Critique Blu-Ray

COMPARTIMENT N°6 (Critique Blu-Ray)

SYNOPSIS: Une jeune Finlandaise prend un train à Moscou pour se rendre sur un site archéologique en mer arctique. Elle est contrainte de partager son compartiment avec un inconnu. Cette cohabitation et d’improbables rencontres vont peu à peu rapprocher ces deux êtres que tout oppose. 

Compartiment N°6 est le deuxième long métrage de Juho Kuosmanen. Il s’est librement inspiré du roman éponyme de Rosa Likson, paru en 2010. Le film a été récompensé du Grand Prix à Cannes en 2021, et alors, mais c’est tout, tout, sauf un hasard… Avec ce qui se passe à l’écran, dans la folle rythmique du film, le Voyage Voyage (1987) de Desireless qui hurle dans la radio devient presque glamour… Vous ne l’écouterez plus jamais avec les mêmes pensées. Magie du cinéma, d’un certain cinéma, qui d’emblée vous prend, vous épouse. La rencontre de Laura et Lioha dans son premier instant, en termes de contrastes, et ce qui se joue sur un partage forcé ferait presque penser à l’anthologique première scène dans L’Etudiante  (1988) entre Sophie Marceau et Vincent Lindon dans le télésiège, le kitch et la cucuterie en moins bien sur… On ne sait pas si dans son Walkman, Laura écoute You call it Love (1988 donc) … Le voyage, qui plus est en train de nuit, est propice à l’improbabilité et le croisement de destins, dans une forme de charme et parfois de maladresse, comme mis en exergue dans l’hilarant sketch de Pierre Desproges dans Ascenseur pour les chafouins (1986). De prime abord, il est sec et dur. Elle, est solaire et généreuse. La rencontre des contraires s’offre à nous sur le champ de l’inattendu et de la complexité, ce qui est assez prodigieux, tant le sujet a été traité. La sphère nocturne offre ce qu’il faut d’énigmatique et parfois de bizarreries pour ce qui ressemble de plus en plus à une forme de huis clos entre Laura et Lioha. C’est furieusement beau, dans cette incertitude de l’image suivante. Le film regorge de surprises, singulièrement dans l’évolution du lien entre les deux protagonistes. La construction narrative est ingénieuse et créative. La sensibilité est partout, elle traîne dans chaque recoin du film. Le mal d’amour, le manque, imprègnent l’œuvre sur un versant troublant et bouleversant. Le geste cinématographique est ici éthique, empathique et esthétique pour un cinéma d’ampleur dans son propos, aussi bien sur le fond que la forme. C’est pur et frais, c’est sincère et généreux. Pépite d’émotions, le récit est également servi par une photographie et un jeu de lumières habilement discrets, mais dont précisément la sobriété rend l’ensemble encore plus délicat et touchant.

0208_photocredit_Sami_Kuokkanen


Les vicissitudes de la rencontre sont disséquées et décryptés avec une grâce à fendre le cœur dans les abîmes suggérés de Laura et Lioha. La force passe par les gestes, là où les mots ne sont ni trop verbeux, ni trop économes. Chaque phrase est pesée et en dit tellement. C’est beau, fort et juste, on ne s’en lasse pas et on voudrait que ça ne finisse pour ainsi dire jamais. Pas de portables, pas de réseaux sociaux, pas de souci meurtrier d’immédiateté qui offre un rapport au temps intelligent et où on laisse trainer des dessins et des mots. Cette temporalité est d’une coloration toute douce, qui juste fait du bien. Il y a du Lost In translation (2003) dans ce tableau d’un moment suspendu d’une grâce folle de deux humains insuffisamment aimés qui vont magnifier ce que peut devenir une rencontre. Le réalisateur dit de l’évolution de Laura, dans ce que lui apporte Lioha : « pendant ce voyage, elle se rend compte qu’elle est en fait plus comme Ljoha : un peu sauvage, maladroite et solitaire. »

6464_photocredit_Sami_Kuokkanen


Le duo Laura et Lioha est purement magnétique. Leurs corps, leurs mouvements, leurs regards sont saisissants de sincérité. Leurs folies douces respectives se rencontrent avec une infinie tendresse. On adhère, on adore, on a juste envie de croire et de rêver. Yuriy Borisov, dans le rôle de Lioha est d’une profondeur absolue. Sorte d’Ewan Mcgregor dans la rage et l’insouciance de ses débuts, son interprétation sèche et épurée est juste parfaite pour ce que son personnage a à démontrer. Seidi Haarla en volontairement moins sophistiquée est telle Scarlett Johansson à nouveau dans Lost In Translation (et ce n’est pas rien dans l’esprit de votre serviteur…), dans sa candeur et son trouble amoureux, son désordre affectif. Elle est brulante dans son naturalisme Finlandais. Tout ce qu’elle fait dans le film dans l’incarnation de Laura est de l’or brut.

0327_photocredit_Sami_Kuokkanen


La magie de la rencontre dans l’exacerbation des sentiments est magistralement déployée ici. Ce film est une poésie, une variation d’une folle douceur sur le fil des émotions. Compartiment N°6 côtoie les étoiles, c’est un pur joyau, une poésie d’1h42. Entrez avec Laura et Lioha dans ce compartiment, vous ne voudrez plus jamais les quitter.


Titre Original: HYTTI NRO 6

Réalisé par: Juho Kuosmanen

Casting : Seidi Haarla, Yuriy Borisov, Dinara Drukarova…

Genre: Drame, Comédie

Sortie le: 3 novembre 2021

Sortie en DVD et Blu-Ray le: 3 mai 2022

Distribué par: Blaq Out

CHEF-D’ŒUVRE

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s