Critiques

PAM & TOMMY (Critique mini-série) Un objet dont la raison d’exister est paradoxale…

SYNOPSIS: Retour sur le scandale de la sex tape du couple star des tabloïds des années 1990, la star d’Alerte à Malibu, Pamela Anderson et le batteur de Mötley Crüe, Tommy Lee, durant leur lune de miel qui a été divulgué au grand public. 

L’une des icônes des années 1990, c’est Pamela Anderson. Avec sa plastique de rêve et son rôle dans Alerte à Malibu , la canadienne est rapidement devenue un sex-symbol pour une génération entière aux quatre coins du monde. Son mariage rapide avec Tommy Lee, le batteur de Motley Crue, aura fait la Une des journaux, entre autres pour une raison dramatique, à savoir le vol de leur sex-tape, enregistrée sur une VHS, par un ouvrier frustré de ne pas avoir été rémunéré pour les travaux de la maison du couple. Une sex-tape aux conséquences terribles tant sur le couple que particulièrement sur Pamela Anderson. Pam & Tommy a pour but de revenir sur ce scandale et sur les conséquences tant sur Anderson et Lee que sur le reste du monde. Mais il est important de savoir une chose sur cette mini-série produite par Hulu : ni Anderson, ni Lee, n’ont voulu s’impliquer. Et Anderson a été particulièrement vocale quant à son hostilité sur le projet. On ne peut que la comprendre, qui voudrait voir un regain d’intérêt sur un tel événement, particulièrement traumatisant, 30 ans après les faits ? L’intérêt autour de cette mini-série réside surtout, il faut bien l’avouer, dans son casting. Sebastian Stan en Tommy Lee à la violence de moins en moins contenue (rappelons qu’il a commis des actes de violence conjugale sur Anderson, alors même que leur enfant venait de naître), est charismatique en diable. Mais c’est surtout Lily James en Pamela Anderson, méconnaissable, qui impressionne. Entre mimiques et touche personnelle apportée au rôle, elle offre un nouvel éclairage à une personnalité rapidement cantonnée au statut de bimbo notamment par un public masculin, plus avide de son physique que de son humanité. Elle est ici sexy, certes, mais aussi touchante, humaine, spirituelle. Un être humain victime du patriarcat et d’un mauvais entourage, dont la destinée compliquée n’aura jamais été prise au sérieux.



Qui plus est, le contexte culturel des années 90 ne manque pas d’intérêt. A Los Angeles, la scène rock incarnée par Motley Crue en plein déclin, voit arriver une nouvelle « menace » musicale qui préfère la flanelle au cuir en provenance de Seattle. L’univers de la télévision est en pleine période de  » Jiggle TV « , et surtout, surtout, Internet se développe, lentement mais sûrement, et ce sont les plus audacieux qui au final, auront su le mieux profiter de la sex-tape et s’en mettre plein les poches. C’est pour cela que le visionnage de Pam & Tommy est parfois délicat. Outre ses premiers épisodes oscillant entre querelles d’immobilier dignes d’une émission de Julien Courbet et la comédie romantique de mauvais goût malgré quelques envolées humoristiques qui font mouche, c’est quand le vol est établi et que la vidéo commence à circuler, qu’enfin la dimension dramatique intervient. Mais pour quelques scènes cathartiques, notamment filmées par Lake Bell, actrice et réalisatrice elle-même victime de la fuite de ses photos intimes, l’ensemble ne peut, en fin de compte, qu’inciter la curiosité d’un nouveau public à aller découvrir la fameuse sex-tape. Parce qu’il faut aussi noter que Rand Gauthier, le voleur de la sex-tape, est incarné avec assez de pathétisme par Seth Rogen en loser pas magnifique, mal aidé par un Nick Offerman en exploitant véreux de porno qui plume Gauthier sans trop de difficultés. Mais, la place octroyée à l’ouvrier dans le récit est très importante. Il tente évidemment une rédemption sur le tard, fait appel au même karma que celui invoqué par Pamela Anderson, mais pour ce que l’on sait sur le bonhomme, il n’est parfois pas franchement utile d’offrir une complexité si dense à des personnes qui auront fait autant de mal. Tentative d’humanisation d’autant plus stérile que son ex, jouée par Taylor Schilling, sert surtout de conscience à Rand.



Visuellement, la série tente de capter la patte parfois crasseuse de cette partie des années 90. Des couleurs de plus en plus ternes, le style de Craig Gillespie, déjà à l’œuvre sur Moi, Tonya, ressort immédiatement. Comme d’habitude avec Gillespie, l’humour noir semble être un moyen de gérer les pires évènements tout en les gardant à distance, mais après I Tonya, ou même Physical, cela commence à sentir le réchauffé… Et ici, le résultat assez décevant tombe parfois dans le voyeurisme que dénoncent justement les protagonistes de l’histoire. Ce qui fait de Pam & Tommy un objet dont la raison d’exister est paradoxale. Doit-on remettre en scène le traumatisme d’un couple pour le dénoncer et exposer la misogynie d’une époque qui aura suinté partout, encore aujourd’hui ? Dans la lignée de American Crime Story : Impeachment (portée par la vraie Monica Lewinksy), de la pléthore de documentaires sur Britney Spears, ou encore Paris Hilton, les années 2020 ont à cœur de revenir sur les doubles-standards subis par les femmes dans tous les milieux professionnels. Mais peut-on vraiment tout raconter sans l’aval des principales concernées ? C’est une question épineuse à laquelle Pam & Tommy, qui vend sa romance comme romantique la plupart du temps en dépit de la réalité, n’apporte pas de réponse satisfaisante malgré la qualité de ses interprètes.

Crédits: Disney+

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