Critiques Cinéma

SLEEPY HOLLOW, LA LÉGENDE DU CAVALIER SANS TÊTE (Critique)

SYNOPSIS: En 1799, dans une bourgade de La Nouvelle-Angleterre, plusieurs cadavres sont successivement retrouvés décapités. Les têtes ont disparu. Terrifiés, les habitants sont persuadés que ces meurtres sont commis par un étrange et furieux cavalier, dont la rumeur prétend qu’il est lui-même sans tête. Les autorités new-yorkaises envoient alors leur plus fin limier pour éclaircir ce mystère. Ichabod Crane ne croit ni aux légendes, ni aux vengeances post-mortem. Mais, à peine arrive, il succombe au charme étrange et vénéneux de la belle Katrina Van Tassel.

Comme de très grands et beaux artistes, le cinéma de Tim Burton est tellement reconnaissable, n’appartient tellement qu’à lui, qu’on le sait après quelques secondes seulement, et déjà, on se sent pénétré de l’énergie du cinéaste. Le tour de force est ici le mix entre son univers et une forte inspiration venant d’un ailleurs : « J’adore tous les films d’épouvante que la Hammer a produit dans les années cinquante ou soixante (…) Ils sont beaux, ces films. C’est vraiment une forme d’art et c’est le genre cinématographique que je préfère. ». Sleepy Hollow, huitième long métrage de Burton, qui vient dans sa filmographie juste après Mars Attacks (1996) et son injuste insuccès commercial, est une adaptation très libre d’un fameux conte quasi horrifique et très fantastique de Washington Irving La légende de Sleepy Hollow (1820). Pour le coup, Sleepy Hollow, produit par Francis Ford Coppola va rencontrer massivement son public. Ce qui frappe d’emblée, peut-être encore plus dans Sleepy Hollow que dans les autres créations de Tim Burton, c’est le sens du décor et de la reconstitution. En 2000, pour le film, Peter Young et Rick Heinrichs remporteront l’Oscar des meilleurs décors, pas de hasard. Entre onirisme et fantasmagorie, il n’y a pas dire, le cinéma de Burton c’est tout un univers et tellement plus encore.  Les séquences de décapitation sont intenses et décapantes. Jamais décevantes ou gratuites et perpétuellement au service de la mythologie développée. Toujours dans ce souci de méticulosité formelle, qui permet aussi d’installer son atmosphère si singulière, Tim Burton souhaitait vivement que les scènes de têtes coupées, une des clés narratives, soient empreintes de réalisme. Ainsi, les têtes ont été fabriquées en plâtre et en silicone. Elles ont été sculptées et peintes à la main, et les cheveux implantés un à un. Il aura fallu cinq semaines de travail pour concevoir juste une seule tête.


La féérie est ici toute gothique, le conte est noir, fatalement moins colorée, mais finalement, même le sombre et le dark semblent ici éclatants et brillants. L’effet monochromatique est de toute beauté, la musque de Danny Elfman est au diapason, enivrante, poétique et ce qu’il faut d’orchestrations angoissantes mais chaudes. On est chez Burton, et on est bien. Sleepy Hollow, c’est tout à la fois une peinture et un poème. Ce qui est aussi particulièrement fascinant est la passion de Tim Burton pour les personnages quelque peu en marge, voire en complet décalage. Si le personnage d’Ichabod Crane répond à peu près aux codes classiques du héros, dans sa quête de justice, avec toutefois un particularisme précieux assez savoureux, le cavalier sans tête lui est un personnage presque romantique à sa façon. Même en maniant le classicisme, Tim Burton affirme son identité, avec un humour en propre, des situations décalées, et une forme de féérie, ici morbide, mais qui demeure toute enchanteresse. La plasticité est toujours assez excentrique, la noirceur est une fête, la description ciselée des habitants de Sleepy Hollow sans jamais être verbeuse est un régal, elle est même chirurgicale. Burton est un créateur, un concepteur et aussi un capteur. Il sait faire passer des émotions en l’espace d’une seconde d’un mouvement, d’un geste, d’un mot, d’un décor. C’est ce qui se passe dans Sleepy Hollow, dans à peu près chaque scène.


Johnny Depp qui en est ici à sa troisième collaboration avec Burton, et devient donc comme la muse du maître, a conçu ainsi son rôle : « Ce qu’il y avait de passionnant pour moi dans la perspective d’interpréter ce rôle, c’était l’idée d’être sans cesse sur la corde raide entre le jeu sincère et la nécessité d’en faire un petit peu trop, dans le style des films d’épouvante de la Hammer avec Peter Cushing et Christopher Lee « . Pâle et angoissé, sa réaction à la vue d’une araignée, alors qu’il est face à sa belle est l’archétype absolu de ce que peut être l’anti-héros, et nous décomplexe tous !!! Merci Johnny !! En tous les cas, sa forme de lividité incarnée, son extrême sensibilité offre à l’acteur, comme pour Edward aux mains d’argent (1990), dans un registre évidemment différent, un immense rôle de cinéma.


Christopher Walken tient peut-être ici dans toute l’histoire du cinéma le rôle qui marque le plus, inversement proportionnel à son temps de présence à l’écran. Même si sa force d’incarnation, sa présence, son costume, son apparence le rendent omniprésent, et même si c’est jouissif de voir un cavalier sans tête décapiter les autres, c’est quand même parfois un peu la sienne que l’on imagine sur ce chevalier de l’horreur. Tour de force d’intensité de l’acteur. Christina Ricci fait de Katrina plus que le personnage classique de douceur, qui vient contraster avec la brutalité de ce qui se joue dans de multiples scènes. Si elle apporte la luminosité, sa partition est plus complexe qu’elle en a l’air et lui donne une vraie place dans cette histoire qui est tout sauf virile.  Un des enseignements est quand même de toujours se méfier des belles mères, et aussi que combattre un mort, c’est vraiment pas une sinécure, ça n’en finit un peu jamais. C’est un peu de l’horreur grand public, c’est inclassable, car finalement le seul genre auquel appartient Sleepy Hollow, c’est celui de Tim Burton, et c’est sûrement le meilleur compliment à faire à ce miracle de film, à en perdre la tête…

Titre original: SLEEPY HOLLOW

Réalisé par: Tim Burton

Casting: Johnny Depp, Christina Ricci, Christopher Walken…

Genre: Fantastique, Epouvante-Horreur, Thriller

Sortie le: 09 Février 2000

Distribué par : Pathé

EXCELLENT

 

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