Critiques Cinéma

ASTERIX ET OBELIX : MISSION CLEOPATRE (Critique)

SYNOPSIS: Cléopâtre, la reine d’Égypte, décide, pour défier l’Empereur romain Jules César, de construire en trois mois un palais somptueux en plein désert. Si elle y parvient, celui-ci devra concéder publiquement que le peuple égyptien est le plus grand de tous les peuples. Pour ce faire, Cléopâtre fait appel à Numérobis, un architecte d’avant-garde plein d’énergie. S’il réussit, elle le couvrira d’or. S’il échoue, elle le jettera aux crocodiles. Celui-ci, conscient du défi à relever, cherche de l’aide auprès de son vieil ami Panoramix. Le druide fait le voyage en Égypte avec Astérix et Obélix. De son côté, Amonbofis, l’architecte officiel de Cléopâtre, jaloux que la reine ait choisi Numérobis pour construire le palais, va tout mettre en œuvre pour faire échouer son concurrent.

Avec plus de 14 millions d’entrées, Astérix et Obélix : mission Cléopâtre, qui a fêté ses 20 ans le 30 Janvier 2022 est en France le premier film au box-office sur l’année de sa sortie et le 11ème à toute époque et pour l’ensemble des films pour le nombre d’entrées ; le 4ème sur les films français (derrière Bienvenue chez les ch’tis, Intouchables et La grande vadrouille). Plutôt bien accueilli par la critique, il recevra en 2003 le césar pour les meilleurs costumes.  D’autres chiffres étourdissants : 500 ouvriers pour les décors marocains, 2.000 figurants, plus de 11 kilomètres de tissus pour les costumes, 5.000 sandales, une douzaine de perruques rien que pour Monica Bellucci et 1.500 pour les autres rôles. Le tout vient aussi parler de la difficulté technique à réaliser ce film, prenant en effet le risque de multiplier les aléas. Au-delà du spectaculaire des chiffres, Il y a dans cette œuvre comme un véritable tour de force qu’il convient d’emblée de saluer, avec un génial Alain Chabat à la manœuvre, à la fois calme et perfectionniste sur le tournage. Avec des influences provenant de Mel Brooks, des Monthy Python entre autres. Même si dès le CM1, Alain Chabat confesse qu’il voulait remplacer Disney… Un des fondements de la réussite du film repose sur des vertus qu’il cultive depuis déjà bien longtemps, en termes de simplicité et d’humilité notamment. Il a en effet réussi à convoquer une véritable symbiose artistique de ce qui se faisait de mieux à l’époque sur la scène du cinéma comique français. Tout en respectant quoi qu’on en dise la création originelle en conservant nombre de dialogues exacts de la bande dessinée en question et en y insérant aussi la folie disruptive et burlesque des Nuls, la modernité mordante et énergique de l’époque de Jamel Debbouze, tout en permettant à des effets comiques bien plus anciens et solides reposant sur le duo Christian Clavier / Gérard Depardieu de fonctionner à plein. Alain Chabat a porté le plus grand soin au respect de l’œuvre qu’il adaptait, mais s’est aussi autorisé à la bousculer pour la rendre narrative, et en faire ainsi un film de cinéma qui non seulement fonctionne et qui pour bon nombre est devenu culte.



Surtout qu’il ne faut pas perdre de vue la pression « pharaonique » qui reposait à ce moment sur ses frêles épaules de « Nul » qui avait jusqu’alors simplement réalisé un seul long métrage Didier (1997) et ce même si il avait grandement contribué à l’indispensable La cité de la peur  (1994 d’Alain Berbérian, substantifique moelle de l’humour des Nuls… Il se retrouvait alors en effet à la tête d’une superproduction à la française, ce qui est somme toute déjà assez rare. Et au-delà d’être attendu au tournant, l’on imagine volontiers les snipers de chaque recoin de la cinéphilie qui escomptait le naufrage pour pratiquer le sport hexagonal préféré : brûler ce qui fonctionne. Et bien que nenni !!! Des trouvailles drolatiques émaillent le film. Il en émane un foisonnement scénaristique dantesque, une mise en scène façon farandole avec en permanence des happenings, des jeux de couleur, et des surprises, qui nous transportent à chaque coin de fin de scène… L’on alterne toute la palette de rires possibles, attendu que le cinéaste a su tirer la quintessence du génie comique de chacun de ses acteurs. Il y a donc comme une accumulation de moments de bravoure et un empilement réjouissant de bonne humeur. Cette inventivité explosive est particulièrement flagrante pendant la jouissive chorégraphie sur James Brown, qui est à revoir sans aucune modération.



Oui, Chabat a fait venir tout le monde… Il a invité tout ce qui fait de mieux à ce moment-là dans ce grand bal aux allures de casting 5000 étoiles !! Bien sûr Jamel, qui crève l’écran, étant au début de son ascension, Depardieu et Clavier, qui en duo iconique du cinéma Français incarnent dans le film au travers de leurs personnages respectifs le respect de l’état d’esprit d’Astérix. Claude Rich, en druide Panoramix, ça non plus ce n’était pas rien !! Le regretté monumental acteur qui avouera ne s’être jamais autant amusé sur un tournage ; Et là encore, rien de moins que Monica Bellucci pour interpréter Cléopâtre !! C’était elle ou Dominique Farrugia dixit Alain Chabat !!! Les seconds ou troisièmes rôles, peu importe qu’ils fassent une plus longue ou très furtive et surprenante apparition, de façon forcément non exhaustive : Gérard Darmon, Isabelle Nanty, Jean-Paul Rouve, Chantal Lauby , Marina Foïs, Noémie Lenoir, Bernard Farcy, Emma De Caunes, Pierre Tchernia, Zinédine Soualem, Pierre François Martin Laval, Maurice Barthélemy etc etc etc… Même le chien qui joue Idéfix est super fort à l’écran !! Acceptant l’auto-dérision, sont invités à la fête juste pour une apparition éphémère… Matthieu Kassovitz, simplement au générique de fin comme physionomiste de la boîte de nuit ; Claude Berri himself, producteur du film qui apparaît en portraitiste de Cléopâtre ; Jean-Pierre Bacri, en voix off du reportage sur la langouste !! Même Snoop dog et Joey Starr sont à la manœuvre au générique.  Alain Chabat a l’art de gérer les égos à n’en point douter. Un mélange des mondes que par ailleurs Chabat va jusqu’à mettre en abîme, en l’évoquant l’air de rien dans le film, quand les uns et les autres assènent « c’est une autre culture« . Il va par ce truchement, ultimement jusqu’au bout de son parti pris qui a contribué à la réussite totale du film. Il pousse d’ailleurs l’auto dérision dans son choix de jouer certes, le big boss César… mais un empereur bien décérébré et à peu près tout le temps ridicule, même quand il embrasse Monica Bellucci !!



Totalement bien vieillies, les vannes claquent encore !!! La magie de l’alchimie et de la multiplicité humoristique crée l’universel, l’intemporel qui permet le cultissime… Évidemment subjectivement : « C’est quoi cette porte au plafond ? Mais j’anticipe « …. « Tu n’avances pas du tout cannabis« … « Il est où le magneau ?  » « On me voit, on m’voit plus..  » « Pas de pierres, pas de construction ; Pas de construction… pas de palais ; Pas de palais… pas de palais… «   Mieux encore… Des répliques que l’on utilise dans notre vie quotidienne parfois sciemment, mais parfois sans même s’en rendre compte, tant on les a ancrées dans nos neurones cinéphiliques… « Peut-être je vais mourir », « Sympa ta robe »…  »C’est très très tiède  » «  J’préfère quand c’est un peu trop plus moins calme »…  »Le mec s’appelle on  »... Chacun aura les siennes, du moins pour les lecteurs qui ont eu le mauvais goût de naître dans les années 70-80, et qui ont été subjugués par cette audace cinématographique au moment de sa sortie… Comment ne pas évoquer ce combat final Debbouze Darmon, ou toute en ironie teintée d’admiration et aux nombreuses références, Chabat rend hommage au Kung Fu, fou rire, délire, dans cette baston inoubliable et épique, où faut-il le rappeler « Le lion ne s’associe pas avec le cafard ». Et surtout, mais alors surtout… L’absolu anthologique monologue interminable pseudo littéraire humaniste de « Otis mon scribe« … sous les regards pétrifiés de Depardieu, Clavier et Rich, avec l’inoubliable Edouard Baer. « Je ne crois pas qu’il y ai de bonnes ou de mauvaises situations« .. A peu près utilisé encore aujourd’hui 20 ans après sur bien des supports… Il est impératif pour briller en société de savoir que ce monologue qui dure exactement 55 secondes, était en fait une improvisation du prolifique Edouard Baer, et que sans l’insistance d’Alain Chabat, cette scène était coupée au montage…. Et puis, quelques incises discrètes… Les chambres près des cuisines : le problème du « bruit et l’odeur », y’en a que ça peut gêner », dans un contexte de montée en tension en 2002 d’un certain discours d’exclusion, c’est évidemment tout sauf anodin. Au final, œuvre majeure de la comédie française, et même du cinéma français dans son entièreté, il était difficile de ne pas devenir un fan absolu à l’époque où cette pépite sortait dans les salles obscures… La consécration du talent de cinéaste d’Alain Chabat, la confirmation de l’iconique sens de la comédie de Jamel, font d’Astérix et Obélix : mission Cléopâtre, un objet indispensable dans une DVDthèque. Garantissant une lutte contre la morosité ambiante, à partager inlassablement en famille. Le partage et le plaisir, une des aspirations absolues du cinéma.

Titre original: ASTERIX & OBELIX : MISSION CLEOPATRE

Réalisé par : Alain Chabat

Casting: Christian Clavier, Gérard Depardieu, Jamel Debbouze

Genre: Comédie

Sortie le:  30 Janvier 2002

Distribué par : Pathé

EXCELLENT

2 réponses »

  1. C’est Alain Berberian (pas verifié l’orthographe) qui a réalisé la cité de la peur. En tout cas c’est lui qui crédité au générique

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