Critiques Cinéma

LA PRISONNIÈRE DU DÉSERT (Critique)

SYNOPSIS: Texas 1868. La famille d’Aaron Edwards est décimée par une bande de Commanches qui attaquent son ranch et enlèvent ses deux fillettes. Ethan, le frère d’Aaron, découvre le drame et se lance sur les traces des ravisseurs avec deux autres compagnons. 

Le film de John Ford est une adaptation du roman d’Alan Le May La prisonnière du désert (1954), s’inspirant lui-même d’un fait réel, à savoir l’enlèvement d’une fille blanche par les Comanches en 1836 et ramenée ensuite de force chez les blancs, malgré son désaccord. L’influence de John Ford dans le cinéma outre atlantique en général et dans le western en particulier n’est plus à démontrer, avec des années 1910 à 1960 plus de 140 Films, dont 24 collaborations avec John Wayne. La prisonnière du désert est souvent estimé comme le film majeur de John Ford. En 2008, le très sérieux et indépendant American Film Institute l’a désigné comme le « Plus grand western de tous les temps ». Il est conservé à la Bibliothèque du Congrès des États-Unis  »en raison de son importance culturelle, historique ou esthétique« .  Selon John Wayne, La Prisonnière du désert est un hommage à l’acteur de western Harry Carey, mort en 1947. La femme du comédien, Olive et son fils Harry Carey Jr. apparaissent dans le film, dans les rôles de Madame Jorgensen et de Brad Jorgensen.


Ethan, va mener sa quête des années durant, 5 ans exactement, pour retrouver la seule survivante du massacre familial, Debbie. Les marmites fumantes, les feux de camps à pied de colline et les confidences entre cow-boys qui vont avec, le film pue le Far-West. Y compris parfois dans ce qui peut poser question dans l’histoire des Etats-Unis… Sauf que le potentiel racisme latent anti-indiens, souvent présent dans les films d’époque, est ici contrebalancé par l’ambiguïté autour du personnage de John Wayne. La haine qu’il porte aux indiens est tout sauf érigée en modèle dans La Prisonnière du désert. Sans trop spoiler, l’apparition de Nathalie Wood dans le rôle de Debbie, est aussi fulgurante qu’inoubliable. Dans une scène anthologique, c’est ici tout le symbolisme d’un déchirement de l’Amérique à travers la double famille de Debbie. Également dans le personnage de Martin Pawley, incarné par Jeffrey Hunter, au sang mêlé : « Je suis un huitième de cherokee et le reste gallois et anglais-du moins c’est ce qu’on me dit », qui va peut-être s’imposer comme le vrai héros de cette histoire.



Il est dit dans La prisonnière du désert bien plus que son simple pitch, dans le tiraillement de ses personnages, de ce pays, et où Debbie s’impose comme un emblème de cette complexité séculaire, qui vient finalement interroger toutes les définitions de toutes les identités. Le film se déroulant dans un pays en ruines, après la guerre de sécession, se dégage de toute approche manichéenne, ce qui à nouveau si on recontextualise l’époque, est en soi une forme de prouesse. Pas de bons ni de méchant dans La prisonnière du désert, mais une quête certes, qui dans son obstination permet également d’entrer dans la tête des «  Searchers  », du nom original, en entrant dans la psychologie complexe, notamment d’Ethan et de se promener dans une époque bien singulière de l’histoire d’un pays au gré des saisons, et offrant ainsi des spectacles naturels impressionnants.



Le décor naturel de Monument Valley est tout simplement sublime. Il apporte une note réflexive, comme pour Rio Grande (1950) ou La chevauchée fantastique (1939) également de John Ford, qui sait filmer cet univers comme personne, dans une multitude de plans qui viennent dire ici tout son amour pour ce qui est un véritable terrain de jeu du réalisateur. Le rôle a tellement marqué John Wayne, qu’il a appelé un de ses fils Ethan… Il y déploie la troublante ambivalence des anti-héros, et donne un relief fou à son personnage dans cette ténacité extrême. Son jeu est aussi écrasant et solide que le paysage figé du Monument Valley. Le duo façon clair / obscur avec Jeffrey Hunter entre taciturne et exaltation dans sa complémentarité, fonctionne à merveille. Comme pour votre serviteur, quand les premiers westerns dans l’assiette étaient en mode spaghettis… Le style Ford, et plus généralement très américain, est plus difficilement comestible. Entre un burger et des carbonaras… Chacun choisira !! Mais il est impossible et serait très malhonnête de ne pas voir dans La prisonnière du désert une œuvre majeure, complexe, comme un tournant du genre, qui, sous des atours stéréotypés livre en réalité un message à haute intensité émotionnelle.

 

Titre Original: THE SEARCHERS

Réalisé par: John Ford

Casting: John Wayne, Natalie Wood, Jeffrey Hunter …

Genre: Western, Aventure

Sortie le: 08 août 1956

Distribué par: Warner Bros. France

EXCELLENT

 

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s