Critiques Cinéma

L’ANNIVERSAIRE (Critique)

SYNOPSIS: Raphaël Kessler est l’un des rois européens de la télé-réalité. Un soir, il lit le manuscrit qu’un ami éditeur vient de lui envoyer. C’est son histoire. Mais aussi celle de la bande avec laquelle il a livré dans les années 80 le combat des radios libres, de la libre parole, de la liberté retrouvée. Raphaël décide non seulement de faire publier le roman mais également de réunir, à l’occasion de son anniversaire, celles et ceux qui ont été les personnages principaux de sa propre histoire.

Lors de sa sortie en salle au mois d’octobre 2010, on se souvient que Les Petits mouchoirs de Guillaume Canet dut partagé son succès public avec un rejet critique des plus violents, beaucoup ne se gênant pas pour manifester leur haine face à ce qui s’apparentait selon eux à un trip masturbatoire d’une poignée de bourgeois parigots bêtes et égoïstes qui passaient leur temps à râler entre deux dégustations d’huitres et une virée nautique sur le bassin d’Arcachon, et ce en laissant un de leurs potes agoniser dans un hôpital de Paname. Aujourd’hui encore, lorsqu’on revoit le film et sa suite du même acabit (Nous finirons ensemble), il apparaît toujours plus difficile de cibler si le résultat tenait du portrait au vitriol (ça se discute) ou de l’éloge d’une amitié forte en dépit des épreuves (ça se discute encore plus). Or, cinq ans plus tôt, Diane Kurys avait donné malgré elle une réponse assez claire avec L’Anniversaire, autre film sur une poignée de copains (perdus de vue pendant longtemps, ceux-là) qui règlent leurs comptes à l’occasion d’une réunion commune justifiée par le titre. Un film soi-disant vendu comme une comédie cruelle sur l’amitié, avec les années Mitterrand en guise de toile de fond nostalgique : pourquoi pas, après tout ? Mais le résultat invite clairement à se montrer méfiant.



Sachant que la bande d’amis en question se veut un ancien groupe de soixante-huitards ayant tenu une radio gauchiste et militante (appelée « Radio NRV »), il suffit de voir ce que le temps qui passe en a fait. Là-dessus, la réalisatrice de Diabolo Menthe déroule le tapis des clichés ambulants : l’actrice ratée et égocentrique qui joue les divas (Michèle Laroque), la coiffeuse cagole et superficielle qui fantasme sur les curés (Florence Thomassin), le businessman gay et sournois qui ne pense qu’au profit (Pierre Palmade), l’écrivain râleur et mourant qui a la rancœur en intraveineuse (Jean-Hugues Anglade), la blonde italienne et sexy qui veut à tout prix un enfant (Isabella Ferrari) et le patron de bistrot bon vivant qui regorge d’anecdotes nostalgiques (Antoine Duléry). Quelques invités tapent l’incruste : la secrétaire vénale (Zoé Félix), le compagnon italien de l’actrice (Fabio Sartor), et le jeune de la boîte qui drague le patron pour monter en grade (Philippe Bas). Et au-dessus de toute cette smala trône un certain Raphaël Kessler (Lambert Wilson), homme d’affaires devenu millionnaire grâce à la télé-poubelle et qui aura fait autrefois le choix de doubler ses amis pour faire carrière. A la lecture d’un livre dans lequel son frère (le mourant) étale cette trahison au grand jour, il décide de réunir toute la bande dans sa luxueuse villa de Marrakech pour fêter son anniversaire et se réconcilier avec eux. Une réconciliation à laquelle, soyons honnêtes, on ne croit pas une seule seconde. En gros, il suffit que l’aigri de la bande dévoile par accident son cancer en phase terminale pour que tout le monde se réconcilie autour d’un dîner comme si rien ne s’était passé ? Ben voyons…



Au-delà du cliché qu’ils incarnent jusqu’à l’usure, les personnages du film ont ici très peu d’excuses. Qu’importe la situation sociale qui est la leur, puisque chacun ne cesse ici de parler « collectif » et « humain » tout en pensant « mesquinerie  » et «  matérialisme  », ce qui aura au moins le mérite d’amplifier la signification du terme « gauche caviar  ». C’est surtout le discours sur l’argent qui s’avère ici très discutable. Il faut voir ici comment peut s’effacer la haine que l’on peut avoir envers celui qui a fait fortune en piquant l’oseille de ses amis : à peine reçoit-on un gros chèque de plusieurs millions d’euros de sa part en guise de compensation que l’on s’empresse d’hurler de joie et de passer l’éponge ! A croire que conchier ad nauseam les gros pleins de fric ne tient plus dès lors qu’on en devient un, et que cette petite citation soi-disant ironique de Jules Renard qui ouvre le film («  Si l’argent ne fait pas le bonheur, rendez-le  ») serait pour Diane Kurys la meilleure astuce pour justifier ce genre de revirement. Notre grimace s’élargit encore lorsque la téléréalité, gagne-pain du maître de maison, entre à son tour dans l’équation scénaristique : Kessler vante tout ce que son métier peut avoir de bénéfique et de populaire, mais s’indigne du fait que sa maîtresse d’assistante ait filmé la réunion d’amis à l’aide de caméras disposées partout dans la maison (ben oui, on est dans la maison de Marjorie et les Millionnaires !). L’hypocrisie du personnage est ainsi actée, mais jamais soumise à la critique ou à la nuance – la notion de « point de vue » n’a ici pas lieu d’être. De même que l’éloge des sentiments selon Kessler ne pèse rien à mesure que l’on découvre qu’il s’est tapé toutes les femmes du film, y compris la jolie doctoresse locale qui fait des ordonnances à base de piqûres de morphine et de joints de marijuana !



A un tel stade de condescendance non pas ressentie viscéralement par celui qui regarde mais exhibée frontalement par ceux qui sont regardés, que reste-t-il pour parfaire le tableau d’une smala de couillons que l’on ne souhaiterait même pas avoir pour amis ? Pas grand-chose, si ce n’est des acteurs qui peinent à sortir de leur partition classique (est-ce que Michèle Laroque pourrait changer de registre ?) et quelques saynètes d’usage qui font juste du remplissage (se balader en chameau, s’agiter dans la piscine, s’extasier durant la visite de la baraque ou les vieux vinyles des tubes de l’époque, etc…). On en déduit donc l’erreur de positionnement que le film de Kurys partage très précisément avec celui de Canet : une cruauté de façade qui ne se fait jamais corrosive pour un sou, coulée dans un récit qui se borne à enfiler les lieux communs sur des personnages qui ne s’agit jamais d’élever ou de nuancer, et tout cela avec un éloge du caractère sacré de l’amitié en guise de paquet cadeau. Cela dit, c’est dès lors que Diane Kurys se détache de ses prétentions déplacées qu’elle peut sauver les meubles. On peut dire que l’atout du film réside dans l’invitation à simplement profiter de son décor de rêve, via des cadres et des plans qui flattent l’œil à défaut de stimuler notre intellect, et une mise en scène extrêmement soignée qui produit un rythme de croisière tout sauf désagréable. Notre conseil pour supporter cet Anniversaire sera donc le suivant : profitez de la vitrine pendant 1h30 sans faire attention à celle qui vous a invité et à ceux qui ont été invités. C’est bien là le seul moyen de l’apprécier.

Titre Original: L’ANNIVERSAIRE

Réalisé par: Diane Kurys

Casting : Lambert Wilson, Michèle Laroque, Jean-Hugues Anglade

Genre: Comédie

Sortie le: 21 septembre 2005

Distribué par: Mars Distribution

PAS GÉNIAL

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