mise en scène judiciaire, est que le film rappelle que tout ceci se déroule devant un public, pas dans la salle d’audience, mais bel et bien le jury. C’est lui qui aura le dernier mot. La maitrise de Lumet réside dans la mise en scène qui arrive à nous faire oublier ce jury, et pourtant, il écoute, assiste et voit tout ce qui passe, ils prennent en comptes les moindres détails, malgré les consignes du juge, et finissent par revenir avec éclat. Parce que ce sont en effet douze personnes (en colère ou non) qui finissent (encore) par décider.



Sidney Lumet poursuit donc son travail sur la justice, initiée vingt-cinq plus tôt avec la célèbre scène d’un Henry Fonda votant non coupable. Au fil du temps et après de nombreux films, il livre sa vision critique du système judiciaire américain, il nous offre un film intelligent racontée dans un style mesuré, plein de suspense captivant et divertissant.

Titre original: THE VERDICT

Réalisé par : Sidney Lumet

Casting: Paul Newman, Charlotte Rampling, James Mason

Genre: Drame, Policier

Sortie le:  16 Février 1983

Distribué par : –

EXCELLENT

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