Festival de la Rochelle 2022

LA DERNIERE COLONIE (Critique Fiction Unitaire) Intéressant mais pas innovant…

SYNOPSIS: 10 ans après un cataclysme qui a ravagé la terre, quelques rescapés tentent de survivre dans des campements. Parmi eux cinq adolescents : Thomas, Mehdi, Marianne, Jessica et Léo. Entre les ours et les pillards, ils vivent quasiment au jour le jour, n’ayant pas le temps de penser à qui ils sont. Jusqu’au jour où surgit un équipage intrigant. Une troupe de théâtre, vraiment ? Ou des prédateurs déguisés ?

Ici, on parle de La vie d’avant. Et c’est sans doute le plus douloureux dans le post apocalyptique, car on a connu ce que d’aucun appellerait l’opulence, mais surtout une forme de liberté et de confort matériel. Alors que là, il faut se battre presque tous les jours, risquer sa vie et voir celles et ceux qu’on aime parfois y laisser la leur. C’est un peu la différence entre un handicap inné et acquis. Ce qui émerge particulièrement quand Thomas (Alassane Diong) dit à Jess (Paula Luna) à propos de leur bébé à naître : il ne connaît pas la vie d’avant, il va s’adapter. La troupe de théâtreux qui débarque est clairement intrigante et leurs intentions sont dures à sonder. Le spectacle qu’ils proposent contre de la nourriture serait-il en réalité une orgie destructrice, ou alors cherchent-ils juste à survivre eux aussi. Dans la réflexion sur l’intégration ou non d’une nouvelle communauté, on se situe bien sûr dans les classiques du genre, et l’on pensera notamment à l’iconique The Walking Dead (depuis 2010) ou à l’épisode 4 de l’excellent L’effondrement (2019), voir à la fabuleuse et onirique série Anna (2021). On retrouve les questionnements existentiels de l’homme, loup pour l’homme.

Mais c’est ici justement que La dernière colonie manque de souffle, car elle ne soutient pas la comparaison à ses pairs. Il y manque justement les moyens de The Walking Dead ou encore l’instauration fine de l’angoisse de l’épisode en question de L’effondrement mais aussi la poésie destructrice de Anna. Ça ronronne beaucoup, on s’attache peu aux personnages, dont la psychologie est à peine explorée. On peut aimer l’ellipse, mais ici, le geste ne semble pas intentionnel, mais juste insuffisamment fouillé. Le format court de 52 minutes n’aidant pas non plus. Le rythme est certes haletant, et l’on a bien sûr envie de savoir si les théâtreux vont les bouffer cuit, cru, ou rien de ça, mais sinon clairement, rien de nouveau dans l’univers déjà bien fourni du post apocalyptique. On ne voit pas la plus-value d’une création intéressante certes, mais d’un trop fort classicisme.

Un des intérêts tout de même, car bien sûr La dernière colonie n’en manque pas, est qu’on ne sait pas de suite ce qui a provoqué le big bang et pourquoi on est passé des plateformes et smartphones aux arcs et flèches. Mais en induit, on se doute que c’est de toute façon un cataclysme écologique, ce qui vient nous rappeler que le précipice est à 50 cm devant nous, tant on a comme ancré que nous sommes des locataires inconscients qui crament tout et regardent ailleurs.

Évidemment, La dernière colonie nous interroge sur nos modes de vies, semblant nous signifier la chance qui est la notre à ce jour. La nature est ici un refuge mais également un tombeau. Nature qui est filmée un peu sous tous les plans, c’est plutôt beau d’un point de vue formel, mais très à l’excès parfois et le mode opératoire de la caméra quasi amateur n’apparaît pas toujours très sincère, comme s’il fallait impérativement donner une tonalité, une singularité une couleur. Au niveau du casting, le problème majeur de la série rejaillit forcément entre le manque d’empathie et trop plein de déjà-vu. Pour autant, on retiendra le jeu tout en nervosité et en intensité de Alassane Diong, la noirceur intéressante de Paula Luna, et un art de la fantaisie où Luc Bruyère fait mieux que tirer son épingle du jeu et impressionne. Au final, La dernière colonie, bon survival d’ados, se regarde sans déplaisir, y compris car son format court passe en un souffle, mais on en retient peu car on a le sentiment quand même d’avoir déjà vu ça, et en mieux.


Crédits: FranceTv Slash

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