Compte rendu

CHRONIQUE CANNOISE

Retour sur le moment Cannois et autant le confesser d’emblée : mon cœur est resté là-bas, et ce, sans doute au moins jusqu’à l’année prochaine. Cette aventure avait le goût des premières dans sa folie de la découverte, à savoir que tout fut source d’émerveillement permanent. Ce qui symbolise le plus ce festival est sans doute dans cette anecdote : Devant EO , véritable choc, avec une envie de pleurer du début à la fin sans vraiment savoir pourquoi… C’est aussi typiquement pour ces émotions-là que l’on va au cinéma. Joie de vivre pleinement le film, joie de savoir que je vais écrire dessus… Je sors de cette énergie là en salle obscure, pour me reprendre la lumière cannoise, le clinquant des yachts, les dorures des robes de haute couture, les carrosseries rutilantes, et tout le titanesque de la Croisette…

Si Cannes à la télé c’est strass et paillettes, pour nombre d’artisans du cinéma présents sur place, c’est aussi stress et palettes… Formidable opportunité pour un cinéma d’auteur désargenté de sortir de l’ombre dans cette communion de passionnné-e-s. Mais dans un décor antinomique avec non seulement la réalité du quotidien de nombre de festivaliers, mais aussi en pleine contradiction justement avec les messages véhiculés par les œuvres en présence. Il suffit de regarder la palme d’or Triangle Of Sadness, qui dévore rageusement dans une orgie de vomi et autre, cette bourgeoisie contemporaine comptant pour rien, pour s’en convaincre.

Cannes, c’est la folie du contraste, c’est Tom Cruise le Mercredi, et l’Âne superstar le jeudi, et c’est très bien comme ça…

Ce fut pour votre serviteur en gros 4 films par jours, autant de chroniques à écrire, soit 23 films + la Masterclass de Tom + une conférence de presse, donc 24 textes, 153 litres de café, 154 de Coca, 3 heures de sommeil par nuit, apprendre à écrire autrement, à accepter que la fatigue visuelle, émotionnelle, physique, obstrue le jugement, et en tenir compte… Mais c’était aussi une terrasse sur le toit du palais, avec une vue sur le port de Cannes au soleil couchant ou levant, ou dès fois les deux en même temps, dans un délicieux sentiment de jetlag permanent, où en tous les cas, il fut si bon et facile d’écrire.

Cannes ce fut : Le jouissif Coupez , l’anesthésiant Les 8 montagnes, le doux Armageddon time, le renversant EO (Hi Han), le puissant La femme de Tchaïkovski, le prétentieux Frère et sœur, le moyen plus Boy from Heaven, le sidérant Sans filtre, l’intelligent R.M.N, le bizarre Les crimes du futur, le poétique L’envol, le prenant God’s créatures, l’engagé Les Harkis, le génial La nuit du 12, le moyen moins Don Juan, l’utile Tirailleurs, le prolifique Le procès, le culte Chantons sous la pluie, l’inoubliable Un singe en hiver, le mémoriel La dernière séance, la bonne blague Fumer fait tousser.

C’est aussi une montée des marches, c’est croiser Sandrine Kiberlain, c’est se dire que oui clairement, Romain Duris est un beau gosse, c’est littéralement tomber sur Forest Whitaker au hasard d’un couloir, lui baragouiner dans un anglais très français : «  I speak English like a spanish cow, but i’m just happy to be here, now, with you, and it’s great « …. Recevoir un sourire…



C’est aussi se rendre compte au dernier moment que les 02h23 du Serebrennikov La femme de Tchaïkovski sont dans un cinéma délocalisé… Pas de voiture, trop juste pour les 01h25 de trajet à pied, car trop de films à voir après, impossible pour les 45 minutes de bus, avec 3 changements dans une ville inconnue… Il y a bien le vélo dans l’appart… Les roues sont un peu dégonflées… Pas d’antivol… Un appel au cinéma pour régler ce dernier point… Enfourcharge du destrier, dans des rues cannoises avec peu de pistes cyclables, quelques imprudences, un google map pas toujours clair, son utilisateur non plus, quelques grosses bagnoles qui frôlent, ces roues qui peuvent crever et exploser n’importe quand et moi avec …. Je le verrai le Serebrennikov…. Après 25 minutes de combat urbain, me voilà devant un multiplex Cinéum Imax, des mots qui me sont étrangers, un confort à l’intérieur, mais le charme en moins du mal de c.. du théâtre de La Croisette, deux salles deux ambiances… L’épopée n’était finalement pas si épique, au regard de ce qu’endurera pendant le film Antonina Milioukova… Mais cette œuvre est une bombe de mise en scène, une fresque d’émotions, j’ai bien fait de risquer la mort au moins 12 fois… Le retour sera plus calme, rassasié de 02h23 de grand cinéma.

Une autre fois, après le bouleversement du coup de pied de l’Âne, sortir semi sonné, tomber sur toute l’équipe du cercle de Canal, certains que je vénère, leur parler timidement, avec gaucherie, mais leur parler quand même… Le délice Cannois est en moi… Dans la foulée, rentrer à l’appart, le badge ne badge pas, il est 02H00 du mat, Enfermé dehors , (Comme Dupontel pensais-je, ne rien pouvoir vivre d’anodin sans la moindre référence cinéma…), avoir envie de rire, car tout avant était grâce, ce film Polonais renversant, l’équipe du Cercle… Savoir qu’on s’en sortira, comme toujours !!

Cannes, ce fut aussi 4H30 de Flexibus à 08 Euros, des billets de trains à 06H00 car très peu chers, 9 sandwichs triangle achetés avant le départ, pratiques entre trois articles, des raviolis le soir (beaucoup), un nœud pap trouvé en grande surface au cas où… Avec un choix astucieux de logement, Cannes pour les prolos, en vrai c’est possible…

Mais surtout, surtout, ce fut un shoot de cinéma, une joie intérieure de chaque instant, des leçons d’humilité permanentes, la diversité de ce cinéma-là, des souffrances à l’écran, des émotions profondes, des voyages improbables, qui amènent à s’ouvrir, à aimer l’altérité, à simplifier son lien, ce cinéma-là fait grandir, s’élever…. Le cinéma c’est vraiment la vie, et elle est parfois douce et folle, c’était ça Cannes, et c’était bon, j’en veux encore…. J’irai récupérer mon cœur l’an prochain, c’est promis…

Merci particulier à Fred, à Anne et à ma loulou….

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