Critiques Cinéma

HIT THE ROAD (Critique)


SYNOPSIS : Iran, de nos jours. Une famille est en route vers une destination secrète. A l’arrière de la voiture, le père arbore un plâtre, mais s’est-il vraiment cassé la jambe ? La mère rit de tout mais ne se retient-elle pas de pleurer ? Leur petit garçon ne cesse de blaguer, de chanter et danser. Tous s’inquiètent du chien malade. Seul le grand frère reste silencieux. 

Le réalisateur, Panah Panahi est donc le fils du célèbre Jafar Panahi, à qui l’on doit quelques pépites inoubliables, notamment (arbitrairement) Trois visages (2018), Taxi Téhéran (2015), ou encore Le cercle (2001). Autant dire que Panahi fils est tombé dans un cinéma sauce nouvelle vague engagée Iranienne, dès l’enfance… Il aura même secondé son père sur les derniers films de celui-ci.  Hit the road est son premier film, et aura été présenté à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes en 2021. En termes d’inspiration, Panah Panahi peut dire : «  J’ai moi-même assisté au départ clandestin d’un grand nombre de mes connaissances et le parcours du personnage est inspiré de ceux d’un ami qui m’a fait le récit de son voyage ». Cette authenticité est manifeste dans l’écriture de son film. Hit the road est incontestablement une ode à la mélancolie, traversée d’humour avec un ciselage brillant de ses personnages dans leurs aspérités. Certaines scènes défrisent, modernisent et même réinventent le genre du road movie familial. Celle du cycliste en particulier qui est à découvrir. Dans son univers, qui lui est propre, difficile par moment de ne pas penser au génialissime Little Miss Sunshine (2006). Le faux rythme y est parfois un peu déconcertant mais largement compensé par un sens du suggestif, une émotion latente et une totale sincérité dans la mise en scène. Les paysages poétiques sont à couper le souffle. Ils sont comme une métaphore brûlante des sentiments des protagonistes familiaux et jamais surexposés. Le caractère authentique du film donne beaucoup de force au récit. L’alternance entre une forme de burlesque très réussi et une profonde tristesse qui parcoure toute l’œuvre fonctionne à souhait. Ce type de clair-obscur n’est jamais une évidence et peut rapidement tomber dans le stéréotype à trop vouloir en faire. Ce n’est jamais le cas ici. Il existe peut-être quelques complexités parfois un tantinet trop «  auteuristes  » qui néanmoins raviront les amateurs du genre et ne condamnent pour autant pas l’accessibilité du film et sa fluidité.



La bande son, confiée à Peyman Yazdanian donne au film une sacrée musicalité. Aucun choix n’est évidemment anodin, et à ce sujet, le réalisateur peut dire : «  J’ai choisi sans hésiter ces morceaux qui, à mon sens, correspondent parfaitement au contenu de mon film. Le régime ne tolère pas ces chansons d’artistes qui ont dû fuir à l’étranger après la révolution et voit d’un mauvais œil leur diffusion  ». L’ensemble est rythmé par ce qu’on va faire croire au petit frère. Il y a d’ailleurs un peu de Benigni dans La vie est belle (1998) dans cette dramaturgie de substituer à la tragédie qui se joue un conte pour enfant. Évidemment, il s’agit de ne pas l’effrayer lui, mais peut-être et même surtout pour faire passer le cap à tous les autres, pour se convaincre qu’on ne fait pas n’importe quoi, comme s’interroge la mère à un moment. En tous les cas, Là, ils font terriblement famille, et là, c’est très beau.


Le casting n’y est évidemment pas pour rien. Amin Simiar, dans le rôle du grand frère est totalement lunaire, et c’est un régal. Hassan Madjouni et Pantea Panahiha, qui interprètent les parents sont d’abord des acteurs de théâtre et le huis clos de la voiture leur sied à merveille. Ils sont tour à tour bouleversants et désopilants. L’interprétation est à la hauteur du film, profondément poétique. La mention est clairement pour Rayan Sarlak… repéré dans une série à succès, il est tour à tour du haut de ses 6 ans bouleversant, agaçant, sans aucun filtre et il émane de son jeu une beauté brute qui fera date. Même le chien vieillissant semble au rendez-vous dans un collectif sidérant de justesse.


Avec Hit The road, Panah s’est donc fait un prénom, et ce n’est pas rien. C’est contemplatif dans le décor mais aussi dans ce qui est raconté, et dans ce qui n’est l’est pas. Ici, on voyage avec une profonde mélancolie, car surtout on s’exile… Mais avec amour, et au-delà du tarif de l’entrée, ça n’a pas de prix.

 

Titre Original: JADDEH KHAKI

Réalisé par: Panah Panahi

Casting: Hassan Madjooni, Pantea Panahiha, Rayan Sarlak…

Genre: Drame

Sortie le: 27  Avril 2022

Distribué par: Pyramide Distribution

EXCELLENT

 

 

 

 

 

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