Critiques Cinéma

WILD MEN (Critique)


SYNOPSIS: Martin, en route pour un séminaire, décide dans un moment de folie de tout quitter et d’aller vivre comme ses ancêtres il y a des milliers d’années, avant que les supermarchés et smartphones ne viennent tout gâcher. Sa route croisera celle de Musa, un fugitif blessé, recherché par les autorités mais aussi par ses anciens complices. Leur odyssée les mènera aux confins de la forêt norvégienne, à la rencontre de policiers désœuvrés, de vikings, d’un lapin épris de liberté, et de truands éclopés. 

Deuxième long métrage de Thomas Daneskov, après le déjà remarqué Eliten (2015), Wild men pourrait presque se résumer comme un film sur la crise de la quarantaine. Mais si de cette crise, il en est question sans jamais la nommer, Daneskov va en faire un film à l’originalité brute, avec cet humour scandinave, à froid, très dans la cérébralité, qui fait rire souvent après coup, et qui s’appuie sur une écriture assez folle de créativité et très riche de justesse. On se marre beaucoup c’est vrai, et dans le même temps on s’y retrouve pleinement. Véritable réflexion et variation sur le devoir contemporain, sur ce que l’on est devenus, sur la fin des rêves, sur ce qui est important et donc en face ce qui est superflu voire dérisoire, et que l’on place comme malgré nous en centralité. Le film regorge de ce type de messages très existentiels et de questionnements sacrément pertinents sur un changement de vie, mais à quel prix. C’est l’envie de liberté, plus de mails, plus de courriers, plus de patrons. Au début de Wild Men, Martin (Ramsus Bjerg) semble s’en tirer dans sa nouvelle peau de viking des bois et montagnes, mais on apprend que ça ne fait que 10 jours… L’on pensera à Jean Dujardin dans 99 Francs (2007), qui se réjouit du concept d’isolement, loin du capitalisme ambiant, mais qui au bout de quelques jours de déconnexion, se rend vite compte à ses dépens que l’on ne s’improvise pas homme libre. Et puis Martin, il regarde quand même son portable, et après 10 jours d’absence dans les bois, 21 appels en absence, 81 SMS et 2675 mails. Une moyenne contemporaine qui finalement fait froid dans le dos. Le contraste de la radicalité entre son choix de vie actuel et ce qu’affiche son portable, qu’il garde pour le moment, est saisissant, on se dit qu’un juste milieu existe ailleurs, peut-être.



Et puis, il y a des trésors drolatiques de scènes… Notamment quand sur une piste, l’équipe des pieds-nickelés de flics peu habitués aux traques, se demande si le chien renifleur travaille aujourd’hui… C’est vrai qu’on imagine mal le chien en RTT. « Qu’est-ce qu’il ferait d’autre ? » demande le chef (Bjorn Sundquist). « Aucune idée, c’est un chien », « Des trucs de chien je suppose  », rajoute ses collègues. Ils ont morflé les experts serait-on en droit de pouffer. La scène du couple dans la voiture est dramatiquement désopilante. Un couple se dispute, enfin elle le dispute, en convoquant la masturbation et plus globalement le non-dit castrateur du duo amoureux. Il se rebiffe, quant à l’accusation d’égoïsme dans sa pratique d’un plaisir solitaire, et quand elle le moque sur sa méconnaissance du mot altruisme, il lui renvoie face à ses peurs à elle de l’étranger « C’est possible d’être raciste et altruiste en même temps ?« . Petit joyau de mise en scène dans ce qui se jouera au début de leur dialogue dans cette voiture, et régal d’écriture, à l’image de ce film décalé, diablement audacieux dans son intention, parfois gentiment subversif dans son propos, et toujours assez jouissif dans le rendu final du geste cinématographique.



On devine aussi pour le chef de la police le drame de la solitude et du manque, déployé finement. C’est un ensemble de mise en images qui se réinvente régulièrement à l’écran pour une succession de vignettes toujours aussi surprenantes qu’extrêmement talentueuses sur ce que les situations et les dialogues disent de nous… La splendeur des décors naturels boiseux et montagneux norvégiens sont hautement propices à ces introspections successives, rendant l’homme tout petit petit. C’est brillant, c’est profond, Wild Men c’est sauvagement humain… Le sentiment d’étouffer dans sa belle vie va amener Martin dans une mise en exergue de situations absurdes, une sacralisation du burlesque, qui très vite va rappeler les frères Coen. L’influence est totale, y compris dans des portraits névrotiques et fiévreux tendrement vitriolés de personnages hauts en couleur, sans avoir besoin pour qu’on les comprenne de trop parler. On les sent, on les discerne, et c’est très bien ainsi. La deuxième partie est plus dramatique, plus foutraque, sans doute aussi plus attendue, mais ne perd pour autant pas l’énergie d’un film qui est aussi une sorte de buddy movie très irrévérencieux, et qui conserve un questionnement sacrément percutant.



Rasmus Bjeg est un Martin tellement convaincant dans sa crise existentielle qui passe par la parenthèse viking. Il incarne cette figure avec un engagement de chaque instant, et se montre singulièrement émouvant dans cette aspiration autant contrariée que désordonnée. Bjorn Sundquist, chef de la police désabusé, mais courageux, déjà un peu ailleurs, le joue aussi puissamment que Tommy Lee Jones dans le rôle du shériff Bell dont il s’est forcément inspiré dans No Country For Old Men (2008) des Coen. Il est à lui seul finalement ce bouleversant désenchantement. Zaki Youssef dans le rôle de Musa est impeccable dans une mue humaniste progressive que l’acteur rend parfaitement crédible et vivante. On retiendra également Rune Temte en chef d’un village viking, hilarant dans son expression d’une fausse aspiration libertaire, et qui incarne quasi à lui seul la contradiction que le film souligne. Au final, Wild men nous dit beaucoup, foisonne, nous fait rire et réfléchir dans la même demie seconde, joue sur de très belles références, mais en son style propre. Un bonbon danois d’une fraicheur dont il serait regrettable de se priver.

Titre Original:  VILDMAEND

Réalisé par: Thomas Daneskov

Casting: Rasmus Bjerg, Zaki Youssef, Bjørn Sundquist…

Genre: Comédie, Thriller

Sortie le:  24 Août 2022

Distribué par: Star Invest Films France

EXCELLENT

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