Critiques Cinéma

COUPEZ ! (Critique)

SYNOPSIS: Un tournage de film de zombies dans un bâtiment désaffecté. Entre techniciens blasés et acteurs pas vraiment concernés, seul le réalisateur semble investi de l’énergie nécessaire pour donner vie à un énième film d’horreur à petit budget. L’irruption d’authentiques morts-vivants va perturber le tournage…

Le réalisateur de Coupez, Michel Hazanavicius a pour lui une forme d’étiquette de cinéaste cinéphile. Il a entre autres entamé sa carrière avec les images détournées dans le faux journal de l’émission des Nuls, qui irrémédiablement provoquaient l’hilarité du public présent en direct, dans la grande époque déjantée et libertaire de Canal Plus. Puis, avec La classe américaine, il expérimente sans limites l’art du détournement hyper potache et dans la déconne totale !! Il peaufine son filmage et ça va se voir ensuite.  Il avait déjà montré tout son potentiel avec un autre OVNI complet, nommé Derrick contre superman  (1992) qui va fêter ses 30 ans. Franchement, tout y est déjà un peu dans l’immodérée passion de Michel Hazanavicius pour les voyages en Absurdie !! C’est un méga délire complètement foutraque, pépite d’humour de contrechamps, de distanciation, et hommage infini aux séries policières des années 1970-1980, à découvrir sans modération aucune… Michel Hazanavicius c’est évidemment The Artist  (2011), chef-d’œuvre multi-oscarisé, tout comme les deux premiers opus de OSS 117, ou l’art du stupide érigé en modèle est déjà pleinement incarné. Coupez, est, du moins sciemment dans sa première partie ,assez sidérant, voire épuisant, dans cette relecture de … Ne coupez pas (2019) de Shin’ichirô Ueda, dont la méconnaissance n’altère pas le plaisir, une réciproque qui peut ne pas être vraie. Michel Hazanavicius avait déjà dans l’idée de faire un film sur un film, notamment dans ses problèmes de conception, dans la forme de précarité permanente et bringuebalante de ce que peut être une réalisation.   

Le réalisateur à propos de ses personnages principaux : « Ils font du mauvais cinéma, mais ils le font bien, comme beaucoup d’entre nous ». Il se défend d’ailleurs au regard du comportement exécrable de Romain Duris en réalisateur, de tout autoportrait, évoquant plutôt dans cette urgence permanente de la course contre le temps, un autoportait collectif !!  On le savait, mais dans Coupez, la flagrance s’impose : Hazanavicius est fou… Fou de cinéma, et nous on enchaîne les fous rires (y compris en salle de projection presse du festival de Cannes, qui n’est pas la moins exigeante) avec une sorte de double instinct, qui dans Coupez  s’invite sous une forme de double apogée. Son amour immodéré du cinéma, qu’il filme dans une succession de mises en abîme enivrantes, c’est un cinéma kaléidoscope. C’est à pleurer de précision et que c’est bon. Et son sens de la potacherie, le burlesque dressé en art, avec un humour tantôt corrosif, tantôt anal, au « propre » comme au figuré, mais auquel rien ne résiste. C’est à rire aux éclats et que c’est bon. 

Coupez, ce sont des références cinéphiles comme s’il en pleuvait, et nous on pleure de rire. On se situe au carrefour du cultissme, quelque part entre Cannibal Holocaust  (1980) et Red is Dead  vu dans La cité de la peur (1994). Dans un plan séquence dantesque et délirant d’une demi-heure impossible à tenir, c’est le chaos qui accouchera à grand coup d’humanité, d’une forme de… bonbon au vomi… Jouissif et délicieux… Une vraie régalade. Le collectif est ici triomphant et malgré les loupés, les ratés, et les craquages en règle, quelque part on y arrive toujours. Le film foisonne, ruisselle et pas que d’hémoglobine, même si il y en a des hectolitres, mais ici, même le sang est drôle. On passe de Tarantino à l’esprit des Nuls en une demi seconde et c’est le cinéma qu’on aime. Hazanavicius le sait et il ne se fout pas de nous.  L’usage en mode bouffonnerie du contrechamp dans Coupez est à tomber. Le réalisateur surdoué se moque de tout, de tout le monde, du cinéma de genre, de série Z, du cinéma auteuriste dans cette quête éperdue de l’authenticité, des acteurs divas, du cinéma tout court, mais avec tout l’amour qu’il lui porte et c’est au final puissamment esthétique et drolatique. 

La distribution est un amour de chorale, ils s’éclatent, on le sent, on le voit. Duris est diabolique, on retrouve ici sa folie douce, et il excelle. Bérénice Béjo quand elle se psychopathise est terriblement convaincante et son « Je vais tous vous ouvrir le cul  » pourrait bien devenir culte. Finnegan Oldfield est stratosphérique, il se fait engloutir à toutes les sauces et nous amène constamment avec lui. Grégory Gadebois est toujours aussi convaincant et juste comme partout où on le voit en ce moment tandis que Jean-Pascal Zadi est à hurler de rire dans ce décalage constant qu’il maîtrise à merveille.  Michel Hazanavicius est un prodige, on le savait. Avec Coupez , il trouve le moyen de récidiver avec un nouvel OVNI, car il repousse les limites des frontières du burlesque avec du sang et du rire qui sortent par tous les pores… c’est un voyage, un délice, une pépite, il faut foncer, la promesse de rire est totale.  

Titre Original: COUPEZ !

Réalisé par: Michel Hazanavicius

Casting : Romain Duris, Bérénice Bejo, Grégory Gadebois 

Genre: Comédie

Sortie le: 17 mai 2022

Distribué par: Pan Distribution

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